14 août 2007
L’angoisse de Rabelais.
Un poème ressemblerait à ce qu’on voudrait écrire : ce serait satisfaisant. Il relaterait ce qu’aurait pu être un original, resté en dedans du cœur, de l’âme et de la science arrangeante. Il évoquerait le texte secret comme un jumeau à personnalité double qui, par moments, croirait n’être autre que son frère. A chaque instant son dû.
Dire avec soin, c’est de l’artisanat. Ca vaut donc un prix. Seul le poète le paye. Les autres donnent parfois un peu d’argent.
Qui tique ne crie pas : le sexe des mots fait mauvais genre !
Ce poème, donc, s’accentuerait autour d’un modèle muet qui l’aurait engendré. Un anonyme à mots scandés. Quand un symbole s’enrichit, il perd un peu d’intérêt. C’est aussi pourquoi nous ne connaissons que ce poème là, pas l’autre, l’induit, le jumeau, et l’autre autre, indéfini. Tous sont irrémédiablement présents. Le résultat, le poème qu’on peut dire ? Ca n’est pas une récolte, une floraison quelconque : penser n’est pas une spore, ni un cotylédon.
Lacération d’un style écrit au plus près du corps. Ca flamboie, cher Hugo.
Autolyse d’hypotypose : tel se nomme le suicide qui fait naître ce poème, suicide des non-écrits, pensés parfois…
Mille secondes.
Et le poète s’excite à peut-être détruire tout son for intérieur. Nous l’aurions regardé : on eût dit Prométhée, mais il n’était pas là.
Mélancolie funeste de Monsieur Agrippa. Souffle de Baïf, scansion.
Mais rien ne reste du néant préparatoire, autrement constructif. Un poème en contient mille.
Un mot chasse l’autre.
Ca se pourrait que ce poème soit très ressemblant à son image en moi, voire à un reflet plus lointain. Son impression voudrait alors réveiller l’astuce des mots. Quelque chose comme l’angoisse de Rabelais, avec du vieux burlesque étranglant tous les rires : mélancolie de chambre noire et cul par- dessus tête. Gâcher le temps, comme du plâtre. L’angoisse de Rabelais. Et la mélancolie de Monsieur Agrippa, le souffle de Baïf, pied à pied, terre à terre !
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