Respirer soudain , au bord d’un lac. Le pas du vagabond a continué, cette nuit. baigné par la clarté ans pitié de la lune. Avec ce jaune froid baignade de genêt. Le matin va venir et la brume s’effiloche : le marcheur continue traversant des barbes floconneuses. Parfois, il accélère, son pas se précipite.  L'artère gauche de son front bat une mesure glacée.


Le vagabond s’en va, il ne sait rien faire d’autre. Et son cerveau sans ombre pense sans y penser. Las des sombres famines bourdonnant dans le ventre, il attend le dimanche, les églises à sortie.  doute la plus : peut être plus que du pain s’il est bien hypocrite, s’il mendie en habile apitoyant  les gens mais montrant à l’envi un peu de dignité qui fait fondre les dames pieuses : Elles donnent de l’argent. On sourit sous la crasse : Peut-être plus que du pain !

Avec un peu de sueur qu’il efface d’une main, il  rêve de rester là comme font les yeuses —  la lune et encore jaune, comme un parfum poisseux. Bientôt s’éveilleront les mouches et les corbeaux. « Je ne suis que moi-même, et encore, pas si fort ». Quand on est vraiment pauvre il faut que l’on s’en aille. Et les yeuses demeurent. On ne se salue pas.

Peut-être plus que du pain… Du vin, du vrai, du fort, du jaja dégueulasse. Du qui secoue le foie, qui écoeure et qu’on aime. Du qu’on glougloute en frissonnant d’un dégoût transcendant, aussi gourmand que blême, ça fait mal et c’est bon. Du vin à dégueuler un peu plus tard, sans doute. Avec le goût salace du sordide espéré.

Du vin, enfin du vin au grand dam des femmes donneuses de pièces, mais aussi de leçons, afin qu’on se nourrisse… On s’est nourri pourtant : c’est costaud, la vinasse. Boire, c’est comme la prière, ça réchauffe et ça glace, on espère, on y croit, mais on se sent indigne. On en jouit, on en souffre et l’on se sent très moche. Estomac corrodé ! Autorité du spasme, susraut du ventre  savoureuse répugnance épicée par la  honte…

Il va falloir marcher : la route des dimanches sales est plus longue qu’on croit. « Je n’aime rien… je crois ». Croire qu’on est vivant ? C’est la première une erreur.  Quand on n’a pas d’argent, de demeure, d’amis. Alors, le lac glacé, la pâleur de la lune, qui comme toute saignée répand sa clarté jeune… Il faudrait se noyer. On verra ça demain… Ou dimanche, peut-être.