Je parle à mon scooter comme d'autres à leurs chats. J'aime le sentir repu quand je lui fais le plein. Il ronronne, le gaillard et satisfait, pardi, ,il roule avec ardeur dans le froid de l'hiver. Vroum!

Je peux imaginer dans ma fantaisie niaise, appliquée, car elle méthodique dans le genre gourdiflotte, qu'il répond, le coquin! Et même qu'il est complice! Par amitié pour moi, et tendresse et amour!

Je sais qu'il est inerte. Il n'est pas chien ou chat. Mais après tout c'est mieux que les gens « qui s'y croivent », comme disent les enfants.Ceux qui parlent à leurs bête en projetant sur elles des sentiments divers arrangeant au possible, puisqu'elles ne répondent pas! Ah les pauvres vulgaires, défaillants ordinaires de l'invention de soi!  Ces gens parlent fort bien puisqu'ils parlent à eux même et que l'amour bidon qu'ils pensent éprouver n'est que leur complaisance assez comique à voir. La bête, elle, elle s'en fout, trouve ça bien agréable. Elle aime bien le maître qui est pur elle un dieu. Celui qui nourrit voire celui qui castre. L'animal cependant ignore peut-être ce dernier détail: vive l'anesthésie!

J'ai appris à vivre autrement l'amitié animale. Mais je n'en dirai mot. Simplement je déclare, avec amusement, condescendance même que l'animalisme petit-bourgeois, si représentatif de la société libérale marchande est assez rigolo. Et qu'il faut se méfier des amis des animaux: ils peuvent tout aussi bien nous traiter comme ça. Je connais la chanson, dans une vie déjà longue, je fus caniche nain, petite chien de salon si mignon voui Madame.

Il en va de la bête chez certaines gens -oh! Certes!- comme il en va de l'autre, celui qui est humain! Les parents qui découvrent, en croyant le connaître, la dureté du môme si gentil au chez-soi et qui tabasse fort dans la cour de l'école. Qui est un vrai salaud hypocrite et sournois, ce que le prof sait bien mais que Papa ignore tandis que Maman non plus!

Et les rapports humains sont aussi faux que ça: on se trompe et l'on trompe dès qu'on a dit « je t'aime » parce qu'il faut le dire, c'est la vie qui veut ça et la société qui nous prend pur des cons. Avec raison d'ailleurs puisqu'on en redemande! On croit connaître, pardi, son conjoint, ben voyons! Et l'on ne s'aperçoit de ce qu'il est vraiment, pardi, jarnicoton, qu'au moment du divorce s'il est bien vache et glauque. Fallait pas, c'est bien fait et le monde punit ceux qui ne sont jamais eux-mêmes, fonctionnaires de l'affect.

C'est si commode un animal, vu qu'il lui manque la parole. Y a pas d'effort à faire, on est là, sans complexe, abusif si l'on veut, crétinisant à souhait. Et dominant bézef. Avec un être humain, houlà, c'est pas facile, souventes fois! Il faut faire des efforts et se mettre à l'écoute! Devenir soi vraiment, soi en face de l'autre. Et ça, c'est difficile car on risque -houlala!- de découvrir ce qu'on est vraiment! Il est bien plus commode et tellement plus lâche de crétiniser fort en prétendant cradingue qu'on a l'amour mahousse et que c'est même pas vrai! On se le cache à soi et tout va bien, Madame, et tout va bien Monsieur! Et pour les demoiselles, c'est du pareil au même!

le chien le chat, le jouet, on ne saura jamais ce qu'il est ce qu'il pense, puisqu'on n'aime que soi, avec qui l'on dialogue comme avec un époux, une épouse, mais en plus gratifiant gâtifiant et gluant. Par ce désir de croire qu'on aime et peut aimer, certainement, peut-être: un fait de société! L'amour bidon des bêtes et celui des humains, tel qu'il se joue ainsi dans notre esprit bourgeois est assez répugnant. Mon scooter quant à lui s'en fout complètement. Et je sais, bande de gnarf, que je ne parle qu'à moi. A qui s'adresse t-on quand on parle tout seul? Bonne question, n'est-ce pas? Et, comme je me respecte, je voussoie mon scooter. Comme ce chien de jadis que j'appelais « Monsieur ». Je cherche des puretés que je n'atteindrai pas! L'absolu n'est qu'un nécessaire!