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orlando de rudder
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6 avril 2006

Nous sommes faits d’argile.

… humanité ici, dans la franche chaleur et fragile ce qui est chair et sang sous la lumière, car j’ai vu des matins. Moi, je le précise. Et cette femme dormait, car il faut que l’on dorme.Je n’ai rien regardé qu’elle, et c’est assez voulu. Oui j’évoque précisément un faux-jour de moi-même, une lueur ainsi qui existe peut-être mais qui brouille la vue, comme certains goûts bizarres et comme certains parfums dénaturent la saveur d’une viande un peu fine, que j’aime bien comme ça, sans rien et sans rien d’autre même si le poivre est bon quand on vient de le moudre. Je ne pouvais rien dire à la femme qui dormait, ça l’aurait réveillée et je ne vois pas pourquoi, elle dormait comme un ange, non pas qu’elle en fût un, les anges c’est épais, ça fait flic et curé, en plus, ça porte des ailes comme un vulgaire nez, sauf qu’il y a des plumes dont la place est plutôt dans les oreillers sur lesquels une femme dort parce qu’il le faut bien et qu’elle aime ça. Elle aime aussi d’ailleurs les cerises amarènes ce qui la rend jalouse quand c’est moi qui les mange éparses sur son corps que je lape en prévoyant que je mordrai la peau pas plus tard qu’à l’instant. Qu’aurais-je à lui dire si je la réveillais ? Parfois j’aimerais parler avec un sens accru, ne dire qu’un mot : « oui », et ce serait très « oui », complètement « oui » ce qui suffirait bien à tout et à chaque chose qui mérite un « oui ». Ce que j’en dis, d’ailleurs, ce n’est pas pour causer, puisque je me taisais à côté de la femme qui dormait gentiment, car j’en ai connu d’autres au sommeil agressif, à la dormition sournoise, chafouine, mesquine et revancharde d’on ne sait quelle atteinte misérable et subtile que l’on croit indicible mais qui s’exprimerait bien par des tas de gros mots,et même des dégueulasses à ne savoir qu’en revendre à moins de les planter comme des choux gras, mais rances qui puent mille mort de la même façon que ceux qu’on a laissé dans le bac à légume, en bas du frigo que toujours on ne dégivre pas parce qu’on n’y pense guère rapport à autre chose qu’on aurait à foutre fût-ce ceci cela ou une femme éveillée, déjà que c’est lundi. Nous sommes faits d’argile d’après yeux et mémoire de ceux qui ont vu ça dans une Bible austère et reliée de vieux veau dont quelque escalopine a dû être mangée mais pas par le curé, car c’était vendredi saint, avant qu’on ne relie religieusement le Livre parmi les Livre et tout ce qui s’ensuit, nous sommes fait d’argile, priez pour nous, vous autres, mais pas trop fort s’il vous plaît car cette femme dort, ne la réveillons pas, nous sommes faits d’argile aussi absorbons nous les chocs et leurs retours tant qu’on ne nous cuit pas. Sinon on devient cruche dans la franche chaleur et fragile. Oui.
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