13 avril 2006
Dialogues...
Il y a toujours, même après trente ans d'écriture professionnelles, de curieuses surprises.J'ai déjà cité ici Antoine Albalat et George Polti, entre autres créateurs de méthodes et de conseils.J'ai moi-même dirigé des ateliers d'écriture. Je sais que bien des choses peuvent se transmettre... Des "coups de patte", des procédés, des procédures dont il faudra se défaire pour écrire avec une conscience de l'autrement.
Quand on apprenait à écrire à l'école, puis au collège, quand le moindre épicier savait tourner une phrase, des gens comme Hugo ou Rimbaud n'avient peut-être même pas conscience d'avoir appris à écrire, d'avoir même forgé leur style. Et, le plus curieux, poil aux yeux, c'est que l'enseignement de la rhétorique à la Du Marsais, à la Fontanier, si formelle, et la transmission classique des méthodes et des contenus permettait une foule de styles différents, personnels, reconnaissables. Cet enseignement subsiste dans cerains ateliers d'écriture, dont les miens, qui font références à la rhétorique d'Aristote autant qu'à Brisset ou Roussel. Des classiques révoutionnaires. D'autes ateliers se voulant plus "libérateurs" proposent souvent des textes du même ordre et peu identifiables, avec un style commun que je retrouve aussi sur internet en allant visiter cetrains groupes littérarisants. LEs gens "s'exprime"... Bon.
Moi je ne m'exprime pas: on exprime quelque chose, ue idée, un affect, un contenu... Il y a dans l'idée de la personne écrivante un bon facteur de dépersonnalisation... Et c'est peut-être ce qui donne cette lassante homogénéité de styles... Et c'est alors que je tombe sur ça:
Un bon dialogue ne ressemble à aucun passage d’une histoire, car il donne l’impression d’être un événement en lui-même.Le lecteur a le sentiment que l’écrivain n’est plus maître de l’histoire.
Tom Chiarella , Ecrire des dialogues, 2001.
Plus sage est la déclaration d'Amélie Nothom. Une professionnelle! Au sens au moins technique, parce que le dialogue improvisé demande un peu de métier! C'est un art de lancer, de jeté!
Je ne retravaille jamais les dialogues. C’est un exercice extrêmement périlleux. Rien n’est plus facile que de rater un dialogue. Le seul secret, c’est d’aller vite , sinon on perd le fil. Quand j’écris un dialogue, à chaque réplique, je sais qu’il va y avoir quatre possibilités pour la réplique suivante. Il y a intérêt à choisir la bonne parce que de ce bon choix dépendra la bonne suite. Donc j’ai calculé qu’il valait mieux prévoir quatre répliques à l’avance. Sinon, on perd le fil, on tombe de son fil- c’est vraiment du funambulisme- et on se casse la figure. Cela demande une grande rapidité mentale, beaucoup de concentration.
Entretien avec A. Nothomb, Hauteurs, revue littéraire du Nord et d’ailleurs, n°4, avril 2001.
Il est vrai que les dialogues de Nothomb tiennent le choc. Ce qui m'inquiète dans la phrase de Tom Chiarella, c'est qu'il s'agit d'un conseil. Nothomb ne parle que pour elle-même. Et le conseil de Chiarella, je ne comprend même pas son utilité. Ca me laisse pantois, je m'en fous... JE ne sais même pas de quoi il s'agit. Il doit y avoir une idée là-dessous, un machin dur comme fer qui pourrait amener à l'acharnement... Or, ça m'est absolument égal. Comme je n'écris pas de dialogues ces jours-ci, je ne suis même pas tenté d'appliquer ce principe qui ne me comprend pas... Voire qui m'eclut. De toute façon, Nothomb a raison: les dialogues sont meileurs écrits à part, il y a un rythme à trouver, la façon de réagir de chaque interlocuteur, sa manière de parler qui doit se reconnaître même sans prolepses et analepses grammaticales...
MAis ce n'est pas ça que ce monsieur Chiarella veut dire. C'est drôle, je ne me vois pas édictant des principes. Je bricole depuis des décennies. Et pourtant, je suis attaché au côté artisanal -ce dangr!- de l'écriture et aux savoir-faire... D'ailleurs, j'en vis.
Ecrire, un beau jour, ça peut devenir vrai parce que d'une façon ou d'une autre, n'a plus le choix!
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