Quel amour ? Le menteur ? Le farceur insidieux ?.Ou le vrai qui fait mal,
Qui ne s’aime pas lui-même,. Et qui fleurit maussade en souvenir féroce, car c’est mélancolie ! L’amour de l’amour même et son objet précieux : l’amour de telle image, prétexte capiteux !

Toi que j’ai tant aimée ! Désormais, en ma conscience, tu ressembles à la pluie… A la pluie fine et drue qui me glace jusqu’aux os. Au crachin des hivers lancinante mornitude
Je t’en supplie , abstiens-toi d’exister au creux de ma mémoire. Cette passion délavée pue encore le jamais . Je voudrais éloigner ton image, jusqu’au sourire malin, jusqu’au grain de la peau, jusqu’au regard des yeux !

J’ai soif , j’ai sommeil et j’ai faim ! Je souperais d’oubli, boirais l’inadvertance, si ça m’était permis ! Je dormirais radieux d’un sommeil de mort lente ! Touotes ces fleurs fanées sont risibles et odieuses !

Quand je t’ai tant aimée, je le savais déjà : il y aurait souvenir, remembrance et mémoire ! C’était de l’amour dense, ça ne durerait pas. Il fallait aller vite, se consumer vraiment, au risque de se perdre ! La durée de l’amour le pourrit jusqu’à l’os. C’est gangrène du cœur, habitudes putrides…

Il faudrait se mettre à nu ! S’arracher la peau qu’il y ait un vide dans ce cuir importun
Ensuite, il serait opportun, jusqu’à l’utilité, de flamber son cœur avec un alcool fort, une distillation d’épices du lointain. Que ça grésille.En grande souffrance. Une fois pour toutes, pardi ! Car on rit trop des amours mortes.

Toi que j’ai tant aimée, écoute ma parole ! Celui qui dit : « C'est mon amour » a déjà quitté l’amour même. Nous manquons de silence, du costaud qui enivre, du fortiche qui secoue, qui arrache la tête, qui donne froid aux pieds, qui a des dents pointues ! Un amour méchant loup est à souhaiter d’urgence ! Qui ne dévore pas ne sait pas que c’est vivre ! Il n’ a plus qu’à se lamenter... A écrire des poèmes qui font pleurer, alors qu’on devrait rire avec méchanceté de toutes ces ardeurs dont le sens est obscur !

Aimer l’amour n’est pas du feu, mais un bois de jadis, planté par les ancêtres, en forêt domaniale, qu’on abat fût par fût, dévastant les taillis, clarifiant les fûtaies chque fois qu’on veut croire qu’il y a un autre en vue : celui qu’on prend pour soi, même sans ressemblance !Non, l’amour n’est pas feu, même s’il se meurt sans joie, suûr de ressusciter, tel un phénix minable !C’est la fusion incontinente des métaux éblouis, du plomb masqué en de condition humaine, de solitude amère au goût de fiel juteux ! Il faut se dépécher, avant que ça devienne l’atrocité des routineds exaltées ! Il faudrait aller vite, avec grande fringale.Et mourir aussitôt. Ô mémoire charcutière, recuisant les vieilles viandes de la chair en émoi ! Car ça devient salé, gélatineux, morbide…

Toi que j’ai tant aimée, je te maudirais bien. Mais ce n’est pas possible, rapport aux sentiments ! Maudit passé qui croque le présent, qui salope l’avenir, puisqu’on le sait déjà , à peine commence t-on à aimer pour de bon: on se souviendra, ce sera douloureux, moche et fastidieux.. Ô tuer la mémoire, la torturer enfin, la bousiller, sévère… Trouver des armes blanches au tranchant efficace, des couteaux de boucher, des lames imperturbables, et découper en fin cette vapeur trop dense, ce reliquat trop dense en tranches de souffrances et le servir enfin en ragoût d’amertume : casserole d’oubli, pimentée de dédain ! Si j’aime encore un jour, je ne le souhaite pas, toi que j’ai tant aimée, ce ne sera plus toi !