22 novembre 2005
la Glllwâaaar!
La gloire! L'extrait ci-dessous, tiré d'un de mes ouvrages, a été utilisé comme sujet ppur le concours de recrutement des professeurs des écoles!!!!!!
Bref: plein d'instituteurs (comme on disait, ce mot est noble!) doivent me haïr!!!!!
PURISME ET SELECTION
Cependant, pour la langue, tout se passe comme si une sélection naturelle s'opérait, ne gardant des sabirs un moment en vogue que le meilleur d'eux-mêmes, c'est-à-dire, le plus efficace.
Ces attaques répétées contre les parlers nouveaux ignorent leur nécessité. Chaque jargon intervient comme une langue vernaculaire, servant à assurer la cohérence d'un groupe, d'un sous-groupe, d'une classe. Comme les argots, le parler des technocrates leur sert à se reconnaître tout en désignant les autres comme différents d'eux. De même, la langue verte servit à la fois de moyen de se savoir du même monde tout en se démarquant des caves et des lardus, avec l'avantage supplémentaire de ne point être compris de ces derniers. Le verlan, le louchébem, parler des bouchers de la Villette n'eurent pas d'autre fonction.
(…)
Bref, une hétérogénéité de la parole est une nécessité. Dans l'état actuel du monde, ces parlers divers sont nécessaires, autant que les dialectes régionaux. Certains équivalent à des patois, en ce sens que le locuteur s'y sent amoindri car il sait qu'il ne parle pas la bonne langue et qu'il n'a pas les moyens de la parler.
Malheur à celui qui ne joue pas avec les mots : il perd une grande partie de ce qui le constitue, de ce qui ordonne sa pensée. Le langage ludique, le jeu de mots sont nécessaires et certains jargons procèdent d'un plaisir du jeu. Il existe même des dialectes ludiques fort complexes exigeant une connaissance précise de l'orthographe. Tel fut sans doute le siacnarf, fondé sur l'inversion des mots écrits, dont usait, paraît-il, pour parler avec ses petits camarades un galopin nommé Charles de Gaulle au début de ce siècle.
Le pourfendeur de ces usages minoritaires de la langue ne fait pas autre chose : il ne défend que le dialecte d'un groupe, le sien. Il se sert simplement d'arguments historiques ou traditionnels pour renforcer sa position. Il pense que la langue est unique et que c'est sa langue.
Cependant, il ne parle pas de la même manière à tout le monde. Il sait user des niveaux de langue, ce qui n'est pas toujours le cas de ceux qu'il attaque. On lui a appris l'existence d'un seul français, alors même qu'il en parle plusieurs. Il n'en défend pas moins un bon usage unique, ce qui lui permet de diviser la société dans laquelle il vit en deux parties : les gens de bon goût, et les autres. Il opère une sélection, renforce les antagonismes sociaux, et se sent heureux d'avoir accompli son devoir : il a apporté sa pierre à l'édifice des marginalisations sociales, parfaisant celles de l'école.
L'enseignement devrait inculquer la diversité linguistique. Tout enfant sait qu'on ne parle pas à sa grand-mère comme à ses copains. Il suffirait de clarifier ce savoir, de montrer qu'il y a, selon les circonstances, plusieurs manières de dire les choses. La maîtrise du langage passe par celle de ses différents états. En ce sens, il peut se révéler utile d'enseigner toute la langue, y compris celle des charretiers, si décriée, à condition d'expliquer où et quand l'on peut ou doit en user. Chacun de nous a plusieurs langues : vernaculaire, véhiculaire, etc., le tout est d'en prendre vraiment conscience. Après quoi, il resterait à valoriser la langue des gens pour qu'ils en deviennent fiers et cherchent à l'améliorer, à la rendre belle ou non, selon leur désir, de même qu'on veut s'habiller élégamment ou traîner un vieux jean râpé, selon qu'on veut s'adapter aux diverses situations de la vie ou non, selon la volonté qu'on a de communiquer ou de rompre l'échange.
"Purisme et sélection", extrait de Le français qui se cause, Splendeurs et misères de la langue française, Orlando de Rudder, Balland, 1986
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