Mon jour des morts.

Mes tombes sont lointaines, espacées, se trouvent sur divers continents. Chaque tombe est une île désertée. Les hommes et les femmes de ma vie, ceux qui m'ont précédé furent marqués par les guerres... celles de libération en Amérique latine, depuis u'un des mes ancêtres a combattu l'Espagne coloniale, celle qui a tout détruit au temps de mon père, de ma mère, celle d'avant,
la "Grande" qui redit mon grand père infirme... Mon jour des morts, ma toussaint, c'est le 11 novembre. Pas celui qu'on voit trop. Encore que je l'aime bien, ce 11 novembre des villages, pas ici.Les enfants des écoles récitent le nom des morts du crû devant le monument .On se recueille avant d'aller boire le traditionnel vin chaud à la salle communale... On frissonne, on a chaud...
Oui, je prends comme symbole des miens cette histoire de 1914. pour toutes les guerres, pour tous les morts. Pour les femmes aussi, même si les guerres leur ont fait comprendre leur autonomie, ou plutôt en y pensant... La guerre a permis une victoire sur l'autre guerre, celle de la domination imposée au mâle, celle qui le fait mourir plus vite...Alors, bien après les cérémonies, je pose un tout petit bouquet au pied de n'importe quel monument au mort. Tout petit, discret...parfois, je ne l'ai pas acheté, mais cueilli, lorsqu'il faisait très beau et qu'il y avait encore des fleurs en campagne... La si bien nommée, campagne, lieu de toutes les guerres, celle contre la nature du paysan qui cultive, celle, complètement naturelle, animale du soldat qui viole, tue, pille, massacre comme n'importe quel animal prédateur. Qui est une bête malfaisante retournée au stade pré-humain qui est de l'ordre naturel...
Ainsi, ces monuments permettent mon recueillement, mon souvenir des morts, mon désir de voir finir l'ordre de la nature, celui qui tue avec violence. Ces monuments, même,parfois ridicules, kitsch, témoignent de la grandeur humaine puisqu'ils sont contre-nature, puisqu'ils font partie des cultes funéraires qui distinguent l'humain, l'hominisé, l'humanisé de la bête...encore que la bête, à condition de vivre près de l'homme, d'apprendre l'amour,peut aussi venir sur une tombe, y pleirer.Mais cette bête-là, ce chien fidèle, par exemple, est déjà humanisé, a vécu en confort, en nonb-précarité, en sécurité sans avoir besoin de la haine pour calmer sa trouille des prédateurs, sans devoir se battre et tuer d'une façon sanglante, ce qui est son rôle dans la nature.
Faut-il encore des guerres pour libérer les femmes dominées des sociétés "naturelles", soumises au pouvoir mâle comme la plupart des femelles mammifères? Car cette domination immonde est bel et bien "naturelle" et le féminisme, l'égalitarisme sont humains, contre nature et font partie de notre Résistance! par un surcroît de travail et dans le deuil? Tandis que leurs maris, leurs fils tuent parfois d'autres femmes ou les violent, elles apprennent à se débrouiller seules... Et se rendent compte que c'est possible... Le mâle est-il fait pour mourir, la femelle pour survivre en deuil ou en "veuve joyeuse" (ce qui serait plus chouette! vive la vie! Champagne sur le crêpe noir! )
Peut-on encore espérer la fin des guerres? Surtout aujourd'hui où l'on donne un prix de paix au chef d'un état massacreur, colonial, raciste? C'est mal parti, avec le culte de la nature et le mépris de l'homme qui émerge du fond des âge, bête, mesquin, assassin, haineux... matribus detestata... (encore que), la guerre est-elle encore nécessaire en tant que "variable d'ajustement" écologique régulant naturellement la population comme les épidémies, l'intolérance religieuse, le totalitarisme ou le nazisme en cas de crise économique ou de famine 'par nature, manque de culture efficace!) , et autres phénomènes naturels.
La seule guerre féconde est celle du paysan, de l'artiste... Dès qu'on plante, dès qu'on sème,n dès qu'on élève du bétail, on refuse l'ordre naturel! planter, semer sont contre-nature. C'est voir l'avenir. c'est la Résistance, le refus de subir... §La nature contraint au travail...Planter, semer, élever, c'est aussi l'artiste qui sème l'intelligence des choses, le coeur vrai, cette sensibilité au monde qui permet d'en sortir, de devenir au lieu de stagner comme une bête dans un état de manque affectif, de trouille et de haine, de combat constant pour survivre et manger... Cette guerre commence en ouvrant le ventre de la terre, si dure, si moche, sauf sous le regard d'un artiste,( et quiconque la trouve belle est déjà un artiste) , de cette terre indigne, infâme, insuffisante qui nous oblige au travail et que certains appellent "mère", comme si Blanche-Neige allait appeler ainsi sa marâtre, celle qui veut l'empoisonner,celle qui veut la détruire, la tuer avec le fruit symbolique de notre naissance au monde de l'humanité: la connaissance du bien et du mal, la connaissance tout court...
Ainsi, ce monument au mort, souvent inconnu, d'un village dont je ne suis pas le fils ou d'une ville que je ne connais pas m'incite à deux célébrations. D'une part, celle, triste, de la guerre, que 1914 symbolise pour moi, comme image de toutes les autres, de mon grand-père autant que du grand père d'Ingrid, une amie allemande dont le grand père a peut-être tiré sur lem ien et vice-versa, comme image de la fortune des riches qui s'arrondit comme on meurt et de la religion triomphante enterrant et priant (S'il existe, Dieu jouit quand on souffre, jubile quand on crève!)... D'autre part, cette guerre du travail et de la poésie, cette victoire du semeur, du planteur, du vendangeur, du récoltant...cette grandeur de l'homme qui se manifeste dans le moindre petit pois, la moindre endive, la moindre chanson, le moindre poème... L'home qui a dit à la nature "ta gueule, à moi de jouer" et qui a créé le salsifis, la symphonie, la pomme de terre et la sculpture!Le caram'bar et la Joconde.Les OGM et le ragtime, la règle de trois et le chou-fleur! Contre nature! Contre la guerre! Pour la vie, cette guerre contre-nature! Saloperie de planète: elle nous enterrera tous!
Vive la vie! soyez fiers et mangez trop! Un coeur, faut que ça cogne!