23 décembre 2005
Georges Fourest
L'épatante analyse d'Andromaque, par PAtrice Houzeau, (voir son "Blog Littéraire) me replonge dans les souvenirs de théâtre de ma jeunesse. MAis aussi vers d'autres personne sinspirées par ce théâtre flamboyant autant qu'austère, féroce autant que tendre;, familier et distant. Après Racine, voyons Corneille et les parodies de Georges Fourest (1867-1945), qui, dans La Négresse Blonde, résuma, à sa façon, les pièces du répertoire. Voici ce qu'il a fait du Cid, en un sonnet fameux:
Le palais de Gormaz, comte et gobernador,
Est en deuil : pour jamais dort couché sous la pierre
L'hidalgo dont le sang a rougi la rapière
De Rodrigue appelé le Cid Campeador.
Le soir tombe. Invoquant les deux saints Paul et Pierre
Chimène, en voiles noirs, s'accoude au mirador
Et ses yeux dont les pleurs ont brûlé la paupière
Regardent, sans rien voir, mourir le soleil d'or...
Mais un éclair soudain fulgure en sa prunelle:
Sur la place Rodrigue est debout devant elle!
Impassible et hautain, drapé dans sa capa,
Le héros meurtrier à pas lents se promène:
"Dieu !" soupire à part la plaintive Chimène,
"Qu'il est joli garçon l'assassin de Papa!"
Georges Fourest était avocat "loin la cour d'appel" et ce grand gourmet de poésie, amateur de Scarron, de Saint-Amant, mais aussi de Verlaine qu'il pasticha, fait partie des classiques de l"humour et José Corti, l'éditeur de Gracq, n'a pas hésité a publier ses oeuvres, il y a belle lurette.
Et, pour la fine bouche, (!), j'ajoute son poème sur les Sardines à l'huile:
Sardines à l’huile fine
sans tête et sans arêtes.
(Réclames des sardiniers, passim.)
Dans leur cercueil de fer-blanc
plein d’huile au puant relent
marinent décapités
ces petits corps argentés
pareils aux guillotinés
là-bas au champ des navets !
Elles ont vu les mers, les
côtes grises de Thulé,
sous les brumes argentées
la Mer du Nord enchantée...
Maintenant dans le fer-blanc
et l’huile au puant relent
de toxiques restaurants
les servent à leurs clients !
Mais loin derrière la nue
leur pauvre âmette ingénue
dit sa muette chanson
au Paradis-des-poissons,
une mer fraîche et lunaire
pâle comme un poitrinaire,
la Mer de Sérénité
aux longs reflets argentés
où durant l’éternité,
sans plus craindre jamais les
cormorans et les filets,
après leur mort nageront
tous les bons petits poissons !...
Sans voix, sans mains, sans genoux
sardines, priez pour nous !...
© José Corti
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