Canalblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
orlando de rudder
Publicité
orlando de rudder
Publicité
Archives
Publicité
Publicité
19 octobre 2005

souvenirs d'écriture 6

La lettre, en latin, se nomme littera. Ce mot désigne le caractère autant que la missive. On peut littéralement ( !) « économiser les lettres », Litteris parcere, ce qui signifie épargner le parpier, ou, du moins, le support de l’écriture. L’écriture, la lecture, le goût des lettres constituent un litterarum otium un « loisir studieux. Encore faut-il que l’écriture soit litterate, « lisible ». C’est -à-dire qu’il ne faut pas qu’elle soit lituraria, portant des ratures. Ces ratures ou que peut vilipender cruellement un literio, un « méchant pédagogue » se nomment liturae. Ovide, dans ses Tristia (3,115) les a comparées à des taches de larmes. Pour Martial elles ressemblent à des rides . Ecrire lisiblement est une nécessité. Ecrire « comme un chat », « comme un cochon », ou tracer des « pattes de mouche » peut mener loin. La confusion énerve : Chargé de déchiffrer votre écriture, il est de mon intérêt que vous écriviez le moins mal possible, Alexandre Dumas, Napoléon Bonaparte, 1831. Une écriture « gribouillée » passe pour une marque de personnalité. Est-ce à dire que les scribes médiévaux en manquaient ? D’ailleurs, de fâcheuses confusions montrent que cette personnalité n’est pas toujours reconnue, parfois d’une façon tragique : Les experts en écriture ont déclaré que le bordereau qui n’était pas de Dreyfus était de Dreyfus. (G. Clemenceau, Vers la réparation, 1936). La personnalité, le désir de l’affirmer ne dépend pas d’un manque de lisibilité. Autrefois, les documents administratifs devaient absolument pouvoir être déchiffrés. Ce qui n’empêchait pas certains fonctionnaires de s’exprimer au ,moyen d’un graphisme évolué : Il avait une calligraphie à lui, une bâtarde fantaisiste, pétaradante d’enjolivements et d’arabesques. ( Georges Courteline, Messieurs-les-Ronds-de-Cuir, 1893). Ce graphisme naisait obligatoirement à partir de la ronde « notariale », de la bâtarde, de l’anglaise ou de l’anglaise « expédiée », calligraphie normées, seules officielles. Autrement, le document, la pièce administrative n’aurait eu aucune valeur. Revenons à la politique. Cette fois, il ne s’agit pas de condamner un officier. Mais d’attester de la santé d’un dirigeant despotique et présumé gâteux : Chine : La santé de M. Deng Xiaoping, du bon usage de la calligraphie. L’ensemble de la presse officielle chinoise a publié le 18 décembre une information présentée comme de la plus haute importance : M. Deng Xiaoping a calligraphié de sa main le titre d’un nouveau journal (…) La nouvelle vise naturellement à prouver que M. Deng possède tous ses moyens physiques et mentaux, dans le but de démentir les rumeurs à ce sujet. L’usage de la calligraphie à de telles fins politiques est fréquent en Chine… (Francis Deron, Le Monde, 19 décembre 1990). Hélas, les caratères tracés par le dirigeant furent tremblotants. Aussi, un seul journal les publia. Le fait que M. Deng ne possédait pas « tous ses moyens physiques et mentaux » n’empêcha pas qu’il demeurât au pouvoir… Tout aussi inquiétante peut être l’ordonnance d’un médecin : Le cours a commencé par une requête aimable, mais humiliante : « Faites comme si vous veniez d’entrer à l’école primaire ». Ce soir-là, plusieurs dizaines de médecins, qui exercent au prestigieux hôpital Cedars-Sinai de Los Angeles ont passé trois heures épuisantes à affronter l’un des problèmes les plus notoires de la médecine : leurs épouvantables griboulli. Un peu honteux d’avoir été conviés à ce cours par le chef du personnel de l’hôpital (…) ils sont entrés dans l’amphithéâtre en traînant les pieds, armés de papier et d’un stylo pour écouter deux spécialistes venues leur apprendre à oublier tout ce qu’ils savent sur l’écriture pour pouvoir repartir de zéro (…) Ces deux calligraphes, venues de l’Oregon, Inga Dubay et Barbara Getty leur enseignèrent patiemment à tracer des « lettres belles, propres et claires » car : « La façon dont on écrit une ordonnance peut être une affaire de vie ou de mort pour un patient » reconnaît le cardiologue William Mandel, « et nous nous rendons compte que ce genre d’aide peut nous être utile ». Dans toute la profession, on commence à prendre conscience que les erreurs de traitement sont souvent dues à la vieille habitude des médecins de griffonner à la hâte des ordonnances difficiles, voire impossibles à déchiffrer par les pharmaciens et les infirmières (…) Il convenait d’agir : Paul Hackmeyer, le chef du personnel du Cedars-Sinai a entrepris d’attaquer le mal à la racine. Pour rallier les gens à sa cause, il a promis un brunch dans un hôtel luxueux de Los Angeles à la première personne qui parviendrait à déchiffrer un ordonnance difficile à lire qu’il avait fait reproduire dans la lettre d’information de l’hôpital.Jusqu’ici, personne n’y est encore parvenu. René Sanchez, The Washington Post, cité par Courrier International, n° 499, du 25 au 31 Mai 2000. La personnalité s’affirme tout aussi bien par une écriture lisible. Elle peut aussi se déclarer par le choix d’une graphie particulière. Charles Nodier, en effet, continua d’écrire oi au lieu de ai, dans des mots comme françois, étoit, et conservait les pluriels en s : enfans, etc. En ceci, il se montrait conservateur. Moins cependant que Rainer, qui fut, à Lucques au XIe.s. chef des « notaires » ( scribes) sous Grégoire VII. Il a écrit le registre original de ce pape. Il connaissait la caroline, nouvelle forme de lettres, pratique et belle. Mais il préféra respecter la tradition en utilisant la romaine, fort démodée. De toute façon, sa calligraphie est reconnaissable, comme celle de la plupart des scribes dont l’histoire nous a laissé la trace : respecter la forme des lettres n’empêche pas l’expression de l’individu. Certes, la personnalité s’exprime aussi par certaines déformations des lettres, lorsqu’on écrit rapidement. Toutefois, après l’apprentissage normé de la cursive, de l’anglaise, etc. , en respirant bien, en ne se précipitant pas, chacun de nous peut obtenir une écriture spontanée, déchiffrable, voire élégante… N’oublions pas que personnalité ne signifie pas « âme » mais « marque de l’âme » Jérôme Peignot, Calligraphie latine et contre-écritures, Jacques Damase, éditeur, s. d. Personna, en latin, veut dire "masque"
Publicité
Commentaires
Publicité