Sur la Grand-Place à Mons on caresse le singe, le singe de métal à la tête brillante : l’Orphée belge est pari, buvons la bière du Roeulx, celle de Bonne Espérance sous le regard de Dieu ! Margot de Peruwelz rêve qu’elle laboure des vignes inexistantes, qu’elle passe par la Lorraine et revient en Hainaut! Mon cœur, dit –elle, se recommande à vous ! Encore une folle ? Non : une servante d’auberge et qui en a vu d’autres ! Oculis vidit !  Et les motets d’Orlando retentisse, on tremble et on frémit : la voix s’envole et le chant devient la chair du verbe…

Combien fou, serais tu, Orlando, sans musique qui songe, sans les motets qui planent et puis volent à tire-l’âme, sans  l’élévation claire et les voix qui s’enlacent et s’élancent de clocher en clocher, d’auberge en auberge, et de Mons à Munich, et d’une bière à l’autre, voire chez le roi de France?

Combien fou tu serais, Orlando, le vagabond des notes sans tant de langues parlées tant de mots qui disent tout, tant se paroles en l’air imprégnées de musique ?

Combien fou tu serais, Orlando, si dans les rues de Mons on ne trouvait encore cette atmosphère douce et les agitations d’un carnaval fervent et la vie qui cahote en grimpant la montagne ? Mais ce n’est qu’aujourd’hui qu’il y  un oiseau rare… Orlando, jamais il ne te remplacera ! Tu étais le plus rare, le musicien précieux, l’enchantement constant tandis que s’étripaient els religieux divers.

Orlando de Lassus, note à note, mot à mot, tout ce qu’il y a à dire tout ce qu’il y a à dire et les voluptés fortes dans un siècle dément…

Destin de musicien, chapelles, routes et voyages, orchestrions fugaces, chanteurs, voyous et filles. Chalémies, cervelas, violes trompettes et orgues, sonorités anciennes, aigres douces parfois, sonorités, mémoires… De l’amour ? Quelquefois… Et gourmandise aussi…

Orlando de Lassus blague en plusieurs idiomes et tout est pain béni : on mange des oranges comme les gens de Binche, le doudou escalade, Saint-Georges vide son verre et c’est toute l’histoire !