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orlando de rudder
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27 décembre 2005

CAnnibale

Voici encore un extrait de mon livre en préparation, sur les expressions culinaires. Il s'agit d'un dictionnaire contenant des locution telles au "les carottes sont cuites" et des mots pris au langage de 'l'alimentation plus ou moins détournés de leur sens: Cannibale. Le nom cannibale est attesté depuis 1492. Il vient de l'arawak caniba qui désigne les Caraïbes antillais. Dès 1515 un canibale est un « individu des peuplades anthropophages des Antilles » chez M ;du Roudouer (S'ensuyt le Nouueau monde et nauigations). La tradition anthropophagique caraïbe est aujourd’hui bien attestée : Les Caraio ou Caraïbes avaient coutume de manger leurs ennemis mâles; c'est de leur nom que vient le mot cannibale. A.-C. Haddon, Les Races humaines., 1930 Le mot devient courant à la Renaissance. En 1532, on le retrouve chez Rabelais, dans Pantagruel, au sens d’ « anthropophage ». Le texte célèbre de Montaigne est l’un des premiers à montrer que les anthropophages sotn des êtres humains : Ils sont sauvages de mesmes, que nous appellons sauvages les fruicts, que nature de soy et de son progrez ordinaire a produicts: là où à la verité ce sont ceux que nous avons alterez par nostre artifice, et destournez de l'ordre commun, que nous devrions appeller plustost sauvages. En ceux là sont vives et vigoureuses, les vrayes, et plus utiles et naturelles, vertus et proprietez; lesquelles nous avons abbastardies en ceux-cy, les accommodant au plaisir de nostre goust corrompu. [...] Ces nations me semblent donc ainsi barbares, pour avoir receu fort peu de façon de l'esprit humain, et estre encore fort voisines de leur naifveté originelle. Les loix naturelles leur commandent encores, fort peu abbastardies par les nostres [...]." Michel Eyquem de Montaigne, Essais, Livre 1, Chapitre XXX « Des Cannibales » 1595.: Le sens a évolué jusqu’à signifier « personne cruelle ». Fût-ce au moyen d’un dérivé plaisant : La véritable cruauté, et féroce et cannibalesque, consiste à encourager les coquins à coquiner, par des sanctions lentes (L.éon DAUDET, Sylla et son destin, 1922) Evidemment, « cannibale » a servi d’injure à la façon du capitaine Haddock ! En effet, notre coruscant marin l’emploie dans Le trésor de Racham le Rouge (page 29 case 1), Tintin et les Picaros (42,6) , Coke en stock (49, 6) Le Crabe aux pinces d’or (56,5), On a marché sur la lune ((55,1), Tintin au Tibet (49,1)… Sans oublier la variante « cannibale emplumé », dans Le Temple du Soleil (49,1). On remarquera que cet emploi se situe à peu près aux mêmes endroits dans ces ouvrages ! L’idée de cruauté induite par l’anthropophagie s’est appliquée à l’appétit « féroce », même s’il ne s’agit pas de consommation de viande humaine. En Belgique, un « cannibale » est une sorte de « filet américain », variante du « steack tartare » ! Selon Escoffier, le « vrai » tartare se fait avec des cornichons hachés. Mais il admettait qu’on utilise des câpres, ce quie st le cas du « filet américain » dit aussi « cannibale ». En fait les recettes diffèrent et ont beaucoup de variantes. L’idée de manger de la viande crue demeure donc assimilée au cannibalisme, lequel, pourtant, présente des préparations cuites fort raffinées (voir Barbecue). De toute façon, le fait de « manger un cannibale » est digne d’intérêt ! L’adjectif « cannibalique », fait partie du langage de la psychanalyse : le stade cannibalique est celui durant lequel le bébé, avec ses premières dents, serait tenté de dévorer le sein nourricier. Et nous voici dans le registre opposé : celui d’une tendresse, dertes « dentue » : Les expressions courantes aiment à exprimer le désir de manger, mais aussi de manger son prochain, du moins en métaphore : on mange des yeux, certes, avant de déguster un croque-monsieur, une religieuse, une demoiselle, ou encore une « tête de moine », une « cervelle de Canut » ; une jeune fille se nomme aussi « tendron »…, mais ce n’est pas, à priori, culinaire. Voire, on déshabille du regard, on s’ébahit ou bien l’on se désole, car la personne qu’on regarde n’est pas forcément « à croquer » s’il s’agit d’un « thon », d’une « morue », d’un « veau » ou d’un « boudin », et, à fortiori, d’une « andouille ». Un peu de racisme se fait jour dans nos gâteaux et autres friandises : une « tête de nègre » ou un « nègre en chemise » gouleyent. Dans les Charmes d’amour (1965), Edward S. Gifford insiste sur le rapport du charnel et du carnassier dans le désir désir amoureux, il y voit la survivance d’une « association affectivo-nutritive remontant à la petite enfance » – ce qui n’est pas forcément illusoire – car, pour lui, une adolescente est un « chou », une « brioche », tandis qu’une femme cruelle est un « gâteau sec ». Une femme frigide, un homme impuissant, sont des « poissons froids »… Le « grand méchant loup » qui poursuit des gamines est un « ramasseur de cerises », ce mot signifiant « vierge ». Un « biscuit froid » est une femme peu avenante. Une « banane » est une « mulâtresse excitante ». Gifford poursuit dans le lyrisme : il appelle « pâté d’agneau » sa chérie, ou encore « fait