Canalblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
orlando de rudder
Publicité
orlando de rudder
Publicité
Archives
Publicité
Publicité
10 janvier 2006

Mélancolie pratique 18 nouveaux éléments

(Entrée des artisans). Tourner la phrase comme d’autres la glaise, ce fut toujours et c’est encore mon rêve. Laisser sécher le temps qu’il faut non sans avoir signé des trois premières lettres de mon prénom, émailler, enfourner, et courir le risque de la cuisson Maurice. Deleforge, Odeur du temps, 1990. « L’artiste est un artisan inspiré » dit, quelque part, Gropius. En tant qu’écrivain, je préférerais une atttude de Pied-Nickelé, de « hors-peuple » avec une révolte qui ne cadre pas avec l’exercice de la menuiserie à façon nou de la boulangerie « comme autrefois ». Alors paraphrasons : l’artiste est un sacripant empiré. Hors-peuple, hors-la-loi, en-dehors serait plus avisé ! Si j’avais voulu être artisan, je l’eusse été, pardi ! J’aurais tourné la glaise ou varlopé la planche. Pourtant, même que si j’aurais su j’aurais venu à l’écriture. Car j’en ai ras l’esbrouffe des phrases de soumissions et des métaphores artisanes. Je suis un artiste. J’en ai eu faim, j’ai failli en mourir. J’en meurs peut-être encore. Un artisan mélancolique ? Ca fait des trous dans le tiroir-caisse de l’entreprise. Il y a quelque chose qui sonne faux, dans ce genre de propos. Ca fait fausse campagne, terroir-caisse, brave gens s’avinotant de l’ivresse du faire en churlupant asteure des gouleyances verbales. Ca fait saucisson d’industrie parfumé au vrai goût d’autrefois à base d’extraits naturels. Ca fait beau style, comme une ébénisterie du faubourg Antoine imitant les copies de faux meubles anciens. Et pourtant, de vrais écrivains se réfèrent parfois à l'artisanat, voire à la paysannerie... Il faut avoir bossé chez des patrons durailles pour comprendre la chose : c’est pas pareil, nom de d’la ! Il y manque un dur désir de durer, un état précisé d’aporie momentanée, un renforcement de la nostalgie. Le regret du vieux temps ne suffit pas. Il faut souffrir doucettement, le petit peu nécessaire. Et plonger. Mélancolie. Evidemment, il y a l’écriture, sa lenteur, son application, sa besogne. On aime bien le savoir-faire, la maîtrise qu’on se sent acquérir peu à peu. Patiemment. On se réfère aux vieux maîtres, on recherche le bon style…On se vernit la phrase au tampon virtuose. Voilà qui satisfait la conscience monotone. Cette ferveur existe. Elle se rencontre, ainsi dans l’élaboration sagace autant que précautionneuse. Il convient de se méfier de ces musiquettes rassurantes. Il faut prendre des risques. Oui, faut assurer dans la mesure de soi au reste du monde. Alors, tourner la glaise ? Les mains d’Hugo préféraient le corsage de la bonne… Car, sensualité de potier ne doit pas nous céler que, comme il le dit, Ben, Tout Art Est Sexe ! Ecrire est un acte d’amour, mais un art érotique. Alors pelotons le terreau. Glaise et limon, loess et terre rouge. Adam se tourne vers le tout premier récit. Côtelette, ô femme, mon désir ! La littérature est aussi cannibale. !T’as déjà vu un tapissier se bouffer la tenture ? Un ciseleur s’aurifier les gencives ? Faut de la viande, signante, à point, bleue, crue…Ô dévoration ! Manger la femme ? On y pense ! Adam salive. Lui seul vient de la terre. Une femme n’est pas une cruche ! une femme écrivain vous dirait en sa langue des choses analogues et non point symétriques. A nous deux ! a nous tous. Miam ! J’ai vu, rue Charles Delescluse, une boutique de garnisseur appelée « Tradition d’autrefois ». Nous autres, écrivains, nous sommes déjà dans la nostalgie du futur, les traditions à venir… nous ne reproduisons pas, sinon des gestes ancestraux. La morale planplan du mythe artisanal m’escagasse le chou. Faut-y avoir tant vécu pour voir encore ça ? On a tourné la page, on la séchée au buvard… la chair du désir écrit demande une serviette parfumée d’oppopopnax ou bien de vétiver… enfourner ? Ouais, facile : comme un bâtard, une flûte… une braguette bien cuite ! On connaît ces phycelles métaphoriques ! Tout art est texte ? Ce qui cuit c’est l’ardeur de nos soleils intimes. Oiseaux sagaces, les arcanes de l’écriture nous planent sous l’étoile au front. Ca risque. Signer de trois lettre ? Non : mon nom tout entier ! tout le nom à toi donné, liberté que j’écris sur tout et tout ! Initiales ? c’est bon pour le tronc des arbres. Ceux qu’on débitera pour meubler les maisons.. Mais le plaisir de faire