Ce village…
Allons ! c’est le silence. Il est plus lourd que l’air. On peut le rapporter. On peut le relater. Il n’en fait pas moins chaud comme il ne devait pas. L’église du village stagne toujours sous le ciel. Aucun nuage n’ira voir la croix. On dit que c’est de l’acajou.
Ce silence là ne mérite pas d’exister. Il sent un peu mauvais. C’est comme ce soleil. Là-bas, c’est plus léger. L’air est plus pur, moins négligé. Ici, les gens se taisent et puis hurlent soudain. C’est pour se dire bonjour. Ou encore s’injurier : à distance, on entend l’indistinct. On ne perçoit pas la différence.
Mais quand on passe, on trouve ça bien : tout est joli. Tout est agreste. Bien sûr, il y a les familles hurlantes. Parfois on s’entretue. Alors, ça fait silence. On bat les enfants, car ça leur apprendra. Quelques-uns cognent sur les vieux.
Les vaches nonchalantes paissent la bonne herbe juteuse. Quelques chiens mal-nourris aboient. Ils sont trop tristes. Et si l’on ne ferme pas les vites de l’auto, on entend le silence lourd, avant l’aboi, les cris. Ca fait du moche dans la voiture. Il faut partir. Effacer ça. Voiler même le rétroviseur. Pourtant, il est beau, ce village. Sur les cartes postales.