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orlando de rudder
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26 décembre 2005

La difficile discrimination du génie

Antonin Artaud ne mâchait pas ses mots! Non: Le génie réside-t-il dans cette structure analogique des images qui fait que d'une manière soudaine et imprévue et par le rapprochement de deux termes éloignés la Vérité apparaît? Même si ce rapprochement demeure à l'état latent et non utilisé, et dans un rapprochement inactif, c'est-à-dire qui ne rende pas ses fruits tout de suite - car ceci n'est que la peinture du travail véridique de l'esprit, de la façon de procéder de n'importe quel esprit bien informé, en donnant à ce mot "bien informé" son sens étymologique inactuel, c'est-à-dire formé dans, se formant dans, s'in-formant, - l'apparition donc de ces deux termes en travail, surnageant dans la confusion de l'esprit, mais non utilisés tout de suite, semble peindre le mouvement de l'esprit en travail, et le génie est-il dans le fait d'utiliser immédiatement cette in-formation, ou dans le fait de se rendre compte un jour après qu'on aurait pu l'utiliser. Car le fait que cette in-formation soit utilisée tout de suite semble rapprocher l'esprit de l'état d'illumination brusque, mais ette information brusque et en éclair est tellement fonction de l'état immédiat, actuel, des humeurs et des nerfs; si on ne l'a pas utilisée comme durable, cela peut être tellement dû à un affaissement passager des réflexes, d'un certain pouvoir que l'esprit a de se détendre impromptu. On peut supposer que dans d'autres circonstances et dans un autre état humoral et nerveux on se serait servi sans ambages et sans barguigner de ce pouvoir d'in-formation foudroyante. Et voilà pourquoi je redemande si un certain état brusqué des humeurs et des nerfs, un certain état de l'esprit, une certaine présence peut discriminer le génie???" Ce texte, vous n'êtes absolument pas obligé d el'apprécier, il reste assez hermétique, mais il est également emprunt d'une touche du surréalisme, à décoder donc. Ci-dessous, un autre texte, issue d'une entrevue radiophonique, un peu plus flamboyant : «Les asiles d'aliénés sont des receptacles de magie noire, conscients et prémédités. Et ce n'est pas seulement que les médecins favorisent la magie par leur thérapeutique qu'ils raffinent, c'est qu'ils en font. S'il n'y avait pas de médecins, il n'y aurait pas de malades, car c'est par les médecins, et non par les malades, que la société a commencé. Ceux qui vivent, vivent des morts, et il faut aussi que la mort vive... Il n'y a rien comme un asile d'aliénés pour couver doucement la mort, et tenir en couveuse les morts. Cela a commencé 4000 ans avant J.C., cette technique thérapeutique de la mort longue. Et la médecine moderne, complice en cela de la plus sinistre et crapuleuse magie, passe ces morts à l'électrochoc ou à l'insulinothérapie, afin de bien, chaque jour, vider ces haras d'hommes de leur moi, et de les présenter, ainsi vides, ainsi fantastiquement disponibles et vides, aux obscènes sollicitations anatomiques et atomiques de l'état appelé «bardot». Livraison du barda de vivre aux exigences du non-moi. Le Bardot est l'astre de mort par lequel le moi tombe en flasque, et il y a, dans l'électrochoc, un état flasque, par lequel passe tout traumatisé. Ce qui lui donne non plus à cet instant de connaître, mais affreusement et désespérément méconnaître ce qu'il fut quand il était soi. J'y suis passé et ne l'oublierai pas. Antonin Artaud, in oeuvres complètes VIII, ( 27 juin 1932).
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