Le legging à Lulu.
(Fable)

Vraiment par hasard, en regardant une chaîne inhabituelle, la grosse Lulu ne maîtrisa pas sa colère. Elle vit une émision appelée « les stars de la frime » ou quelque chose comme ça. On y donnait des conseils d'habillement dans le genre prétentieux très cher pour richards insolents. Lulu ne retint pas le nom de la présentatrice, quelque chose comme Crétina Dracula, mais elle l'avait mauvaise. D'autant plus que cette salopasse condescendante critiquait le legging, vêtement populaire qu'adorent les grosses filles comme Lulu. 
Parce que le legging, c'est leur vie ! Ca empaquette les masses adipeuses, ça les contient, ça les empêche de balloter plus que de raison! Là-dedans, on se maintient, on avance dans la vie, forte en gueule, rassurée ! On déambule, on chaloupe, altière, hautaine, conquérante, ramenarde, vulgos, odieuse! Ca enserre pas trop, ça stretche, ça rassure ! Ca contient, quoi, on ne déborde pas, même si on a encore grossi parce que le tabac a augmenté, alors on mange plus de nouilles ! Le legging, c'est une satisfaction de gros derrière! Une démarche! Un art de vivre! 
Qu'est-ce qu'elle nous raconte la pouffiasse, là, à la télé? Que c'est moche ? Moche ? Elle ferait mieux de regarder son âme de bourgeoise endimanchée tous les jours de la semeine, la pilpesouée ! Ca c'est du moche, tiens ! Du vrai ! 
Lulu dernière, furax, décida de venger les pauvres contre la condescendance de cette pognonneuse arrogante. Elle enfila son popotin mastoc dans un legging rose, alla dans la chambre de son grand fils, absent pour le moment vu qu'il purgeait une peine pour violence agravée, trafic de stupéfiants , coups et blessures, insultes à représentant de l'ordre. Et autres fantaisies habituelles chez un jeune homme décidé de son quartier quand il n'y a pas de boulot et qu'on se fout de tout ; ..
Là elle saisit la batte de base-ball filiale et, comptant ses sous, prit le train pour Paris. Elle y dormit sous les ponts en attendant le jour de l'émission. 
Comment fit-elle, avec sa dégaine, son poids pour se faufiler sur le plateau ? Mystère ! Son désir de venger les pauvres contre le mépris des friqués lui donna des ailes. Elle assaisonna Crétina Dracula de belle façon, à grands coups de batte sur la tronche. Elle te l'écrabouilla, faut voir comme, de toute la force de ses cent trente kilos ! 
Les hommes de la sécurité eurent du mal à la maîtriser, tandis que la présentatrice, en sang piquait une crise. Lulu, tout en tabassant sa proie, pensa que c'est tout de même mieux que l'entartrage des faux révoltés classieux. Deux solides gaillards la saisirent, l'immobilisèrent tandis qu'elle criait, joyeuse, assouvie, jouissant du devoir accompli, heureuse :
- Je suis Jeanne d'Arc !