comme il faut qu’on fabrique ? La tranquille assurance du savoir assouvi dans la matière matée sous l’outil avivé ? Ah ! l’odeur des copeaux, le bois, jacaranda, violette, merisier… Ou alors la brioche, tendre, fondante… Comme le nichon de la belle à pétrir ! Mon désir s’enménage dans la chair de mes mots. J’écris. Mes mains sont libres encore de caresser la chair. La terre m’amuse un peu. On y finira tous, empotés à jamais dans l’argile la plus crue. Je ne marche pas. Ou plutôt, si : L’écriture est un auxiliaire pour celui qui marche autant qu’elle constitue une intensification et une multiplication de son regard. Paul Nizon, Marcher à l’écriture. Nizon nous propose une délicieuse inversion. Mais la pensée en marche constitue une joie bachique. L’art de la céramique ne consiste pas seulement à tourner la glaise. Il y faut un autre feu. Sacré. Un autre risque : vivre, mourir ou les deux à la fois. Un métier n’est pas un destin. Tourner la glaise manque d’inquiétude. La métaphore artisanale appliquée à la littérature procède d’une nostalgie ne s’élevant pas jusqu’à la féconde mélancolie. Il y a même du retraint. Et de la restriction ! Marchons ! Quel gaspillage mental s’emploie principalement pour la littérature.Les mots font l’amour, d’accord. Mais ils font peur aussi. Comme l’amour. On ne demande pas à un musicien de tourner l’apoggiature comme la glaise. Cuire un tableau serait stupide. Aussi, ce qu’il se gourre, l’homme de caractères lorsqu’il écrit : C’est un métier de faire un livre, comme de faire une pendule. Jean de La Bruyère, , « Des ouvrages de l’esprit » Les Caractères Mânes de Beaumarchais, tremblez-vous dans votre tombe ? Vous qui futes hologer et ne voulutes plus l’être ! Quel diable a donc piqué le beffroi de La Bruyère ? Devint-il aussi fou que le Lièvre de Mars, toujours en retard, en retard, en retard et scrutant sa tocante? Voyez ce qu’on nous demande : Un écrivain devrait, en plus, pondre des horloges ? De beaux cartels d’époque qui feraient bel effet sur le marbre d’une cheminée ou de tout autre meuble ? Mon cul sur la commode, dit-on dans pareil cas. Ce qui remet les pendules à l’heure ! (Insectes et papillons). Si les gens savaient ce qui se passe quand nous écrivons. Nous glissons entre chacune de nos pages des ailes diaphanes d’insectes morts. Jacques Pierre Amette, Ma Vie, Mon Œuvre, 2001. En lisant ces phrases, il m’arrive toujours d’imaginer un papillon plutôt qu’un insecte. Un papillon, c’est l’âme, le souffle. Ca peut ressembler au miroir, par sa symétrie. Et ça symbolise la femme ou la jeune fille, selon les mythologies. Leur enfermement ferait effectivement du livre une sorte de tombeau si… « Entre chacune des pages » ! Rien n’est plus précis : c’est dans l’épaisseur que tout se joue, dans celle du papier, dans le bloc de temps qu’il représente. L’insecte en filigrane, le papillon en pleine matière comme les chats vifs en plein pla^tre du rituel des bâtisseurs d’autrefois… Entre deux pages, on comprend, on voit, c’est simple. Entre une page, pourrait-on croire, ça n’existe pas. On ne scinde pas la lame de papier en deux feuillets, le recto ne colle pas au verso : il fait partie de la même entité ! Un livre commence généralement à la page 9 ou 13. Passons sur les symboles numériques : ils se révèlent savoureux. Mais chaque chose en son temps. « Entre chacune des pages « sigjnifie un décollement de chair, comme on scie le cuir pour obtenir une finesse de portefeuille : tout art est fric. « Entre chacune des pages », ; c’est comme un implant qu’on placerait dans une chair d’ivrogne pour désalcooliser toute sa personne. Dans le Nord, en Belgique, on dit « entre midi » pour désigner la pause prandiale. On mange dans l’épaisseur du temps. On écrit le diaphane dans la masse du papier. Cette osmose du recto et du verso, comme cette précipitation du repas en moins que rien de seconde. Oui : quelque chose se passe en mangeant, en écrivant, ern buvant, en lisant : on se remet la pendule à l’heure. Eh ! s’il y a de l’épaisseur, rien ne limite le sens… C’est déjà ça de pris ! Parfois, en écrivant, surgit un mot, une phrase, une période. Le tout semble à la fois neuf et familier. On se rend alors compte qu’on avait rendez-vous avec ces énoncés. Certains livres,longtemps portés n’ont abouti qu’après maintes années : . On manque de stridence, ou elle est trop acide.Deviendra t-on un jour assez vieu pour écrire à coup sûr ? Ecriture, artillerie : Fly-tox foudroyant