Ad usque fidelis (et je n'en démords pas!).

LA mer est devenue un champ de course! Sauf qu'on n'y voit pas s'affronter les chevaux de Neptune, mais des genres de sportifs salés. Qui mangent du thon en boîte et des nouillasses immondes cuites dans l'eau de mer m"élangée à l'eau douce, pour économiser cette dernière. Quand un bateau est laid, on dirait une grosse voiture! Ou des chaussures de sport géantes...
La mer n'est pas un champ de course.
Moi, j'ai toujours préféré nager au long cours, longer la côte durant deux ou trois jours,me balader, voir en-dessous, dormir sur la plage en grelotant parfois. J'étais solide alors. Je m'étais inventé la randonnée marine, avec juste un masque, un tuyau à la con. Jamais de palmes, non: pourquoi aller plus vite? Et quel plaisir, parfois, de nager sous l'orage! Ou même, à fleur de nuit!
La mer n'est pas un champ de course.
CA m'amusait parfois d'accélérer, d'avancer comme un fou. Juste pour rire! Qui sait rire dans la mer ne boit jamais la tasse!
J'ai parfois remonté quelques rivières côtières. Quand j'aterrissais, je mangeais des oursins et des pignons. Des algues. Je chapardais des figues et beaucoup de raisin. La Provence offrait encore des paysages plus nus que les femmes de ses plages... Je les zieutais. Et goûlument, pardi!
Quand je rentrais chez moi, je relisais Ovide... Pages d'exil... Tristes.
Et j'entendais les ouailles faire l'andouille au lointain. Petits moutons, ovum? ab ovo! J'étais adolescent! .
Le soleil déclinait. Parfum de myrte. L'heure tournait, ultima necat.. A force d'être Romain, il fallait bien dormir! C'était des moments doux de haute solitude.
Hélas, j 'ai commis l'erreur de pratiquer la natation. J'ai remporté des compétitions: je nageais depuis l'enfance. Quatre nages... L'entraîneur croyait en moi. Le sport: perte de soi. J'ai arrêté. Heureusement. J'avais perdu l'habitude en nager pour de vrai. Pas pour une médaille. Ca m'est revenu bien plus tard. J'ai délaissé les piscines: la mer n'est pas un champ de course!
"Plus loin, plus haut, plus fort"! disent-ils... Obsession de la performance! J'aime mieux les choses utiles, à ras de terre, comme les vagues: : se balader, vivre, aimer et boire certain vin rude, musclé comme un chêne-liège... On a détruit les vignes.
Oui, je préfère la beauté. La perfection: la mer.