Beaucoup s'étonnent du fait que je tutoie difficilement les gens que je rencontre même plusieurs fois. certains y voient de la froideur. Pour moi c'est comme le mot "camarade" quand on milite... Non pas que j'ai quelque réserve à l'idée de la chambrée, origine de ce dernier mot, si militaire... Le camarade étant le compagnon de chambre (appelez-donc votre conjoint ainsi! Dans li'ntimité d'un couple, effet garanti!).

 

 

La réalité est que j'ai un défaut rédhibitoire: je n'aime pas la familiarité. L'amour est ce qui préserve la distance...  Et ma devise "communion n'est pas fusion" n'est pas de latarte ni de la blague...De ce fait  si je dis "Monsieur" ou "Madame" ce n'est pas parce qu'étymologiquement je prends l'interlocuteur pour mon suzerain, mais que je tiens à dire l'affection, par le possessif enjoué et la reconnaissance de l'autre en le supposant seigneur, maître de lui-même, citoyen, responsable, égal, ami potentiel, vrai... Et je voussoie.  Si l'on insiste, je tutoie...Mais je n'y tiens pas. Je vous aime. Comme ça, au départ: ne me décevez pas, ce serait un peu con.

 

Cet homme, cette femme que je rencontre sont supposés, par moi-même, le même que moi,  régner sur leur propre vastitude, sur leur domaine personnel fussent-ils gueux ou huiles, manants ou bourgeois, rois ou serviteurs, légumes, gratin ou bien bas du panier. De plus, voussoyer c'est aussi reconnaître la pluralité de chacun, savoir, puisque ça évoque un pluriel, que chaque humain est un "grand peuple" en lui-même, qu'on n'est pas tout d'une pièce. Et que l'amour, ce serait tout de même mieux que la suspicion mesquine et la méfiance universelle. Je ne veux pas vivre comme dans un film d'Audiard! Avant même d'aimer j'aime l'idée d'aimer... C'est le désir qui crée la fin.

 

J'ai, sans doute à tort, tendance à considérer le tutoiement rapide comme complaisant, familier, hypocrite. Mais je sais que c'est faux... Et j'accepte volontiers qu'on me tutoie. On y perd quelque chose, c'est tout... La familiarité amoche tout rapport humain. Le trivial est gluant, visqueux, poisseux...

 

Quant à l'appellation "camarade", on a vu ce que ça donne... C'est bien commode tout ça... Je veux avoir le plus souvent possible la grandeur de l'autre à l'esprit, fût-elle supposée ou illusoire. C'est une volonté, chez moi, de haute vertu. Mon désir de devenir meilleur, de devenir, de ne pas stagner comme une bête.

 

Il est vrai que les animaux, dans la nature, ne se vouvoient ni ne se tutoient: ils commencent par s'attaquer, se bouffer, se détruire, coloniser, rendre esclave ce qui évite tous les probllèmes. A moins qu'ils ne violent puisque c'est le moyen principal de reproduction animale naturelle... La violence résoud tout, mais on se sent bien seul une fois qu'on a tué tout le monde. Qui va faire la vaisselle? toujours le même: moi! A quoi servent les autres? a être aimés, c'est tout!

 

De volonté, aussi d'être seigneur et maître de mon être, surtout à jeun. Mais, quand je tutoie, ça peut devenir très vache.

A qui parle t-on quand on parle tout seul? !je ne sais pas, mais depuis que je me voussoie, ça va tout de même mieux! S'il y avait un dieu qui ne fût pas odieux, qu'il me protège aussi de toute inadvertance...

 

La familiarité tue l'amour! Vive l'humanité!