Je lisais régulièrement  le blog de Lucien Suel, toujours intéressé, souvent passionné. Mais, je ne sais pas pourquoi, j'hésitais à lire ses livres; J'appréciais l'écriture du blog, ce passage du dada au réalisme, de cobra au classicisme, cette diversité, cette pouverture au monde qui est signe de grandeur. Mais quelque chose me retenais. Puis j'ai acheté La Patience de Mauricette (La Table ronde).

Mais j'ai procrastiné, laissant le livre dans un coin. n'y pensant plus. Peur d'être déçu par un travail de longue haleine? Puis je l'ai emporté pour le commencer dans la salle d'attente de mon médecin (ça va bien, merci, les analyses sont bonnes)... Et je fus émerveillé... Le rythme, le style portent le récit d'une façon efficace.Mais ça va beaucoup plus loin... Nous sommes loin des interrogations habituelles sur la "folie", de notre effroi, devant son éventualité pouvant guetter chacun d'entre nous.

Ici, les lieux et les choses disposent du récit, l'accompagnent, le fécondent: tut se répond et le récit est entrelardé d'un discours intérieur qui illumine le tout en donnant un autre éclairage, un autre point de vue, le tout s'harmonisant d'une façon surprenante, donnant au lecteur une calme inquiétude, une sereine intranquillité... Etrange, non? Réussi, en tout cas!

Nous découvrons Mauricette, une sorte d'artiste, montrant une élégance dans sa" folie", la vivant avec un engagement superbe et pas si loin de celui, fort différent d' Unica Zürn (dont on doit lire l'Homme Jasmin!) qui, lui, angoisse. Alors qu'une paix certaine règne dans cette impatience... L'écriture rejoint cette précision, cette exigence non-maniaque dans une rigueur qui est celle de la poésie. Et sans doute de l'amour. Car celivre en rayonne.