En ce temps-là, deux hommes avaient coutume de flâner devant la gare du Nord. un milliardaire et un clochard. Tout deux avaient le même but: jouir du spectacle. Avec le même fin sourire supérieur, ils regardaient les travailleurs se presser, courir. Parfois encore fatigués par une mauvaise nuit: le travail, ça rend soucieux.
Ils contemplaient avec bonheur toute cette agitation. En se félicitant d...e ne pas en faire partie. En se complimentant de ne rien foutre; De n'être pas des travailleurs. En se délectant de leur supériorité absolue sur l'ordinariat destructeur. De leur surcroît d'humanité.
L'un fumait un Henry Clay. L'autre fumait un mégot. C'était aussi délicieux pour l'un que pour l'autre. ils ne se connaissaient pas mais vibraient du même bonheur: ne pas subir le travail, les horaires, la gage, la foule, la cohue, les trains moches et sales... Le milliardaire n'avait jamais été sali par le boulot: il était né riche, ne foutait rien, Comme le clochard, il restait pur. Ce dernier avait tenté de travailler. Ca se faisiat dans sa famille.il avait vu son père broyé par le travail.Sa mère épuisée foutant des baffes, dure, méchante parce qu'elle bossait. Il a quand même essayé. Ca l'a fait vomir.a Alors il est parti, tranquille.
Un jour ils échangèrent un sourire de connivence. Ce fut tout. Et leur bonheur d'être eux-mêmes, non désidentifiés par le salariat dura toute leurs vies.
Moralité: l'argent ne fait pas le bonheur? Si vous voulez! Mais le boulot détruit tout!