Lisons d'abord cette merveille absolue, si "étrange" déjà en son temps...

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Mon rêve familier.

Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant
D'une femme inconnue, et que j'aime, et qui m'aime,
Et qui n'est, chaque fois, ni tout à fait la même
Ni tout à fait une autre, et m'aime et me comprend.

Car elle me comprend, et mon coeur transparent
Pour elle seule, hélas! cesse d'être un problème
Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blême,
Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant.

Est-elle brune, blonde ou rousse? Je l'ignore.
Son nom? Je me souviens qu'il est doux et sonore,
Comme ceux des aimés que la vie exila.

Son regard est pareil au regard des statues,
Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a
L'inflexion des voix chères qui se sont tues.

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Aimer.

La fausse "familiarité" du ton cache une cuisine délicate qui ous parle de distance, là où l'on croirat tout proxime.  La musique joue au cahot tout en présetant une harmonie allitérative, comme on dit, renforcée par les anaphores (une anaphore est une répétition chic): "aime" donne le ton. c'est de l'amour, du rare, du vrai...

Debussy, Hahn.

L'innovation rythmique peut faire penser à la musique, à Debussy qui a souvent choisi Verlaine pour le mettre en musique. Mais aussi à Reynaldo Hahn, plus "léger"... Deux musicalités qui correspondent bien au poète comme à ce poème. Le ton est suavement moderne mais, dès qu'on en prend conscience, une force curieuse se fait jour... Et cette modernité fait sens: parler d' "enjambement", de technique poétique ne résout rien car Verlaine, aussi grammairien que Rimbaud, les dépasse! Et c'est bien ce qui a toujours voulu faire! Avec une profondeur nouvelle masquée utilement (oui! autrement ça ferait plus  mal!) par une légèreté, voire un humour d'une rare élégance... Les Fêtes galantes ne sont pas si loin avec leur savoir-mourir en dentelle et en soie.

Pailles d'or!

Connaissez-vous les "pailles d'or"? Ce sont des gaufrettes à la framboise. Délicieuses.Mais évanescentes. On croque, on savoire et ça s'arrête, on est obligé d'en reprendre...on les mange par deux superposées. C'est gouleyant, mais ça ne satisfait pas et l'on demeure "en manque" après avoir vidé le paquet. Ce serait ça, l'amour, si nous étions plus vrais. Un tendre supplice au désir sans relâche. Un phénix triomphant sur le mode mineur!  Eh bien, Verlaine nous le balance en pleine gueule! Sa gourmandise est rusée, sa fausse naïveté se montre vachement, cruellement  rouée... Plénitude instatisfaite: on en redemande; mais Macache, comme disait Rimbaud!

"Autre"

Mais le vers dépasse son étendue, la phrase le dépasse, le subvertit et la ponctuation, précise mais pausal, nous donne le souffle. Si l'onspiration nous ramène à la tradition lyrique intimiste de Charles d'§orléans, si proche de Verlaine, la somptuosité de la phrase évoque Bossuet, celui qui us séduit en parlant de gens mort dont on se fout complètement! tout est écart, distance, dans ce poème dont la familiarité est "autre"...

Superbe!

Ces anaphores, donc, sont des écarts délibérés par rappor aux règles du sonnet. ils font "rtour en arrière", empêchent qu'on s'endorme sur l'aspect "période" de cette quasi-narration... quelle est cette familiarité au regard vide, "un rêve de pierre" baudelairien, une statue du Commandeur en femme aimante et inaccessible?  tout se comprend d'ailleurs par la grammaticalité aux petits oignons de ce poème étonnant: S'il est d'usge que la principale régisse temporellemetn l subordoée, là, ça devient signifiant, come on cause quad on fait le savant. Le charme est là, avec ue puissance retenue, une nostalgie d'un présent immuable, celui du rêve. Et ce présent du rêve se mêle avec celui du "récit", oserai-je dire parce que c'est superbe!

Quelque chose de grand!

Moiteur et transparence, froideur de pierre, tendresse d'amour, présence et absece, un vrai poème de la distance, de l'amour qui pleure avec douceur et grandeur affectueuse. rien ne s'éloigne d'ue noblesse à la sensualité foutrement rêtive. Il y a de l'amour, là-dessous,mais distillé, pour comme un alcool de marbre autour d'un coeur. Quelque chose de grand!

Envoi:

Il faudrait la plume de Patrice Houzeaupour éclairer mieux cette oeuvre immense aux dimensions restreintes d'une sonnet. Mais, avec une cruauté épouvantable autant que révoltante, il nous prive en ce moment de son blog passionnant! et tandis qu'on se désespére, il ricane sournoisement de notre désarroi causé par ce manque: ce type est cruel!