15 octobre 2005
Une chanson de Brel!!!!
Ceci est un chapitre de mon roman Le Livre de discorde (inédit) Ca ne plaira pas à tous!!!!!
La chanson du mal-aimant.La chanson fait partie de l’inconscient collectif des peuples. Elle représente pour ceux qui ignorent la poésie dans ses vives créations une idée du « poétique ». Robert Sabatier, Histoire de la Poésie Française.
C’est une chanson qui ne me ressemble pas. Même si je t’aimais. Gnarf ! Elle ordonne : Ne me quitte pas. A l’impératif.
Les pleurs de Rabat-joie, ses larmoyances n’advinrent qu’après la séparation, durant les harcèlements téléphoniques.
Sans doute lui fallut-il un certain temps pour se rendre compte, pour réaliser qu’Adieu Berthe et Basta pour de vrai, cette fois !
Ce fut un festival de supplications, entre les injures.
J’enregistrais, j’écoutais, je rigolais. En baisant Ernestine. Aux pleurs complaisants d’une goualeuse sinistre, j’opposais corps brûlant, une allumée goulue rugissante et plus drôle. Fort belle dans le désir et l’assouvissement.
A cette époque, il fredonnait, en riant, cette bluette pleutre. On se demande pourquoi la chansonnette, en général, étale de l’amour en sentiment sordide. Ne me quitte pas propose son impact aux faiblards du cœur et poétise mesquin.Une chanson de Jacques Brel ! Ah, le coquin, le mutin, l’acrobate Rigolade extrême ! Burlesque aux petits oignons ! Drolatique. Ridicule ! Amusant ! Comique ! Succulent ! Farce ! Hilarant ! Astap’ ! Une chanson sans réponse. Dommage. Ne me quitte pas ! Je vais me gêner, tiens ! Un peu que je te quitte, nom de d’la ! Prends ça dans les gencives : t’avais qu’à être toi !Ne me quitte pas ? Des mots de trop tard.
Changeons les paroles et gardons la musique : Tralalalala, Je vais te quitter. Il fallait donner. Donner ce qu’on est. En l’étant vraiment. Je vais te quitter. Te fuir te larguer. Définitiv’ment. Tu m’as apporté des pertes de vie venue d’un cœur sec qui ne s’émeut pas. Et moi je rigole dans les bras d’une autre. Bien fait pour ta gueule, il ne fallait pas. Tes perles de pluie, fous-les toi au cul, je préfère celui d’un’ belle que voilà.Mais enfin, il s’agit d’une bonne chanson ! aussi bonne qu’une chanson peut l’être. Bien sûr, la chanson, en général, ne propose que des clichés : texte de sous-poème, musiquette fastoche pour émouvoir sans profondeur. Mais celle-ci se trouve tout de même au dessus du panier !
Le panier, c’est fait pour la main, pas pour beugler insane !Son succès, d’ailleurs…
Rienaf ! Faiche !Wulitou ! : Rien à secouer ! C’est tout ce que tu as à dire : « ne me quitte pas », toi, la triste, clown en deuil, clone d’andouille ? Quoi ? Tu vas m’apporter quoi ? Des perles de pluie ? Mais je m’en fous, moi. J’préfère les bisous! Les petits mots doux ! les câlins douillets ! Les foutaisons crues ! Des perles de pluie ! En plus venues de pays où il ne pleut pas. D’Algérie peut-être, là où tes ancêtres massacraient en rigolant ? Chanson avachie. L’amour doit triompher. Force vive. Quant à pleurnicher, c’est le dépecer, l’équarrir, le trahir. Ne me quitte pas…, c’est du burlesque ! Ecoutez bien ! C’est presque aussi drôle que J’ai la rate qui s’dilate, Viens Poupoule, Les Palétuviers roses, ou encore Le lycée Papillon ! Grosse rigolade. Ô cœur d’amour déçu. Serinette lourde, turlupinade semblable aux pioupiouteries du début du XXe.s. Oui : Paulus, Fragson, Georgius, Ouvrard ! Dommage que Fernandel soit mort : il nous l’eût interprétée comme il le faut, avec roublardise vulgos et accent galéjade !Cette chanson insulte l’amour. Elle met en demeure d’aimer ! On n’a pas à quémander l’affection. Quoique, dire « je t’aime » ne coûte pas grand chose !
