Remo Forlani
Je n'avais pas de nouvelles depuis longtemps...et j'ai appris la mort de Remo, Remo Forlani, le vieil ami, le foldingue et sérieux à la fois, le rital parigot à l'accent du faubourg antoine... Il fut l'un des pionniers de la reconnaissance de la BD, iol écrivit des pièces de théâtre surprenante... Tout en rédigeant des articles pour Bonne soirée! eprit du même humanisme que Cavanna, il avait été obigé par son père de faire partie des jeunesse mussoliniennes et défilait, gamin, à la Bastille dans un uniforme sombre..il en avait gardé une fascination pour Pétain qu'il met en scène d'une façon parfois drolatique dans certains de ses livres et dans pièce au moins...
Remo était un ami de toujours, une sorte de tonton pour moi.Il était allé à la même école que mon père et ces amis d'enfance partageaient une même attitude fervente envers la vie mais aussi quelques demoiselles du temps de l'occupation. Dans son livre, Toujours vif et joyeux, mais aussi dans La Déglingue, Remo parle beaucoup de Papa. Et dans ces souvenirs j'ai appris les bêtises que faisaient ces deux ados avec leurs potes Jacques Noël et Maurice Ronet, sous l'Occupation, bêtises parfois dangereuses et courageuses... Mon grand père et le père de Remo habitaient à cent mètres l'un de l'autre... Faubourg Antoine et avenue Ledru Rollin... Papa disait "j'habite à la Bastille", Remo répondait "j'habite Gare de Lyon""... fils d'immigré pourtant mussolinien, le train était présent, là, pour Remo, le Parigot! Car son accent parisien était assez costaud, plus encore que celui de ma soeur Véronique qui, pourtant le corrige! Ou que celui de Gérard Mordillat qui, il est vrai, est originaire du XXe, c'est pas pareil (hi! hi!)... Quant au mien, je n'en sais rien... Car les villages de Paris ont encore leur accent particulier... bien sûr, ce n'est plus come au temps de Maurice Chevalier, accent de Ménilmontand bien frappé ou d'Arletty, "étrangère" de La Défense quand c'était petit, champêtre et mignon... Car il y avait du vieux Paris dans ce fils de Bergamasque! Du Paris vivant avant la colonisation des provinciaux arrivistes qui donnent une si mauvaise réputation à la Capitale...
Jai aussi appris que mon père fut un fier luron, mais je m'en doutais, et que ce type qui m'engueulais quand je faisais des conneries avait fait bien pire que moi! d'autre part, grâce à Remo j'ai aussi découvertque certaines dames respectables que j'ai connues furent un peu moins sages quelques décennies auparavant (il ne les nomme évidemment pas, mais je devine facilement les nom d'emprunt qu'il invente, le Remo), ce qui surprend parfois quand on a l'image d'une femme mûre, fort calme et assurée.
Remo aimait les chats, écrivait des scenarii (pour le premier film mettant Tintin en scène, avec Wilson en Haddock!), était pote avec Barbara (voir leur collaboration) et Francis Poulenc... C'est l'une des personnes qui a eu une vraie grande influence sur moi, un homme droit, souvent grave malgré une attitude désinvolte parfois étudiée par élégance, car il refusait de peser sur les autres. Je me sens orphelin...
De plus il portait des cravates insensées vers 1965 et des chapeaux de maffieux du plus bel effet.. J'étais à la fois horrifié et admiratif! Il fallait le voire, avec sa grande taille, déambuler, nonchalant, superbe et souriant...
il laisse une oeuvre diverse qui semble faite de bric et de broc, mais qui porte toujours en elle une infinie bienveillance, une humanité profonde., un esprit faussement léger qui va loin sans emphase...
Adieu Remo... Tu n'aurais pas dû mourir! C'est con! Des fois, tu exagères...