27 mars 2006
Ode à la langue sans fraise et aux zotre zaussi
Ceci est pour exulter, parce que j'en ai marre de la francophonie officielle!
Une langue n'est pas une collection de mots. Mais un système.Et aussi une histoire, un conte, une légende, une passion, une rhapsodie, un mystère aux multiples méandres détours et épisodes. Aujourd'hui comme hier, ça murmure ou ça crie, ça se répand en grâce, en mémoire, en oubli, en mémoire renaissante d'un oubli rappelé, en swing et jitterburg, rinforzando, piano! C'est joli, c'est pratique, c'est salace et idiot. C'est sublime et pansu, ça fleurit, ça rigole!
Une langue se vulgarise, s'ennoblit, se courtise. Elle crache ou insulte, elle cajole ou se tait. Elle ne se défend pas, qui peut donc l'attaquer? Elle prend ses fruits juteux dans la langue d'à côté, ou dans celle du lointain, somptueux jambalaya! Elle regarde de haut ceux qui veulent la réduire, autant que les crouchgniafs qui croient la maîtriser. Ca se mange, ça se bouffe, déglutit et digère, ça se réveille-matin et ça ne dort jamais, c'est soleil et c'est nuit, c'est gratin, c'est dessert, et puis trou laïtou, chabada, tralalère!
Une langue argotise, sarabande, se précise, à moins qu'elle ne veuille s'hermétiser soudain, tout ça en même temps que d'autres friandises, venant de l'amerloque, de la Chine, du latin. Elle parfume sa grammaire de tournures nouvelle, ça pimente et ça joue, ça gratine, ça mijote! Ca crapote aussi bien, ça tue ou ça enfante, ça materne ou ça snobe, ça balance, ça dévore!
Ca poétise à flots des poètailleries imbéciles aussi bien que des souffles ardents, ça vous crache à la gueule et les vers nonchalants foutent leurs pieds aux culs des rimailles ordinaires! C’est souvent pas correct, ça se prend les pinceaux, ça dégoise le jars, le rouchi, le pas beau! Ca bégaye et voussoie, ça grasseye et ça flambe! Y a pas à dire, Papa, c'est vraiment du nanan! Ca s’écorcobalise, ça s’estrapafourbit, comme disait Michaux et Claudel avec lui !
Ca sigle comme une voile et ça SMSise sévère, ça vogue et ça s'en fout ce qu'on dit en elle-même pour mieux la corseter ou la rendre moins coquine. Et quand elle devient grave, et calme, fière et lente... la voici qui nous berce, nous réjouit, nous enchante en autre chose encore, ô ma liberté grande! Voici la joie des mots, parlons peu, mon amour...
Une langue, ça nous boxe autant que ça caresse, ça conjonctionne à bloc, ca bloguifie un max, ça subjonctive aussi comme ça prétérite! Ca s'esclaffe en vadrouille au parfum de grammaire, ça s'estompe en non-dits qui hurlent et syntaxisent! Ca s'harquepigne duraille et ça glossolalise par des mots inventés qui s'évadent des lexiques, parce que nul ne pourra l'engeôler dans une taule!
Cela vibre à l'envi en tous ses attachements, ça gouleye, amougneune, ça roucoule au levant, ça fait chier le puriste en lui escapadant, c'est amitieux en diable, c'est ardu, c'est coulant! Et c'est en chaque jour, ô mon histoire ancienne, que j'ai vécu ainsi mon français formidable! Je l'aime quand il beugle, quand il se calme aussi, quand il vibre et farfouille la luette pour hululer féroce des vocables hilares et des vocabulaires, des rires, des chagrins ou des n'importe quoi! Y a d'la joie, pouet' ! pouet'! meuh!, ploum ploum et tralala!
La langue c'est lunatique, bindezingue, croquignole! Et ça se fout de tout, quoi qu'on dise, quoi qu'on fasse! C'est vachement bonnard et ça nous escagasse d'être tout à côté d'elle tandis qu'elle est en nous, avec ces arguties qui nous bourrent le mou! Hé oui, j'ai pris de termes et des raisons chantantes! Ca ne va pas dans le sens des officialités. Mais si c'était encore pour célébrer le français avec du sous-Bossuet -je sais le faire, merci- ce n'est même pas la peine d'en recauser céans!
Gabuzomeuh pouet pouet, larirette, clackmürf, chnol de brol, rantanplan!
Hourrah et cornes au cul, vive le Père Ubu !
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