Qui a peur du kipper
Le kipper s’ouvre comme un livre. Mais on peut le refermer. Voir sa reliure, peau d’argent, sa couverture, peau d’hareng. C‘est un livre supplicié, un cadavre boucané. Qui ressemble à notre corps. Quand nous serons morts.
Morts ? Si nous mourrons torturés enfumés sur un bûcher. Si l’on nous ouvre le ventre. Pour lire notre douleur. L’orangé de notre effroi. Le kipper lui n’a plus peur. Ouvert on l’a frit à l’huile. On le mange tout à fait froid.
Avec des rondelles d’oignons. De carotte accompagnées. Qui se ressemble s’assemble : mangeons ce qui nous est proche. Ce cadavre supplicié. Ce livre de chair et de peau. Ces arêtes dûment ôtées.
Je vois que nous sommes beaux. Par kipper interposé. Par huile oignon et fumée. Par une telle ressemblance qu’il faut se l’incorporer, le kipper inanimé, c’est question de recouvrance. Le kipper ajoute au jour une nostalgie à venir, la conscience d’être fragile et l’oubli devient tranquille. .
Nous serons ce qu’il était : sel de mer de terre itou. Comme un crâne de vanité, le kipper fait méditer. Mais il y a l’oignon en plus. Le délicieux goût fumé. Un peu de mélancolie. Une bière qui va avec. Et le temps déjà passé.
Vivons notre cruauté. Dégustons le beau kipper. C’est sa mort qui nous fait vivre. Aussi devons-nous l’aimer. De nos dents et de nos cœurs. En pensant à son destin. Qui est nôtre tout aussi bien.. A l’ultime peur du kipper avant d’être assassiné.