de la bouillie de maïs » avec elle, c’est-à-dire qu’il l’embrasse, la caresse, la « margouillaude », comme on dit dans le Nord. « Cuisiner », c’est « exciter »… Gifford s’explique sans barguigner : « Lorsqu’un amant dit à sa partenaire “Je te mangerais”, il proclame inconsciemment sa foi dans les mets aphrodisiaques et régresse à son insu vers la félicité du premier âge. » Après le désir, les soins ! On peut, en effet, se soigner avec de bien étranges plantes évoquant le cannibalisme: « Il vous ôtait un mal de gorge au moyen de l’excroissance végétale dire oreille de juif. » (Victor Hugo, l’Homme qui rit). Cette plante se nomme effectivement auricula judaea. C’est l’appellation botanique de ce que nous nommons, à tort, « champignons noirs » et que l’on apprécie dans la cuisine chinoise… La mandragore et le ginseng ont « forme humaine » tandis que la très ancienne « théorie des signatures » conseillait de se soigner avec des végétaux dont la forme évoque celle de l’organe ou de la partie du corps malade. Du même au même : on voit là l’ombre d’un canibalisme symbolique. Le Manifeste Cannibale (1928) d’Oswaldo de Andradre part d’un « fait divers » : Au XVI ème siècle, les Indiens Tupinamba (dont le nom est à l’origine de « tapinambour, légume qu’ils consommaient) devorèrent un prêtre catholique au nom prédestiné :le père Sardinha. Selon Andradre, ce meurtre et cette déglutition scandaleux expriment un hommage, voire une soumission à la religion catholique qui avait vaincu les dieux locaux : Si les Tupinamba dévorèrent le Père Sardinha, c’est qu’ils considérait sa consommation comme bénéfique, de nature à les enrichir, à les rendre plus puissants et plus forts. 374 ans plus tard, cet acte de cannibalisme devint l’argument d’un manifeste culturel. Selon Oswaldo de Andrade, il est impossible comme le voudraient les naïfs de rejeter purement et simplement l’héritage occidental, langue et culture. Il faut d’abord le désacraliser, ensuite l’ingérer et partant, le subvertir.Comme le disait Andrade dans un horrible jeu de mot: "Tupi or not Tupi, that is he question".Des années plus tard, Suzanne Césaire écrivant dans la revue Tropiques, revue fondée en 1940 par Aimé Césaire et un groupe d’intellectuels martiniquais, cette phrase qui sembla longemps énigmatique:"La poésie martiniquaise sera cannibale ou ne sera pas" ne signifiait pas autre chose. Aujourd’hui si le francophone des Antilles ou de l’Afrique peut habiter sans rancoeur, nostalgie ni regret le pays de la langue française, c’est qu’il l’a transformé. De même, il a fini par reconnaitre qu’on ne peut réécrire l’histoire, effacer la colonisation. Pour le meilleur et pour le pire, il a intégré des valeurs culturelles françaises et ce syncrétisme entre valeurs d’origines diverses définit son moi, son moi métis. Le mot est à la mode.Cependant, il dit bien ce qu’il veut dire. Maryse Condé. Voir www. Frenchculture.org Le mot cannibale continue cependant de désigner tout ce qui « mange » son semblable. Y compris les étoiles ! Les chercheurs ont en effet observé que huit des neuf satellites tournaient sur des orbites rétrogrades, c'est-à-dire dans le sens opposé à celui de la rotation de la galaxie mère. "Comme le montrent les simulations numériques, la galaxie centrale absorbe en premier lieu les satellites tournant dans le même sens qu'elle, sur des orbites directes. C'est pourquoi il ne reste maintenant qu'une seule galaxie gravitant sur une telle orbite." Les simulations numériques prévoient également que, lorsqu'une galaxie en absorbe une autre, il se produit une oscillation dans le disque extérieur de la galaxie cannibale. "C'est comme lorsqu'on lance un caillou dans l'eau, donne comme exemple Claude Carignan, et que le choc provoque une onde." Cette oscillation est facilement observable sur les photos de la galaxie, où l'on peut voir que le disque ténu aux confins de la galaxie n'est pas dans le même plan que le noyau central. "Ce débalancement montre qu'il y a eu une collision récente entre une galaxie satellite et NGC 5084." Récent veut dire ici quelques centaines de millions d'années! Le cannibalisme chez les galaxies constitue un phénomène normal de leur évolution. "Les galaxies naissent à partir d'un nuage d'étoiles formant un disque plat plus ou moins régulier et sans bulbe central. Ces galaxies naines deviennent des spirales en absorbant les autres galaxies autour d'elles. Lorsque deux spirales fusionnent, il se crée une galaxie elliptique géante en forme de sphère." Voir : Forum.umontréal.ca A ceux qui aimeraient connaître les délices de la dégustation cannibale sans dommage pour personne, il convient de conseiller le « hufu » ou human flavor tofu. En effet, il s’agit de tofu, c’est-à-dire de pâte de soja au goût de chair humaine. Cette saveur est reconstituée artificiellement. Les fabriquants affirment que des chasseurs de tête des îles Fidji n’ont pas vu la différence avec de la vraie viande d’homme ou de femme. Pour plus de renseignements, voir :www.eathufu.com, le site du producteur de cette spécialité intéressante. Voir : Martin Monestier, Cannibales, histoires et bizarreries de l’anthropophagie, 2000.
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