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orlando de rudder
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21 février 2006

LA Vie de Saint Alexis

Si la saint Valentin ne me passionne pas, comme la plupart des fêtes truquées dont on vous dit qu'elles viennent d'une tradition gnagnana et qu'en fait ça ne "colle pas" (Halloween n' plus rien à voir avec une fête celtique qui en serait l'origine, etc. D'ailleurs il n'y plus de sacrifices humains dans nos fêtre traditionnelles hi! hi!), il n'en est pas de même pour Saint Alexis, autre saint de février. On ne voit pas pourquoi on fêterait Saint Alexis.Ou alors, ce serait le patron des escaliéteurs... La vie de Saint Alexis est l'un des tous premiers textes littéraire français. Il date du XI e.s. C'est un texte bref, dense. Avec un construction un peu "virtuose" en beaux décassyllabes, le vers "français" par excellence, avant le putsch de l'alexandrin. ET ce poème roule son flot par strophes de cinq vers... Alexis, fils d'un riche romain ou du "roi de Rome", selon les versions, se marie. Ensin non: il refuse la vie maritale et le dit, tout de go à l'épouse. Et il s'en va... Il devient ermite et le temps passe. Puis un jour, on ne sait pourquoi (et sans que ce soit dit, le fatum se pose là) Alexis revient. Il a changé.On ne le reconnaît pas. Il obtient, comme cela semble avoir été un usage, l'hospitalité sous l'escalier de la maison. Sous l'escalier de sa propre demeure. Il vit là, méprisé de tous, rudoyé par les domestiques.On le nourrit de restes. On a logé longtemps les domestiques sous un escalier. Avant de mourir, Alexis rédigesa vie sur un papier. Seul le Pape pourra le lui prendre. Et l'on découvrira, post-mortem la vérité. Elle provoque des conversions, des remords. Elel révèlee t donne du sens. Le Thème du "pauvre sous l'escalier" est fréquent. Il existe un "saint Abraham" 'ce n'est pas le père d'Isaac mais un autre) qui agit comme Alexis mais vient loger sous l'escalier d'un bordel pour résister à la tentation tandis que les filles font tout pour l'exciter... Mais Alexis propose quelque chose de particulièrement touchant: il y a l'épreuve, certes, mais l'évocation de l'Orient, là où s'en va Alexis pour devenir ermite. Il y a, en peu de mots, des mentalités qui s'expriment, une psychologie forte.C'est une merveille. Avec quelque chose de doux-amer, d'indicible, en demi-teinte qui demeure en soi après la lecture, on en sait pas pourquoi ni bien définir de quoi il peut bien s'agir... Boris Vian avait écrit "Cantilènes en gelée". J'y vois une référence à la Cantilène de Sainte Eulalie, le premier texte littéraire français qui nous reste. Mais,avec Saint alexis, c'est moi qui m'imagine une correspondance avec Les Bâtiseurs d'Empire! Alexis serait une sorte de Smürtz, ce personnage qu'on maltraite au fur et à mesure que la pièce avance. C'est un pauvre type qu'on cogne pour se défouler, quand l'envie s'en fait ressentir. Bref, il sembe s'ppaenter au "pauvre sous l'escalier"! Sauf que la misère d'Alexis devient le contraire de la déchéance de la famille dans la pièce de Vian. Et cette misère devient gloire. On ne peut s'imaginer la misère médiévale, sinon en regardant l'Inde ou les pays ou règne un fanatisme religieux: la faim y existe encore et les maladies y sont affreuses. Nous avons vécu cela jusqu'à la Révolution, ou presue. LA misère médiévale devant ressembler à cela. Elle était générale. LA charité se mêlait d'un dégoût pour les pauvres. Ils faisaient peur.Mais on devait les aider. Tou en les méprisnt.Mais en devant les aimer "comme soi-même"... Ces ambiguités religieuses ont constitué une littérature puissante dont la vie de Saint Alexis est l'exemple. !Il est pauvre mais l'a choisi: Telle impression de liberté rayonne curieusement... La morale médiévale, enfin, du XIe.s, s'expose avec évidence, avec sa difficulté d'être dans un récit qui semble affirmer que tout se qui se passe est normal, légitime. Lisez Saint Alexis. ET n'hésitez pas à le faire comme on le faisait avant: à haute voix! N'imaginez pas le silence dans une bibliothèque médiévale!!! On lisait à haute voix! Ce devait être un brouhaha, ou des murmures! On a lu silencieusement petit à petit.Et encore, cela étonnait! On cite souvent Saint Augustin, quasiment inquiet de découvrir que saint Ambroise lit en silence!!!! On ne nous apprend pas à bien lire: il faut savoir lire "en diagonale", certes, ou sans fixations, mais aussi lentement, en vocalisant ou en subvocalisant, selon le moment, la gourmandise, la nature du texte! On peut même -hou que c'est vilain!- bâfrer, gloutonner la lecture quand le texte exhale un fumet qui donne faim, et lire à s'en étouffer, à s'en épuiser, à coeur perdu... Ensuite, plus calme, on dégustera un autre passage, en lenteur décidée, ou encore en enjouement distant... A haute voix, l'ancien français devient clair! C'est notre parole! Au besoin, lisez d'abord une traduction, puis prononcez à haute voix, comme vous le pourrez, le texte ancien (il y a une édition des quatre ou cinq versions , je ne sais plus existantes), savourez les mots tandis que le rythme s'imposera tout seul.On apprend ainsi à vraiment aimer un texte (et pas forcément ancien!) en le savourant, en le dégustant comme un caramel somptueux comme ceux que faisait la mère d'Edith Perret ou ces cotignacs que je cuisais d'après la recette du Traité des confitures de Nostradamus... LA beauté de La Vie de Saint Alexis mérite le détour.
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