17 janvier 2008
LE mouchoir irascible
Le Mouchoir irascible.
J’ai un mouchoir irascible. Il ne me répond pas. Il me fait bruire quand je me mouche .Je ne sais pas pourquoi. Alors je nifle et je renifle en retardant le dur moment de l’installer sous mes narines
Il ressemble à Pauline quand il est chiffonné. .Il ressemble à Pauline quand elle se met en rogne et qu’elle plisse le front tout en serrant les poings. Mais Pauline, on s’en fout : Elle ne se mérite pas. Quand elle prend la voiture et qu’elle est énervée, elle accroche la tôle. Et voici qu’elle ressemble à mon mouchoir froissé ! Moi, ça me fait pleurer.
Et alors mon mouchoir, tout en buvant mes larmes, me mord chacun des yeux. Je pleure encore plus. Et c’est pourquoi j’emprunte les mouchoirs en linon de Marie-Joséphine qui a de gros nichons.
Ceci a commencé il y a peu de lurette. Un orage répugnant dégoulinait, vorace de tout l’espace, absolument tenace. Comme une dent de dogue amoureuse d’un mollet. J’ai pris froid dans les reins. Alors j’ai éternué. J’ai saisi mon mouchoir pour en user, tranquille… Il s’est mis à crisser, c’est pourtant du coton cardé par des enfants à l’autre bout du monde. Des enfants affamés que l’on bat comme plâtre. Qu’on prive de sommeil pour les faire trimer. On trouve là peut-être la raison de sa hargne ! Les victimes sont salopes et méchantes comme des poux !
Depuis, il me tourmente. Il s’acharne.
Je distingue même dans sa méchanceté une tendresse chirurgicale, une volonté de trancher : il lui manque l’affûtage. Il veut me faire mal avec application.. Comme on caresse une femme d’une main et d’une seule. L’autre tenant le manuel du vrai savoir-aimer juste sous le regard afin qu’on lise au poil. Il me méprise avec un attachement froid, une colère givrée. Il y a du brise-glace dans son désir pour moi. Parfois même il verglace mes grasses mucosités. Je me tais.
Mon silence le tracasse, ce satané mouchoir ! Il se froisse dans ma poche comme un billet de cinq. Hélas, je suis peu riche et je n’en ai point d’autres. Il se chiffonne ressassant toute ses imprégnations de mouchages successifs. Il sait jauger, le bougre, l’individualité des morves. Il me nargue, l’ignoble. Mais je me vengerai ! Il ne sait pas ce qui l’attend.
Il ignore qu’un jour, ou peut-être la veille, quand Pauline montera en rougeur de méchante, avec les poings serrés, quand sa colère de conne sera prête à sortir, quand je la giflerai avant de la plaquer, je commencerai par la moucher ! Et puis je lui enfoncerai mon mouchoir dans la narine gauche : C’est le côté du cœur qu’elle a de pierre à fendre. Qui se ressemble s’assemble : sans doute s’aimeront-ils. Et moi, je partirai. Avec Marie –Joséphine ! A pied.
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