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orlando de rudder
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10 janvier 2006

Poupée de MArc Hortemel, deuxième livraison

ZÉRO Il entra dans le SEXODROME. Un sex-shop géant. Alain n’en n’avait jamais vu de pareil. Parti à la recherche d’une poupée ? Pas si sûr. Il voulait connaître les us et les coutumes de la capitale ? Drôle de première rencontre. Depuis que Mario était parti en voyage de noces, Alain ne tournait plus rond. Dans la fermette à moitié bouffée par les moisissures, il pestait, jurait, pétait même... Putain d’merde ! Ah ! Putain d’merde ! Et c’est dans un désoeuvrement et un désespoir peu communs qu’il se rendit là où vous savez... Le taulier, un type d’une cinquantaine d’années, crâne chauve, fine boucle autour de la bouche, petites oreilles, teint pâle, mains démesurées, l’a vu arriver de loin. Les types qui ne mettent jamais les pieds dans un tel endroit, on les repère très vite. Ils ont les yeux écarlates, nerveux, les jambes qui ne savent plus où donner de la tête, et cette même tête enfin, n’a pas assez d’yeux pour cacher une curiosité toute pudique... - J’peux vous renseigner ? - Mouais... En fait... J’suis de passage. Je sais pas trop quoi faire alors... - Vous avez des préférences ? - Quoi ? - Ben oui, quess que vous aimez? C’est quoi vot’ truc ? Sado-maso ? Latex ? Orgie ? Homo ? Pissing ? Douche de sperme ? Grosses femmes ? Femmes matûres ? Bi ? Partouze ? Sodomie ? Hétéro ? Zoophilie ? Scato ? Nécro ? Poupées... - Non, pas les poupées ! - Fist fucking... - Ah... C’est américain ? M’a l’air bien. C’est quoi au juste ? - Ben, voyez-vous, ça consiste à introduire une main dans un cul... - C’est possible ? - Si je vous le dis ! - Merde alors ! Tout en désignant de ses énormes paumes calleuses les différentes sections qui faisait tout le charme de cet établissement, Alain de plus en plus attentif au professionalisme du taulier, son savoir, sa technique, en oublia presque son propre corps : il n’était qu’un débutant, un ignare. Tout en lui frémissait. Mais c’est comme si l’excitation était celle d’un autre, peut-être un autre Alain. Il parcourut les rayons, découvrit d’innombrables cassettes, d’innombrables articles tous aussi dingues les uns que les autres. Il n’arrivait pas à se décider. Que faire ? Que prendre ? Et il avait une de ces TRIQUES ! Que ça dégoulinait le long de son slip kangourou... Il finit par entrer dans une cabine qui projette des films pour la modique somme de 50 balles. Ça sentait le sperme défraîchi. Il a joui très vite. S’est essuyé. Il y avait aussi des cabines ou vous pouviez voir un homme et une femme faire la chose devant vous, mais derrière une paroi de verre. Il a encore joui. Et puis encore. Alain avait bien eu quelques expériences avec une poupée, avec Mario même. Mais cette fois, c’était quelquechose de complètement différent. Il découvrait des perversions insoupçonnées. A la fermeture du SEXODROME, Alain s’en retourna au Brank hôtel. C’était miteux. Ça lui convenait parfaitement. Le lendemain midi, il se réveilla avec une gueule de bois. Il était aussi frais qu’une boîte de raviolis périmée. Il n’avait pas bu. Plutôt l’effet d’un trop plein de trop vu comme lorsqu’on en prend plein la gueule d’un seul coup. Putain d’merde ! Putain d’merde ! se répétait-il, lappant le filet d’eau qui coulait du robinet. Ah ! Si ce salaud d’Mario avait pu voir c’que j’ai vu ! Y serait vert le Mario ! Poupée ! Drucilla ! Mes couilles ouais ! Ça le travaillait sec. Il se rappela la fois où Mario et lui avaient passé du bon temps à Cherbourg. La seule fois peut-être qu’ils avaient été productifs pour la société. C’était un chantier. Ils balayaient, ramassaient des ordures, transportaient des tonnes de briques et de poutres. Ils s’étaient fait des putes. Ils étaient même allés au ciné voir les parapluies. Il avaient trouvé ça merdique, ennuyeux comme la pluie. Eux, ils préféraient Bruce Lee et Brigitte Lahaie. Quand le soir fut venu, Alain retourna au SEXODROME. Avec l’idée de jouir plus de fois que la vieille. Une performance en somme... Le taulier - le même que la veille - donnait quelques tuyaux à une mémé sur l’art de jouir en groupe, lorsqu’Alain entra. Coup d’oeil rapide... Apparemment les habitués et quelques touristes, quelques amateurs de frissons de merde... Le taulier, qui s’appelait Roger la bétonneuse (il avait joué dans quelques films) lâcha la mémé pour Alain. - Content d’vous revoir dit Roger. - Ouais. Putain ! J’ai passé une chouette soirée ! - Tout le plaisir est pour moi... - Mais... Fait un peu froid ici... trouvez pas ? - Ah ? J’pense pas, il fait 22... - J’suis frileux... Vous voyez, j’suis comme les lézards, faut que j’me mette au soleil pour m’réchauffer. Une semaine passa. Puis deux... puis trois... Alain dépensait sans compter. Dans cet univers, comme dans n’importe quel magasin d’ailleurs, supermarché ou boutique de vêtement, Alain était fait comme un rat, incapable de contrôler ses pulsions, achetant, essayant, consommant, absorbant... Il n’éprouvait plus de ressentiment à l’égard de Mario, il avait un nouveau pote, Roger, il lui était permis de faire ce qu’il avait envie de faire. Plus d’interdit, plus de honte, plus de regrets. Un peu comme lorsqu’il s’était fait la poupée avec Mario. Mais à la puissance 10. - Ouais ouais ! j’suis un putain d’jouisseur et j’emmerde la Terre entière ! avait hurlé Alain, un soir, en sortant du SEXODROME. Personne ne lui prêta attention. Quelques têtes tournées, très vite retournées à l’anonymat. Rien. (à suivre) N.B. Pour ceux qui ne le sauraient pas encore, rappelons que Marc hortemel a traduit la correspondance de Bukowski, que l'on peut se procurer dans les librairies, qui est éditée par Grasset, et qui est passionnante, surprenante, curieuse, drôle et j'en passe.
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