MAnuel Viola
En dehors de mon père, le premier peintre que je vis en action fut Manuel Viola[1]. Ancien torero, cet espagnol peignait avec une gaieté féroce. Il m’amusait par des blagues que je ne comprenais pas ou encore en beuglant des chansons espagnoles. Manuel venait à la maison lorsqu’il séjournait en France. J’ai vu naître certaines de ses toiles qui se “prêtent à des interprétations cosmiques".Voici ce qu'en dit Bénézit:
Viola Manuel, Né en 1919 à Saragosse. Mort le 8 Mars 1987 à San Lorenzo del Escorial (Madrid) XXe.Siècle. Espagnol. Peintre abstrait-lyrique.
Il a vécu longtemps et souvent à Paris, à partir de 1939 en contact avec les groupes surréalistes et l’entourage de Picasso. Revenu en Espagne en 1949, il se consacra totalement à la peinture, vivant à Madrid, revenant parfois à Paris.(…)
Après une première période figurative, marquée par l’expressionnisme néo-cubiste illustré par Picasso, il évolua à l’abstraction hésitant entre calligraphie lyrique et informel matiériste. Depuis 1958, il est stabilisé sur un style personnel, sur des fonds obscurs, il trace violemment des entrecroisements de tons blanchâtres, violacés et dorés, se référant à une tradition espagnole de dramatisation de l’éclairage par l’effet du clair-obscur, particulièrement illustrée au XVIIe. s. par Valdès-Léal. .
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Je me plais à penser que Valdès-Léal, Sévillan (quoique d’origine portugaise) comme Pacheco, a connu ce dernier, comme il a connu Velasquez tandis que ses oeuvres fort tourmentées s’apparentent au “ténébrisme” de mon ancêtre, ce vilain Pacheco… Dont je retrouve parfois, à ma grande surprise, des reflets chez Mabuse!
Manuel Viola, aragonais rocailleux, peignait d'une façon gestuelle.Je me souviens de l'avoir vu converser avec Riopelle. Et d'avoir pensé qu'il se ressemblaient. Le Québequois et l'Aragonais me paraissaient frères, sans que cette ressemblance soit physique. Je pense qu'il doit s'agir du GESTE, de quelque chose, de la peinture qui est comprise dans le peintre et qui doit se discerner même s'il est immobile. Ca me fait penser à ce que m'a écrit Dona Lévy, "on est de la même famille"... Je regrette de n'avoir pas retenu cette conversation de géants: j'étais petit garçon, je ne comprenais pas tout. Mais l'enthousiasme, la ferveur de ces deux peintres me suffisaient. Leurs êtres construiait un peu de ce que je suis. Et leurs gestes m'ont marqué. Une vraie foi, du sacré sans religion ni religiosité.Quelque chose de pur.
L'énergie lyrique de Don Manuel montrait une tendresse qui en la déparait pas. J'étais là, fasciné. Et je crois que j'ai compris de quel affrontement il s'agit, de quel duende. Le geste: force, précision... le geste est précieux! Il est de nous-mêmes autatn que le rire. Et, d'ailleurs...
On trouve des reproductions du travail de Manuel Viola sur le net. Ca vaut le coup d'aller voir!