La mise en demeure d’aimer devient répugnante. Ca ne se commande pas : Ma femme voulait m’obliger à aimer ses parents. Ma fille n’accepte pas que je n’aime plus sa mère. Qu’y puis-je, moi ? Pour être aimé, faut être aimable !
Quelle chanson tout de même! Elle fait parler l’égoïsme du mal-aimant. Il ne se lamente que sur lui-même. Que sur son être aimant. Et ça marche ! Les auditeurs pleurnichent en l’écoutant ! Sans se poser une question. Celle de l’amour. Evidemment.L’amour obligatoire, celui de la famille n’est qu’une monnaie « à l’ancienne ». On y croit. On le manifeste. On l’échange. On le négocie. C’est parfois du papier, un billet doux, un acte de mariage. C’est tantôt une parole. Ca reste fiduciaire : il doit bien y avoir quelque part, une réserve blindée, un Fort Knox, une banque centrale où tout l’amour du monde se trouve entreposé. On n’y touche pas ! C’est gardé par des chiens, des brutes armées ou même, des dragons. La monnaie subvint aux besoins sociaux sans que l’or soit en circulation.
Un cœur d’or ? Dans notre monde, hélas, il ne s’agit, vraisemblablement que d’assignats, d’actions, de traites, de coupons de rente, de titres, de lettres de change, d’obligations, de chèques certifiés, ou de bons au porteur: « Je t’aimerais toujours, ô, mon profit, mon capital, mes agios mon dividende, mon taux d’amortissement, ma brute actuarielle, ma garantie foncière, mon épargne, mon intérêt ». Pour tous nos grippe-sous, ça représente l’amour. C’est l’amour ! Ambiguïté du verbe être ! Yahoo ! Technicolor de confusions ! Je suis moi, le même. L’ai-je bien assez dit ? Le même est-il un autre qui jouerait le miroir du semblable avec ldentité ? Ne varietur. Et même lorsqu’on gouale : Ne me quitte pas ! Sait-on, enfin, qui ne pas quitter ? L’enfileuse de perles aussi chiante que la pluie ? Elle-même ? Le moi pleurnichard qui s’épanche faute d’aimer ? Ou ce qui fut d’elle identique au grand Soi ? Ou ce qui de moi jouerait la bijection dans son pareil au même érotiquement nôtre ? Et qui serait quitté, même si le même était, quand même de toute façon, pareillement, peut-être ? Ambiguïté féconde du même à double entente : l’unique ne se compare qu’à la même chose. Et une ! Toutes pareilles! Tous pareils, beugleurs à qui mieux mieux de Ne me quitte pas. Mais pas moi : Le même est ce qui est. J’ai dit.
Il fallait se montrer grand. Eperdu.
« Ne me quitte pas », gnangnan, cucul… poétisterie populacière ! Nous avons besoin de vertus plus hautes tandis que l’amour doit être fort comme la mort ! Ne me quitte pas, tsoin-tsoin tagada, Ne me quitte pas ploum-ploum tralala ! On n’est pas plus bête girofla pouèt’-pouèt’, j’en suis révolté, lakoumpapadé ! Ne me quitte pas, larirette larira… Eh bien si, je te quitte, tu ne fais plus la fière, nannananère ! C’est bien fait pour toi choubidoubidouwa , fallait aimer d’amour pour de vrai, oh yeah ! Faut que ça swingue ou faut que ça saigne, toit que j’ai tant aimée, Just skeep beep de bop bop beep bopdo dope skeetle at de op dee-day, comme eût dit Cab Calloway !
Pleurer encore maintenant ?
Peut-être. En regrettant l’omniprésente elle-même qui n’était jamais là : Masque. J’ai sans doute aimé aussi le masque…
Mais je l’aime, elle, elle-même, même quand sa haine m’imprègne, en plein souvenir d’une tristesse odieuse. Qu’as-tu fais de nous, chérie ? Andouille!
Fin d’un chapitre de mauvaise foi.
Publicité
Commentaires