En attendant la guerre.
Le feu brûle avec soin dans l’âtre circonflexe. On dit que le vent du Nord annonce des lendemains peureux . Nous serons pliés jusqu’à l’effarement. La tranquille douceur va se carapater. Viendront des jours d’ d'opprobre, à ce qu’on ose dire. Et des ruptures. Des calices brisés. Et dans l’air froid s’immisce l’haleine de la mort.
J’aime les saules pleureurs, ramures en crinolines, et le cake-walk osseux que le frimas déglingue. C’est le décor idoine pour les hordes à venir, au cœur découpés par un tailleur habile dans les pierres les plus dures, silex ou bien diamant. Mais le feu brûle encore, préparons le fricot : mangera t-on demain ?
Le monde vaque encore, la menace stridulante suinte même des nuages. Quand la pluie va tomber les veaux n’auront plus soif, mais il y aura de murs à ne avoir qu’en faire, des murs de glaces bleue comme le métal d’une arme. Puis des briques de sang, comme du lait caillé.
Le feu brûle encore. Et chacun fait silence. On a déjà senti l’impression qui arrive. C’était il y a longtemps, mais ça va revenir. Tout semble calme et serein, mais moins serein que calme. Demain menace encore comme au temps de grand-père. Nous sommes à petits pas de la terre étrangère. Il suffit d’un regard pour qu’on voie la frontière. Et c’est venu de là, depuis que l’homme est l’homme.
J’aime les chênes lourds et les grands champs de lin. Cette senteur qui soûle et même la pluie vache. J’aime le vent du Nord et l’avoine agitée. Et puis les bœufs qui rêvent après avoir brouté. Il y a, dans l’horizon, des noirceurs imprécises. Et des oiseaux en deuil qui croassent à l’envi. J’aime les chênes lourds quand on n’y pend personne.
Le feu éclaire les visages. Chacun s sent trop grave, comment faire autrement ? On disait des prières, autrefois, dans ce lieu. Le femmes se signaient dans la salle à tout faire. Et, sans savoir pourquoi, les enfants couchés, après une belle histoire, pleuraient à qui mieux-mieux dans leurs draps de métis, ceux que l’on devait buer dans les grandes lessiveuses. Il fallait de la cendre et de l’huile de coude. On touillait le tissu comme on brasse la bière.
La guerre mâchera t-elle encore de la jeunesse ? Elle arrive au printemps, quelle curieuse promesse. L’amour ça sert à rien, ça ne l’empêche pas. Mais les filles s’accrochent au cou de soldats. Il y a de vieux obus dans les champs labourés.
Le feu brûle toujours et méfions-nous des braises. Comme d’un fusil rouillé, on rit de la menace. Il y a des pommes acides qui vous mangent le ventre. Et des vaches qui explosent sous des pressions obscures…
Alors, buvons encore un verre d’eau-de-vie forte. L’incertitude arrive. Offrons-nous du courage car on ne sait jamais ce que couve une veille comme celle que nous vivons. Que nous vivons encore… Miserere nobis, qu’on nous donne la paix ! Quand arrêtera t-on de nous foutre la guerre