(Ce texte est dédié à Irèneke Gratz. En espérant qu'elle ne  m'étranglera pas)

 

Voici des parents modernes. Partisans de l'égalité des sexes ! Ca tombait bien : ils avaient un garçon et une fille. Ils les élèveraient selon leurs  principes ! Mais comment faire ?

  • Il faut d'abord changer les rôles, dit-elle.

Ce qui fut dit fut fait :  A noël, ils offrirent une magnifique poupée à leur fils. Avec un zizi (de fille : chaque chose en son temps).  La gamine reçut un superbe fusil d'assaut en plastique : une imitation parfaite de celui soldat américains. Les enfants furent évidemment surpris.  Les parents expliquèrent les raisons de leur choix.

Les enfants les écoutèrent patiemment, se retenant de bâiller. Ils enviaent le sort des enfants de sales réactionnaires de la droite pourrie qui ne causent pas à leurs mômes et  foutent des baffes. D'accord : ça fait bobo. Mais ça dure moins longtemps que les laïus besogneux. Ceux que les  vieux profèrent lentement, comme s'ils s'adressaient à des demeurés.  Avec ce ton appliqué dont usent les bourgeois pour parler à leurs domestiques ou aux mendiants. Ceux à qui ils font l'aumône au lieu de les exhorter à la révolution sociale. Pourtant, il n'y a pas de petites économies !

On est bien obligé de subir ça. Ca paraît interminable. Surtout quand on a envie de faire pipi. Et qu'il faut écouter jusqu'au bout. Pauvres enfants : déjà qu'on les traîne à toutes les manifs !

Les parents modernes, c'est pas la joie ! Ca empêche aussi de se gaver de bombecs flashy pleins de colorants chimiques qui, contrairement au sucre naturel, n'ont jamais fait de mal à personne.

Bon gré, mal gré, le frère et la sœur adoptèrent leurs nouveaux jouets.

La fille cajola son beau fusil : Elle changea ses couches, lui mit de jolies robes, lui raconta des histoires, lui fit panpan-cucul quand il n'était pas sage  et le nourrit au biberon. Le garçon se servit du baigneur pour cogner sur sa sœur . Les parents, désolés ne surent comment réagir.

  • Il faut qu'on parle, dit le père à la mère !

  • Oui, mon chéri, tu as raison ! Je dirai même plus : il faut qu'on parle !

Non seulement c' étaient des parents modernes, mais encore ils constituaient un couple uni, n'hésitant pas à débattre d'une façon égalitaire, démocratique. Et vachement de gauche De ce fait, ils étaient toujours d'accord. Surtout la mère.

Ils parlèrent donc. Ce fut long. Mais, à la fin l'épouse déclara : :

  • On fait ce qu'on peut, mais y a la société.

  • Je dirai même plus, répondit le père : Y a la société!