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orlando de rudder
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11 janvier 2006

Mélancolie pratique 18 nouveaux éléments

(Stupeurs et coups de pied). Il m’a semblé que l’écriture devait tendre à cela, cette impression que provoque la scène de l’acte sexuel cette angoisse et cette stupeur, une suspension du jugement moral. Annie Ernaux, Passion Simple, 1982. La raison du plumard est toujours la meilleure : il est dommage que nous ne parvenions pas toujours à la stupeur ou à l’angoisse chez le lecteur. Non pas par sadisme, mais par une sorte de devoir. Raconter une histoire, enchanter, soutenir une opinion n’ont rien d’innocent. Ecrire, c’est toujours changer le monde, y ajouter du réel. Non point le réel de la fiction, qui est, ou non, mensonge, mais celui du livre, de l’objet de papier avec plein d’encre partout. On devrait l’ouvrir comme s’écarte l’imperméable de l’exhibitionniste à la sortie de l’école. La scène de l’acte sexuel est devenue banale. Elle devient obligatoire, ou à peu près, dans tout film traitant de n’importe quel sujet. Aujourd’hui, ce qui choque, c’est son absence, ainsi que celle d’explosions, de meurtres et tutti quanti … Il est, en effet des livres qui secouent. Les souffances du jeune Werther ont déclenché une vague de suicide. Elle voguait déjà, insidieuse, dans l’air du temps. N’empêche. Madame Bovary choque. Ce roman est toujours mal lu : Flaubert s’y moque du monde en employant, par moment, un style cucul-la-prâline, et représente, dans un chef-d’œuvre, « l’autre littérature ». Un double jeu s’y joue, sinon un triple.Mais ça ne révolte plus autant.A son époque, la rage des médiocres fut violente. C’était calculé : D’ailleurs c’est mon but (secret) abrutir tellement le lecteur qu’il en devienne fou. Gustave Flaubert, Lettre à Madame Brainne, 30/ 12/1878. Ce fut une folie violente et judiciaire. Ce fut pareil pour Les Fleurs du Mal : Comme Flaubert, Baudelaire connut la Justice et l’opprobe. Voici qui devrait nous rassurer. On doit pouvoir reprendre le cours de cette tradition généreuse.Mais il y faut une conscience d’auteur, un engagement de l’écrivain : Les créateurs ne portent pas de jugements moraux- du moins pas sur l’instant- sur ce qui s’offre à leur regard Patricia. Highsmith , L’Art du suspense La bienveillance de l’écrivain se soucie peu de bienséance. Il faut souvent choquer. Ce qui n’est pas facile lorsqu’on est choqué soi-même. Car elle demeure, la grande nécessité d’apporter des scandales salutaires ! Pas seulement des scandales, mais surtout des révélations ( des apocalypses personnelles !), des épiphanies : Il y a deux sortes de livres, les livres dont vous sortez changés pour toujours et les autres. Un livre qui vous laisse tel quel n’est pas un livre qui valait la peine . Antoine Compagnon, « L’angoisse de Lire », Magazine Littéraire, Août 2001. Car, lorsque la grandeur s’en mêle, le choc de la lecture peut couper le souffle : Il y a génie quand il y a coup de pied dans l’estomac. Georges Courteline La philosophie de Georges Courteline Le lecteur, dès lors, n’est plus ni peuple ni public : il devient lui-même, enfin désemparé, enfin prêt à s’assurer : un destin lui a rendu visite. Et même si rien ne change en apparence, rien ne sera jamais comme ce fut. Il existe des génies.Mais on n’ose plus écrire certains livres, même si on les porte en soi, même si on en est capable. D’ailleurs, les éditeurs diraient : c’est impubliable. Ou encore : ça n’entre pas dans le cadre de nos collections.
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