«  Si Peau d'Âne » m'était conté, j'y prendrais un plaisir extrême » disait La Fontaine... Moi aussi. Car je connais la force des contes. Parfois il faut des siècles pour qu'ils prennent forme. Et chaque version, selon les époques parle des angoisses du temps. L'abandon du Petit-Poucet évoque les famines. Le Chaperon rouge prévient en douceur mais en inquiétude quand même qu'il y a des sales types... qui rôdent dans les bois,,plus genre Dutroux que Tex Avery. Mais des contes modernes peuvent aussi trimbaler  cette angoisse que Maman ou Nounou saura créer, faire monter et apaiser. Toujours par métaphores, allégories, déplacement. Et les petite filles ne comprennent pas objectivement que les jambes de la Petite Sirène, eh bien il y a quelque chose en haut et que pour que ça s'ouvre faut que ça saigne. Ca passe inconsciemment, ça résulte. Quant à Peau d'Âne, Papa, ça craint parfois... on aoublié cette peur nécessaire du conte, que l'on retrouve dans Pinocchio, avec son nez sexy et autre drôle de dame. Ce qui passait partout, ce qui était transclasse a disparu : on écrit pour les enfants du lénifiant embourgeoisé. Ce que la plus que bourgeoise Comtesse de Ségur n'a pas accepté, avec son énergie sado-maso : elle écrivit du vrai, du dur, du pas gentil. Même si elle moralise. Aujourd'hui, ce qu'on écrit pour les enfants est planplan. Vivement que  l'Affreux Jojo casse la gueule au Petit Prince de Saint-Exaspérant. Ecoutons Art Spiegleman, auteur d'une BD assez dérangeante le dit : « Certains livres pour les gosses dégoulinent de condescendance et présentent une vision de l’enfant à mi-chemin entre le chimpanzé et l’andouille » . . Art Spiegelman « Le conte musclé avec Art », Publisher’s weekly. Repris par Courrier International, 30 nov-6 déc. 2000. Andersen, le génie : ce fut ça pour moi. Terribles voire cyniques histoires. Avec la voix plutôt précieuse de Germaine Tailleferre, à la fois bonne fée, méchante sorcière, mauvaise mère, vraie-fausse grand-mère, tendre, et vache... Et qui composa « La Petite Sirène » Avec un texte de Philippe Soupault.