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orlando de rudder
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12 janvier 2006

Mélancolie pratique 19 nouveaux éléments

(La Hase de Juin). J’ai ignoré jusqu’à ce jour que la femelle d’un lapin s’appellât une hase. Victor Hugo, Choses vues, 2 juin 1847. Un autre animal présent dans la geste d’alice est le lièvre de Mars, obsédé par le retard. Ce n’est pas innocent. L’écriture a besoin de temps et de tempos. Eudora Welty nous indique durant son enfance « la vie était réglée au rythme des horloges ». de fait, il y en avait partout. Le retard du lièvre de Mars le rend fort agité. Hugo l’est moins : il découvre un mot après des décennies d’écriture. Ce qui nous permet de réfléchir. Premièrement, il paraît surprenant que Victor Hugo ait découvert ce mot a quarante-cinq ans. Non qu’il soit courant, mais enfin, il n’est pas si rare et se disait dans les campagnes. Le moins qu’on puisse dire, c’est que le Père Victor ne manquait pas de vocabulaire. Cette ignorance n’est peut-être pas innocente. Je veux dire qu’elle se montre sans doute significative. De plus, elle se double d’une erreur. Hase est un mot germanique.Il signifie : lièvre. Ce n’est déjà pas tout-à-fait un lapin. C’est un animal lunaire et lunatique, courant de ci, de là, suivant une trajectoire imprévisible. Voué à Séléné, au temps qui passe, il est réputé dormir les yeux ouverts. Un sommeil léger, comme aux aguets, lorsqu’on ne dort pas sur « ses deux oreilles », est appelé « sommeil de lièvre »… Cet animal de nuit fut aussi la lune dans quelques traditions.Il gambade la nuit et porte toute l’inquiétude que celle-ci peut offrir. Lés à la terre autant qu’à la lune, leur symbolisme est au moins duel. Le lièvre gite, c’est dire qu’il vagabonde et ne vit pas en terrier comme le lapin de garenne, autre personnage nocturne pourvu de grandes oreilles. Son nom vient du latin, lepus, leporis qui donna laparo en portugais, et ensuite lapao. Ce genre de forme à produit le roman lapin, qui a remplacé le nom habituel, conil qui sous la forme connin s’équivoquait avec le nom du sexe féminin. Voici qui peut surprendre pour un animal parfois considéré comme « l’amant de la lune ».Dans le Popol Vuh, le lièvre sauve la lune en danger… il restaure ainsi l’éternel recommencement de la vie… Voici l’erreur de Victor Hugo : la hase est la femelle du lièvre, en français. Et non pas du lapin. Quoique l’ancienne langue ait dit « une lièvre » tout aussi bien. La langue du Maine transforma le mot en gueuvre, ce qui s’explique par les lois phonétiques, et le picard en yeuve. Voici de fort beaux noms qu’Hugo aurait aimé connaître.Masculin, féminin, miroirs et doubles : le lièvre et son frère, le lapin de garenne on parcouru l’imaginaire des hommes depuis la nuit des temps : voués à Arthémise, hantant avec elle les carrefour, dès le soleil couché, ces animaux à la fois inquiétant et parfois bénéfiques furent cuisinés à toutes les sauces symboliques. Le carrefour, c’est le destin… Lièvres et lapins demeurent voués à maints aspects de la pensée, du sentiment mélancolique. De par la dualité, certes, qui confond les deux espèces, mais aussi par le flou précisément assumé de nos représentations mentales. Nous sommes en présence d’animaux divers, nocturnes, certes, mais représentant à la fois la sauvagerie et la tranquillité de l’habitant placide, mais lascif, du clapier. Lapin domestique, lièvre, lapin de garenne gambadent et bondissent au fond de nos âmes avec d’étranges ambivalences : les petits lapins hantent les comptines, les contes enfantins… Représentant la puberté, la fin de l’innocence sexuelle, le lapin et le lièvre sont considérés comme des animaux lascifs : ils copulent à tout bout de champ, tandis que les femelles sont très fécondes. Un chaud lapin engrosse un lapine, le tour est joué. Un autre peut suivre. Guillaume Apollinaire note, en marge de son Bestiaire que « chez la femelle du lièvre, la superfétation est possible ». La superfétation ?C’est la fécondation de deux ovules au cours de deux coïts distincts. Ainsi, une hase peut-elle se trouver grosse de deux petits ou plus venant de deux pères différents, encore que la chose ne soit pas réellement établie scientifiquement. Prodigieuse fécondité, en tout cas, qui aurait pu inspirer Hugo. On voit combien ces animaux, lièvres et lapins, auraient pu faire partie du zoo hugolien.L’appétit génésique de l’auteur des Contemplations reste légendaire. Pour Apollinaire, le lièvre est une sorte d’anti-poète, contrairement à la hase : Ne sois pas lascif et peureux Comme le lièvre amoureux Mais que ton cerveau soit La hase pleine qui conçoit Guillaume Apollinaire, Le Bestiaire. Emblème de fécondité, mais aussi symbole du gaspillage, de la luxure, de l’abondance, de la multitude, de la fécondité, le lièvre comme le lapin évoque la vie élementaire, le monde mystérieux des puissances ténébreuses. C’est une figure de l’inconscient. de l’absence aussi : poser un lapin c’est ne pas se trouver là… Impur, tabou, le lièvre est condamné par le Lévitique (11,6) et le Deutéronome (14,7). On ne saurait consommer la chair de cet animal considéré comme ruminant, mais n’ayant pas le pied fendu. Les Celtes d’Irlande et de Bretagne ne le mangeaint pas non plus : il leur servait de chat, d’animal de compagnie. C’est du moins ce que raconte César. Le chat en civet constitue, dans le vieux fond de nos iimaginaires un substitut fallacieux du lapin, du lièvre. Pour l’Islam, le lapin serait la réincarnation de la chatte de la sœur du Prophète. Autant dire que suivre cette piste nous ménerait aussi loin que les autres : la sorcellerie fait grand usage de la graisse du lapin, tandis que sa patte porte bonheur. Le conejo espagnol représente aussi le sexe féminin. Hugo inventa sa propre Espagne tandis que son espagnol, quand il l’écrit, ressemble parfois à une langue…personnelle. On sait sa fascination pour l’Ibérie, qui date sans doute du séjour qu’il y vécut enfant, à l ‘ombre de son père, « héros au sourire si doux ». Il n’a sans doute pas su que le lapin est espagnol. En effet, les Phénicien le confondirent avec un rongeur de leur pays d’origine nommé spaphan. Ce qui signifierait « celui qui se cache ». Ils remarquèrent le nombre impressionnant de lièvres et de lapins cavalant dans la campagne espagnole. Aussi nommèrent-ils ce pays de bêtes au grandes oreilles is-spaphan-im, mot imprononçable pour les Romains qui s’acharnèrent pourtant. Jusqu’à ce que le nom de la contrée, malaxé par leurs gosiers de soldats venus d’un peu partout, se latinise en Hispania. Victor Hugo, chaud lapin s’il en fût, aurait pu faire son miel de cet animal si chargé de sens, de signification, de symboles. Animal toujours aux aguets, lièvre, lapin représente une figure profondément mélancolique , en fait et en français, qui aurait du lui plaire. Ignora t-il toujours que la hase est, en fait et en français, la femelle du lièvre ?
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