Mangeons ce qui nous mange !
Ille potens sui
laetusque deget cui licet in diem
dixisse: 'Vixi': cras uel atra
nube polum Pater occupato
uel sole puro !
Horace, Odes, III, xxix, 40-44
Voici venir le temps des naissances illusoires ! Regarde rouler le flots des cloaques burlesques ! Contemple avec l’astuce d’un carnivore heureux les molles dissolutions des gosiers destructeurs !
Ecoute moi, bon sang, vivent les nanans bizarres, les viandes impolies et les daubes curieuses! Ô, l'incongru miam-miam qui nous rendra heureux! Eucharistie méchante avec du sang partout!
Savoure les nourritures béantes, faites de bouches avides à déguster en sauce! Concoctons des gâteaux et de lentes cuissons ! Mangeons ce qui nous mange et devenons des dieux ! On mangera Chronos pour faire passer le temps, même qu’on le tuera en rigolant, féroces !
Le parâtre mis à nu sera dévoré, certes ! Somptueuse digestion à prévoir en ce jour ! Le soleil brillera comme une princesse au bal. Et Chronos indigné, acariâtre et morflant, subira lentement l’étreinte de nos dents ! Clafoutis de mâchoires et ragoût de molaires ! Oui, nous gloutonnerons la viande même du temps!
Des chanteurs ensuqués par des alcools sévères entonneront alors des syllabes funèbres. On rira sans arrêt, horripilés d’azur ! Ce sera matinal à toute heure du jour.
Traduction de l’épigraphe :
Maître de lui-même est celui
Qui dit du jour: "Je l'ai vécu!"
Qu'importe que demain le Père
Emplisse le ciel d'un orage
Ou nous procure un pur soleil!