4 juillet 2006
LAngue écrite mais parlée!
Encore le Québec. Voici comment un québécois puriste parle du joual (langage populaire québécois. LE joual, heureusement est parlé, écrit. ;VIVANT! C’est un parler savoureux qui en mérite pas le mépris bourgeois... Le joual vit, ainsi qu'une belle, sincère, grande tradition québéciser qui se fout des ukases d'un Thivierge comme de la réaction immonde des Rumilly, Riel, etc., "bien pensants», ennemis du peuple comme de sa langue!
Pourquoi, au Québec, la langue parlée et la langue écrite n’est-elle pas la même? S’il fallait que l’on écrive comme on parle, ce ne serait pas lisible. Le "joual" n’est pas une langue qui s’écrit. Régent Thivierge (voir: http://www.uneq.qc.ca/forum/fr/Detail.asp?ID_Message=99&ID_Theme=18&TypeActif=no)
Cette question de Régent Thivierge m'amuse. Il n'y a pas qu'au Québec que (ça, c'est de l'allitération) la langue parlée diffère de la langue écrite! C'est partout ainsi et dans toutes les langues à écriture de type alphabétique! !
Rafraîchissons la mémoire en parlant du français. Langue à l'histoire curieuse, puisque les Francs vainqueurs adoptèrent celle du vaincu! Prenons L'histoire des Fils de Louis le pieux, de Nithard... C'est un livre intéressant! IL raconte l'histoire d'une façon claire et on y trouve les Serments de Strasbourg. C'est un texte juridique, précis... LA version française a été prononcée par Louis le Germanique, chacun jurant dans la langue de l 'autre: Charles le Chauve a parlé en "allemand" et les soldats ont prété serments dans leur langue. Ca commence d'une façon simple...
En lisant la version "française", (pro deo amur et por xpian poblo et nostro commun saluament, etc.,) on remarque la terminaison des noms: karlO, fradrE... aiudha.. Tiens, ça ne correspond pas aux déclinaisons latines... Et puis, c'est bizarre, "aiudha"... ce "dh" montre que la prononciation a changé par rapport au latin et qu'on a "bricolé" une graphie pour rendre ce qui devait ressembler au "th" anglais actuel... c'est quoi, "xpian"? Hé ben, c'est "christian, avec l'abréviation "x" habituelle pour le christ et le suffixe "ian" bizarrement annoncé par un p et non un t....
Quant aux terminaisons, on sait que la déclinaison... déclinait... Le fonçais naissait avec ses coordonnants, ses conjonctions... LA déclinaison n'avait plus guère d'utilité. En même temps le "e" germain arrivait. Et l'on ne savait pas comment le transcrire dans l'alphabet latin qui n'est pas fait pour lui... Alors, on a mis "a" ou "o" (je simplifie) presque "au petit bonheur"... Déjà, on ne savait pas écrire comme on parle! En français, donc, il a fallu adapter l'alphabet latin à la langue neuve: du latin modifié par la prononciation franque...
Le français a avancé ainsi. Comme certaines consonnes se vocalisent (deviennent voyelles) devant ls, on a écrit chevax, avec un " x "à la fin, qui est aussi l'abréviation de "us", terminaison latine... On a longtemps continué à prononcer "chevalse" au pluriel, puis on a ajouté un u"u", longtemps après pour donner le pluriel "chevaux" qui, au lieu de s'écrire "chevo" utilise ce bricolage, ce digramme pour exprimer un son unique par un digramme... on ne prononce pas "chevâükse"...
L'écriture, de plus, est conservatrice: les écrits restent. Avant la télé, la langue parlée changeait en cinquante ans, tandis que l'écriture demeurait stable... C'est une raison de plus qui fait "qu'on n'écrit pas comme on parle"... Ce qui fonde aussi une langue "littéraire", en retard sur la langue parlée, et une langue juridique, encore toute pétrie du droit romain, et archaïque... Sauf que dans ce cas, on parlait comme c'était écrit! LA langue religieuse monte dans les prières bien des tournures anciennes, etc...
A ceci s'ajoutent les dialectes et les patois... LE joual n'est pas une déformation du français central, mais un parler qui a vécu d'une façon autonome avec l'influence de la "bonne langue"... Au contraire, les dialectes du français ont formé la langue: l'un d'entre eux, celui de l'île-de-France (apellation due au hennuyer Froissart) a prédominé, avec influence de l'anglo-normant, du picard, du wallon, etc... Ce sont ls dialectes qui ont fait la langue et non l'invese... Et une langue "noble" s'est formée: à la Cour, on ne parlait pas comme tout le monde...
LA langue parlée, pour diverses raisons que je viens d'évoquer, n'est pas la langue écrite... Mais, dans une oeuvre littéraire, qui ne s'écrit pas dans la langue parlée, mais de façon soignée, dans une "langue de cérémonie", écrite, ce qui est aussi une préméditation de parole de représentation: on "dit" ce qui est écrit, on cite, on récite, mais c'est de l'écrit prononcé, et non de la langue parlée, dans une oeuvre littéraire, donc (c'est marrant, les longues incises qui font perdre le fil, n'est-ce pas?), Il arrive qu'il faille faire parler un paysan, un manant qui ne parle pas comme les nobles et les gens chics, et encore moins comme parlent ces derniers dans les oeuvres littéraires (vous me suivez?).. Donc on transcrit le patois, la prononciation "fautive" de ces braves gens... on le voit chez Molière, chez Vadé dont c'est le commerce, bref, il y a dans la littérature "centrale", des surgissements de dialecte, de patois... C'est "écrire l'oral" contre l'écrit pur, qui nous fait supposer que les gens parlent habituellement comme dans Corneille, par exemple: une convention...
