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orlando de rudder
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8 décembre 2005

Sur l'art et la littérature

J’écris sur le sexe parce que je ne sais pas écrire sur l’amour, et ce n’est pas faute d’avoir essayé. J’ai fait des tentatives, nombreuses, mais chaque fois j’ai l’impression de me trouver face à un mur lisse qui se referme sur moi et ne m’inspire qu’un sentiment de panique. En conséquence de quoi, mon succès est finalement fondé sur mon échec. Je suis quelque part dans l’imposture. Binnie Kirschenbaum, Poésie, sexe et mélancolie, 2001 . Notons, avant de popursuivre, que cettre phrase est traduite: en anglais on dit about, et non "sur". Ce n'est donc pas à Binnie Kirschenbaum que je m'attaque! Elle sait trop bien ce que je veux dire et comprendrait ce qui va suivre... Je veux parler de la locution "écrire sur" tel ou tel sujet. MAis qui sait écrire sur l'amour? Un écrivain n'écrit pas "sur", il écrit "de", il écrit même absolument: il "écrit l'amour" ou "la vie".Il n'écrit ni "sur" l'amour, ni "sur" la vie... Je pense aux gens qui disent "je travaille "sur" PAris", au lieu d'"à Paris", (ce que peut même dire un égoutier!). On ne peut être qu'à PAris (ou "a" PAris, appartenir à la ville)... L'écriture n'est pas une reportage sue quelque chose. Mais elle est l'écriture: la transposition, chose en soi. Son référent n'est pas ailleurs qu'en elle-même. Il lui suffit d'être. Elle est un réel en soi. Même si elle traite du réel. Dans ce sens, elle est toujours engagée, car seul l'art est engagement. L'art ne peut être au service de quoi que ce qoit, ni représenter quoi que ce soit: il n'est ni photo d'identité judiciaire, ni rapport de gendarmerie. Il n'y a pas de sujet de la littérature. De l'art. Même s'il s'enlise dans le social obligatoire, conventionnel, occidentocentriste auxquel oon veut condamner les lettres d'une façon stalinienne! Oui, comme au temps du "réalisme socialisye" ou de l'autodafé de "l'art dégénéré". L'art est toujours pour l'art, y compris l'art de vivre! Et s'il est politique, c'est au sens d'une baffe dans la gueule à la récupération! Le succès par l'échec est la constante de l'art: Molière eût aimé écrire des tragédies, Simenon des "romans-roman" , Alfred Nobel aurait voulu être Shelley, et tant et tant de capitalistes auraient aimé être des "génies méconnus" (à condition de vendre 100 000exemplaires d'un livre!). Tout écrivain en cache au moins un autre, inabouti. Un auteur latent. Et cet ( ou quelques uns de ces autres) autre est parfois meilleur, parfois pire que l'écrivain (ou l'artiste) manifeste. C'est de leur dialogue que peut naître le talent ou le génie... Caïn, trop souvent, écrirait mieux qu'Abel. Et pourtant, Abel est un beau salaud!
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