Miklos Szentkuthy
JE suis souvent agacé par le fait qu'en France, on connaît fort peu les écrivains d'Europe. Et c'est dommage! PArfois, c'est un bon antidote aux gesticuations américaines, forcément superbes et vénérées! (loi: un livre, un film américain est toujours bon! Surtout s'il y a beaucoup de pub! Et puis, c'est tellement beau, le comportementalisme gestuel que Camille Laurens stigmatise ainsi:
Or Claire… estimait que la fiction devait tout dire : c’était un peu facile de s’en tirer avec deux ou trois jeux de physionomie -est-ce que tout un passsé tenait dans un claquement de doigts, est-ce qu’on s’affranchissait d’une histoire en commandant un whisky ? Index, 1991.)
Et j'ai une tendresse particulière pour la Hongrie qui nous a donné des érivains étonnants, profonds, drôles et savoureux. Kostolanyi, bien sûr, Esterhazy, les deux Karinthy, père et fils (ce dernier champion de water polo!), Tibor Déry, que me fit connaître JEan Valère et dont j'ai adapté un roman en scénarion, et j'en passe...
ET voici une déclaration qui me fait rêver:
Mes phrases sont des masques, turgescences situées directement sous la peau comprimées contre la surface. Ce qui compte, c’est seulement que le petit masque, l’épiderme, soit là au début : je sais que je vais parler de la mort, mais le début de ma phrase traite du ruissellement de la mousse de savon (le voilà, le petit épiderme) : me voilà complètement rassuré, il peut venir le seul thème important, celui de la mort, dans son gonflement majestueux (tendant à l’infini le masque et la peau -analogie ludique, décoration, thème grammaticalement et syntaxiquement subordonné à la mousse de savon : la « mousse de savon » (l’épiderme) fait un centimètre carré, la mort (la turgescence qui se trouve dessous) en fait vingt.
Miklos Szentkuthy , Vers l’unique métaphore, 1991.
Et aussi, venant du même ouvrage:
(...) je suis né artiste créateur : d’où, tous les matins, l’absence absolue de thème vital – il est naturel que la vie n’ait pas de thème, puisque ce n’est pas la vie qui est en question : c’est, en dehors de la vie, la création qui vient de moi ; je suis un travailleur de force, à qui dès l’enfance on a appris l’habileté manuelle – si je pouvais être forgeron ou menuisier, ma vie aurait un sens : une clé ou une table sont incomparablement plus éternelles, plus "œuvres", que par exemple cette auto-définition