les insectes. Les voir choir sur le livre ouvert. Les écrabouiller en appuyant très fort. Ils se transforment en caractères. (Soleil noir). Le désenchantement est une forme unique, mélancolique et aguerrie de l’espérance. Claudio Magis, Utopie et désenchantement , 1999. On ne fait rien sans nostalgie, pas même l’amour. On sue l’histoire au mitan de nos lits étoilés. Et la source vive déjà coulait jadis, déjà auparavant… Puis le temps s’étire et passe, se sasse et se resasse, on se dit qu’autrefois, autrefois… Faut-il qu’il m’en souvienne ? Cruelle est ma mémoire ! Désenchanté, déçu…On a pourtant vécu, malgré notre ténèbre. La mélancolie rogne l’espoir, cependant, la tristesse d’Ovide contemple toujours la mer d’Italie : elles s’y reflètent toutes, les étoiles pas si mortes.Et la mélancolie se mue en nostalgie. Jadis… Jadis on disait oncques. Ca voulais dire jamais, mais uniquement dans le passé. Pour le futur on disait ja , parfois suivi de mais. Le jamais du passé se montrait encore plus mélancolique.Ainsi fut-il. On ne fit oncques rien sans nostalgie. Pas même l’amour : combien d’autrefois, si possible rêvés s’accumoncellent dans une brève rencontre. Ah, j’ai déjà la nostalgie de celle que je vais rencontrer… Nous construirons l’amour comme au bon vieux temps de Tristan et Iseut. Non. La vraie mélancolie se prévoit, se mûrit. Elle se vendange ensuite. Il y a du plongeon, de l’apnée. Avec la nostalgie, elle bâtit des empires. Charlemagne rêvait de Rome qui fut toute où il fut. Napoléon rêvait de Charlemagne. Auparavant, Bonaparte rêva de Napoléon. Hugo rêva d’un Chateaubriand rêvant d’être Hugo. Modernité des inconscients mis à vif, mais pas à nu : Aragon n’osa pas rêver d’être Anatole France.Jaloux, il parla de gifler ce père. Une fois mort… Anatole France, paraît-il, se fit enterrer avec la culotte de sa maîtresse, celle qu’elle portait le jour où… Nostalgie, mélancolie, et même dépressions, ô Parques de l’efficace ! Muscles puissants, biscotos d’haltérophiles, leviers de chair pour soulever l’univers avec ses alentours ! On ne crée pas sans ces grâces : ce sont des forces bâtisseuses venant du fond de nos âges. Encore faut- ruser, les charmer, les courtiser. Découvrir soigneusement la méthode hallucinée qui prépare, en touchant le fond, à la jubilation. Désenchanté. Le coup de dé de la déprime a roulé sur la feutrine effilochée, mais verte, de l’espoir. Feue l’espérance ! Feue l’allégresse ! Feu, l’humour ! Flammes froides. L’instant, une année lourde, un temps qui tue, un siècle lent qu’on ne tue pas. Musique molle, serineuse. Lancinance morne et grimaçante, infusion de cendres et d’amertume… Mélancolie, telle fleur est vénéneuse. Mais enivrante : ça cogne à l’intérieur des tempes : Migraine, et la moisson de visions prodigieuses ! Voici sœur Hildegarde qui voit le ciel en vrai dans la nuit de Bingen et dans sa douleur même . Vitamines subtiles de la mélancolie, ça taraude en plein nerf, bisque rage, ça titille en pleine plaie l’étrange manie de vivre, pur désir de durée, voici le moment cru : vivre, et alors ? Quand même. Heureux de cette tristesse, C’est une douleur vive, une rage de dents. On a mal et pourtant on y touche, on avive. Peupassannampêché ! Safémal ? Obinvwipakunpeu !Aïe ! On hurle, on vit. Poète. Ou quelque chose comme ça. Bâtisseur d’empires. Brasseur, t’en dis pis. Danseur, bite à part. Sapeur ! bandit ! Tire ! … A mort le Schmürtz ! Car le secret réside dans la gestion sagace de la mélancolie. Organisons nos états d’âme. Ce mal à l’être deviendra notre supercarburant déplombé. IL faut ouvrir les yeux, y trouvé la beauté, celle qui réside intrinsèquement dans l’état désatreux que nous devons vivre nunc, pas plus tard que maintenant, dans l’ordre du temps qui passe, lenteur, et hic, ici, dans cet espace mental aussi morne qu’affreux. Ici, maintenant, pas moyen d’y couper… La beauté, dit Aristote, réside dans l’étendue et dans l’ordre. Nous y voici. Encore un instant, mélancolie, encore un instant, bourreau, laisse moi jouir un moment de plus de ma grande douleur. Voici, voilà : j’y ai trouvé ma proie. Soleil noir ? Athanor : l’œuvre. Je m’essore, phénix neuf, je redeviens poète. J’ai pris a bras-le-corps mon vieux De Profundis. J’en ai fait musique à choux gras. Ca s’est choqué parmi mon bulbe : endorphine céleste qui neurotransmettent, le temps d’un éclair… Je viens,je reviens, je redeviens un état de fait qui pense à autre chose…
Publicité
Commentaires
Publicité