8 février 2006
PArution prochaine
JE suis en train de terminer la correction de mon ouvrage sur les expressions culinaires dans la langue française pour les éditions LArousse. Je vous en livre encore un extrait. Espéroins qu'il vous mettra l'eau à la bouche!!!
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viande
Du latin vivenda, « ce qui est nécessaire à la vie », qui s’est mué en vivanda, que l’on retrouve dans le Capitulaire de Charlemagne (805). C’est le pluriel de vivendus, du verbe vivere, « vivre ». On garde, dans l’armée par exemple, le terme vivres qui présente à peu près le même sens. En 1050, dans la Vie de saint Alexis (auteur : il s’agit d’un texte anonyme), le héros, qui vit incognito sous l’escalier de ses parents, doit manger. On lui donne de la viande. Mais il ne s’agit pas de chair animale. En effet, ce nom désigne encore « tout aliment qui entretient la vie » En 1389, Philippe de Mézières parle de la viande en tant que « chair des animaux à sang chaud dont on se nourrit ». Rabelais, dans le Cinquiesme Livre (1564), mentionne joliment les « viandes de quaresme », tandis qu’Agrippa d’Aubigné évoquera les « viandes celestes » en 1630. Guez de Balzac, dans ses Dissertations politiques (1690), use de l’expression « viande de boucherie ». A la même époque, on disait « cachez votre viande » à ceux qui « monstrent quelques parties qui sont ordinairement couvertes », se livrant ainsi à un attentat à la pudeur selon l’expression judiciaire. En 1846, l’argot fait de « viande » la désignation d’un « individu », particulièrement d’un « prisonnier ». Le mot a désigné les prostituées, surtout celles qui travaillent « à l’abattage » :
De la viande à cocher ou à valet de chambre. (Emile Zola, Pot-bouille, 1882.)
L’idée de « viande » appliquée par le désir masculin à une femme semble rép,ndu dans diverses langues. Cette inconvenance est le sujet d’un standard du jazz, You’re my meat (« Tu es ma viande »), sur une musique de Tolbert, avec des paroles de Louis Jordan, interprété par Louis Jordan et ses Timpany Five en 1939. La femme en question excite son partenaire, car elle est « grasse et forte », tandis qu’elle le fascine avec ses « gros jambons »…
Un sac à viande est un sac de couchage en 1908, que l’on appelait « chemise » en 1888. En 1916, Henri Barbusse mentionne la viande saoule pour désigner les ivrognes. Le « viandis » est la pâture du cerf et le verbe « viander » signifie échouer. La forme se viander est employée par les varapeurs et les alpinistes pour désigner le fait de tomber dans le vide. Ramène ta viande est une invitation argotique à rejoindre une ou plusieurs personnes. Un viandard est un chasseur.
On ne parle plus guère des loueurs de viande ! Imaginons un bon boucher ayant acquis de la très bonne, et surtout très belle, viande, un volailler en possession de chapons et poulardes dodus, un charcutier regardant avec émotion de jolis cochons de lait… Nul doute qu’ils vont les mettre en vente et satisfaire ainsi ses meilleurs clients. Que non point ! Même si l’on peut vendre tout ceci à bon prix, il est possible d’en tirer encore plus de profit ! Et c’est ainsi qu’au XVIIIe et XIXe s., ces bouchers, charcutiers, etc., louaient leurs beaux morceaux à des restaurateurs de moindre envergure qui les disposaient esthétiquement en vitrine. Ce qui attirait le consommateur ! Une fois entré, le malheureux se voyait refiler, dans son assiette, des carnes improbables tandis que les serveurs se moquaient de lui. Quelques temps après, le restaurateur rendrait la viande au boucher qui la débitait en morceau pour la vendre à sa clientèle.
La société suisse FISIfam, sise à Château d’Œx, fabrique le « caviar des viandes végétariennes ». Cette appellation curieuse désigne des préparations à base de végétaux (soja) imitant la viande. Les végétariens se régalent ainsi d’escalopes, de saucisses, de hamburgers épargnant la vie des animaux de boucherie. Ces ersatz ont du succès et la firme déclare que dix sur dix des personnes testées ne font pas la différence entre leurs produits et la vraie viande. L’idéologie végétarienne est parfois cocasse ! Quant aux cannibales repentis, convertis au végétarisme, ils peuvent se régaler de « hufu », tofu à saveur de chair humaine qui se vend, entre autres, par internet. Tout semble donc aller pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles ! Même si personne, semble t-il, n’a eu l’idée de fabriquer de faux légumes à base de viande…
En été, un potje vleesh (« pot de viande »), fait de porc, de lapin et de veau en gelée, demande une bonne bière blanche de Bruges ou de Namur, par exemple, une Wieckse Witte de Maastricht, ou une Berliner Weisse.
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