Rappelons au passage l'humour de Molière: la prose n'est pas la parole spontanée, mais une façon d'écrire qui, effectivement, n'est point le vers... c'est plus subtil que ça en a l'air...
On trouve chez Hugo, chez Balzac, de la parole "mimétique", c'est-à-dire "imitée", qui représente la langue parée dan les romans.. Ce sont des transcriptions de 'l'argot, de dialectes, de prononciations "incorrecte" (l'accent allemand dans le Cousin Pons, par exemple)... notons que ce langage n'est pas assumé par l'auteur, soucieux de son style: ce sont des citations supposées... A part chez les auteurs patoisants, mais l'écriture du patois diffère aussi du patois parlé...
Il va falloir longtemps pour qu'un écrivain assume la "mimésis", l'imitation du langage parlé en la prenant à son compte! Henri Barbusse, racontant la Grande Guerre dans LE Feu fait parler les poilus. MAis c'est "entre guillemets" et lui-même écrit autrement que dans leur argot, alors qu'il devait le parlent lui aussi dans les tranchées... Ensuite, Céline prend à son compte une façon d'écrire évoquant la parole... Car l'argot écrit de Céline, ses tournures populaires, etc. ne sont pas de la parole écrite! Un type qui aurait parlé le langage populaire comme Céline écrit aurait passé pour un fou furieux! Personne n'a jamais parlé ainsi. Mais le style de Céline évoque le langage populaire sans en être: au contrire, il s'agit d'une pérciosité travaillée... Aucun homme, aucune femme ne parlerait spontanément ainsi... C'est pareil pur San Antonio! C'était déjà le cas pour François Villon qui "archaïsait» Il écrivait dans un français déjà ancien par rapport à son époque. Il imitait celui de Chrétien de Troyes, d'auteurs classiques en sont temps... comme si j'écrivais aujourd'hui comme RAcine! Les langues ne s'écrivent pas comme on les parle, sauf dans les manuels d'apprentissage d'une langue étrangère!
Et on ne les parle pas comme elles sont écrites! Sauf en représentation ou au cinéma! Allez vois un film, écoutez bi les acteurs. Essayez ensuite de parler à vos amis avec la même diction... Et l'on voit que ce qui semble réaliste ne l'est pas... Pire, essayez de parler comme dans un film doublé! L'acteur qui double Bruce Willis reproduit assez bien la personnalité des rôles de l'acteur, mais parler ainsi, avec une telle brutalité attirerait des ennuis... Le langage de spectacle n'et pas de la parole mais de l'écriture dite: il n'y a pas de "préméditation de la chaîne parlée" (expression du linguiste JAcques Coursil) dans la conversation de tous les jours!
Ce qui démontre encore que la plupart des puristes et des "défenseurs de la langue ignorent ce qu'est une langue et celle qu'ils défendent en particulier. Ils ne savent pas quel est leur système, leur organisation, leur histoire et ne font que répéter des règles simplifiées pour l'enseignement sans penser ni réfléchir. L4incommensurable prétention de l'ignorant Thivierge vient d'une idée partisane et politique de la langue, de l'obsession obsidionale de certains et non de l'amour de la langue et du plaisir gourmand d l'aimer sans la "défendre" ou s'en servir comme arme contre "l'invasion" des parlers d'ailleurs! Si ces gens n'étaient pas agressifs autant qu'ignare, ça irait encore... Mais leur prétention contraste avec l'humilité de celui qui, modestement apprend, lit, essaie de comprendre et tenter de ne pas affirmer, avec le ton péremptoire des puristes, ce qui n'est pas vérifié...
Tous « défenseur » de la langue a tort ! Pour qui se prend-il ? LA langue se défend toute seule ! Elle st assez forte pour ça et nous enterrera tous ! A nous de la célébrer, de l’illustrer au lieu d’en être les fossoyeurs comme l’était le malheureux Thivierge avec ses idées fausses et commodes, sa « bonne conscience », ses « indignations vertueuses » …LA vraie langue est ailleurs…
J'aimerais que, par respect, ce genre de personne ait la politesse de se renseigner, avant de nous servir els bouffissures inexactes de elur idéologie langagière! ce manque de respect pur les autres, cet égoîsme sont répugnants! C'est l'ignorance crasse, un manque d'hygiène car Thivierge avait les moyens de savoir... Crasse, mépris, paresse: les "défenseurs"... Rien que ce mot gluant d'orgueil!
JE signale à mes nombreux lecteurs québecois que la recherche linguistique au Québec est brillantissime et qu'il y a vaiment des travaux merveilleux permettant de mieux connaître ce que je viens de résumer, d'une façon beaucoup plus complète, chez bien des éditeurs québecois! Ces ouvrages sont souvent d'une clarté et d'une précision admirables!
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