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orlando de rudder
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28 septembre 2006

MAnuel Viola

En dehors de mon père, le premier peintre que je vis en action fut Manuel Viola[1]. Ancien torero, cet espagnol peignait avec une gaieté fé­roce.  Il  m’amusait par des blagues que je ne comprenais pas ou encore en beuglant des chansons espagnoles.  Manuel venait à la maison lorsqu’il séjournait en France.  J’ai vu naître certaines de ses toiles qui  se “prêtent à des interprétations cosmiques".Voici ce qu'en dit Bénézit:

Viola Manuel, Né en 1919 à Saragosse. Mort le 8 Mars 1987 à San Lorenzo del Escorial (Madrid)  XXe.Siècle. Espagnol. Peintre abstrait-lyrique.

Il a vécu longtemps et souvent à Paris, à partir de 1939 en contact avec les groupes surréalistes et l’entourage de Picasso. Revenu en Espagne en 1949, il se consacra totalement à la peinture, vivant à Madrid, revenant parfois à Paris.(…)

Après une première période figurative, marquée par l’expressionnisme néo-cubiste illustré par Picasso, il évolua à l’abstraction hésitant entre calligraphie lyrique et informel matiériste. Depuis 1958, il est stabilisé sur un style personnel, sur des fonds obscurs, il trace violemment des entrecroisements de tons blanchâtres, violacés et dorés, se référant à une tradition espagnole de dramatisation de l’éclairage par l’effet du clair-obscur, particulièrement illustrée au XVIIe. s. par Valdès-Léal. .

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Je me plais à penser que Valdès-Léal, Sévillan (quoique d’origine portugaise) comme Pacheco, a connu ce dernier, comme il a connu Velasquez  tandis que ses oeuvres fort tourmentées s’apparentent au “ténébrisme” de mon ancêtre, ce vilain Pacheco… Dont je retrouve parfois, à ma grande surprise, des reflets chez Mabuse!

Manuel Viola, aragonais rocailleux, peignait d'une façon gestuelle.Je me souviens de l'avoir vu converser avec Riopelle. Et d'avoir pensé qu'il se ressemblaient. Le Québequois et l'Aragonais me paraissaient frères, sans que cette ressemblance soit physique. Je pense qu'il doit s'agir du GESTE, de quelque chose, de la peinture qui est comprise dans le peintre et qui doit se discerner même s'il est immobile. Ca me fait penser à ce que m'a écrit Dona Lévy, "on est de la même famille"... Je regrette de n'avoir  pas retenu cette conversation de géants:  j'étais petit garçon, je ne comprenais pas tout. Mais l'enthousiasme, la ferveur de ces deux peintres me suffisaient. Leurs êtres construiait un peu de ce que je suis. Et leurs gestes m'ont marqué. Une vraie foi, du sacré sans religion ni religiosité.Quelque chose de pur.

L'énergie lyrique de Don Manuel montrait une tendresse qui en la déparait pas. J'étais là, fasciné. Et je crois que j'ai compris de quel affrontement il s'agit, de quel duende. Le geste: force, précision... le geste est précieux! Il est de nous-mêmes autatn que le rire. Et, d'ailleurs...

On trouve des reproductions du travail de Manuel Viola sur le net. Ca vaut le coup d'aller voir!


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Commentaires
P
Voir une œuvre se créer sous ses yeux est quelque chose de fascinant, voir la passion qui gouverne cette œuvre en marche l'est également. Tout petit, "Le mystère Picasso", quoiqu'imparfait m'avait totalement cloué. Guitry aussi a su montrer, un bref instant, dans "Si Paris m'était conté", un vrai peintre et un vrai poète en pleine création. Ces instants, incrustés dans ma mémoire, m'ont marqué à jamais. Une amie peintre ultra-douée, à vingt ans m'offrit ce cadeau magnifique : peindre pendant que j'écrivais. J'étais l'un des rares dont la présence ne la gênait pas pour créer. À vingt-quatre, je vécus une expérience similaire, mais cette fois-ci avec un ami aux compositions post-classiques éblouissantes, Omar Yagoubi - surfez sur Google et vous finirez par trouver le magnifique premier mouvement de son "Stabat Mater". Je vis un morceau naître, se former au jour le jour sur son piano incantatoire, et ce fut inoubliable. Il y eut aussi cette amie peintre, Laurence Fouque ( je la pousse à exposer), magicienne du pinceau, à laquelle je servais de modèle. Quelle matière allait-elle pouvoir tirer de moi ? Le résultat fut surprenant et naturellement dérangea les pouacres. Et cet autre peintre, Jean Kiras, que je filmai au jour le jour, peignant une ou plusieurs œuvres quotidiennes avec une maestria indomptable à l'intérieur de la Bibliothèque de Troyes. Surfez sur Google, cherchez, et vous saurez que c'est un putain de grand bonhomme, même si la peinture ne semble plus intéresser les médias. Non, je n'ai pas une vie "normale" ( dans la norme), mais avoir une vie anormale permet aussi de vivre de tels instants magiques et ça, ça compense vraiment tout le reste. Pour avoir vécu ces moments, mes rencontres sont souvent des rencontres d'artistes, même lorsqu'au départ je l'ignore, leur gagne-misère étant à mille lieues de suggérer l'existence d'une telle fibre. Mais il y a cette énergie, ce souffle, que je ressens et qui m'attire, qui œuvre même en dehors, et peut-être en fait surtout,de la finalisation d'une œuvre. Une œuvre créée en quelques heures, en quelques minutes parfois, peut avoir nécessité des années de maturation, pendant laquelle l'œuvre travaille. Nous nous reniflons, comme des chiens ; instantanément nous savons être de la même famille.
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