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orlando de rudder
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3 décembre 2005

Jean Tardieu

Ceci est la suite des extraits d'un ouvrage que j'écris continuellement. Il s'agit du témoignage d'un homme qui a eu la chance, quand il était garçonnet, de rencontrer des gfens mrveilleux: L’ami de longue date, Jean Tardieu, le bonhomme Tardieu, le merveilleux Jean illumina mon enfance. Germaine et lui s’adoraient depuis toujours. Mais qui n’eût pas aimé Jean? il émanait de sa personne une tendre intelligence des gens et des choses. Chez lui, la sagacité se mêlait de gourmandise, et, d’érudition. Sa mère enseignait la harpe au début du XXe. s.. Un jour, donnant une leçon à un élève peu avant le déjeuner, elle vaquait à sa cuisine en écoutant l’apprenti s’acharner sur on ne sait quel arpège, quelle mélodie. Un fa dièse, particulièrement, posait problème. aussi, de sa cuisine, tout en rissolant son frichti, l’enseignante criait: - Fa dièse! voyons! fa dièse! L’élève s’acharnait dans le bécarre. Toute à sa cuisine, la mère de Jean écoutait. Mais voici que les deux activités se mêlèrent et, qu’entendant toujours le même couac, elle lança: - Côtelette! voyons! côtelette! Cette histoire me fut mille fois racontée par Germaine. C’est le point de départ d’Un mot pour un Autre et de toute l’oeuvre de Tardieu, fondée sur le langage, ses sens, sa sensualité, ses errances, les “avenues du sens”. Ma tendresse pour Tardieu s’accompagnait d’une sorte de dédain envers Ionesco. Ce dernier écrivit un opéra bref avec Germaine: Le Maître. L’intrigue est arlésienne, durant un bon moment, puisqu’on attend Le Maître. Lorsqu’il paraît enfin, quelqu’un s’exclame: -Mais… il n’a pas de tête! On lui répond: - Il n’en a pas besoin, puisqu’il a du génie… J’imaginais une sorte de Saint Denis, celui dont la blague parisienne raconte “qu’il traversa la Seine à la nage, tenant sa tête entre ses dents”… Je me demandais pourquoi donc les poètes rêvaient-ils à cette époque de personnage au chef absent. Car Tardieu, lui aussi, explora ce thème, dans Monsieur, Monsieur: - Monsieur, pardonnez- moi de vous importuner: Quel bizarre chapeau vous avez sur la tête! - Monsieur, vous vous trompez Car je n’ai plus de tête Comment voulez-vous donc Que je porte un chapeau! Ces histoires de tête se mélangèrent dans la mienne. Une esthétique à la Magritte s’en dégageait. Le conte de Paul Arène, L’Homme à la Cervelle d’Or s compléta le tout: ce malheureux donne un peu de son cerveau à chaque fois qu’une femme vénale le lui demande et par mourir écervelé… À la même époque, je feuilletai souvent les ouvrages de Dayot, présentant l’iconographie de la Révolution Française… ces décapitations, ces guillotines m’apeuraient. Plus cocasse, j’avais vu, aux halles, un assortiment de têtes de veau, sur l’étal d’un tripier. On eût dit un grand mur, empierré de ces animaux aux yeux mi-clos, avec, de ci, de là, une langue pendante… De plus, je ne sais qui m’avait appris qu’il exista jadis un club de républicains qui, tous les 21 janvier, date de la mort de Louis XVI, se réunissaient pour déguster une tête de veau à la gribiche. Le tout se résolut dans un rêve fort angoissant, dans lequel je devais récupérer des têtes perdues que j’entassais dans un taxi, alors que le chauffeur, terrorisé, s’exaspérait, à cause des gendarmes - les “vaches”-. Dans le jardin de Jean Tardieu j’ai emprisonné mon premier scorpion. Qu’on se rassure, les scorpions du midi ne sont mortels que pour les organismes affaiblis. Il se tenait là, dans un recoin du jardin de Jean, à l’ombre. Il ne bougeait pas. Je l’ai d’abord cru mort. aussi le titillai-je avec un brin de paille. Il a bougé. J’ai sursauté. À nous deux, monsieur le scorpion!… J’ai pu le saisir par la queue, juste en-dessous de l’aiguillon dangereux l’ai ramené au Pierredon, enfermé dans une boîte d’allumettes. J’ai pu l’observer durant quelques jours. Et puis il mourut. Plus tard, j’ai pris l’habitude de chasser d’autres scorpions. J’ai même voulu vérifier s’ils se suicidaient lorsqu’on les posait sur une feuille de papier dont on enflamme les quatre coins. Ça n’est jamais arrivé.
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