Pour PP le Moqueur. Et que Paul Fort me pardonne!

On l’appelait « pauvre Martin ». Mais aussi « Pauvre Misère », parce par chez nous, dans la campagne, on cultive le pléonasme et la betterave. Il s’en allait trimer aux champs, comme nous tous. C’était dur, on se crevait. Des fois, les chefs nous cognaient. Mais lui, le Martin, cauteleux, servile, il en redemandait ! Même que, tout en trimant tandis qu’on nous maltraitait, il entonnait un doux chant à la con. Genre sirupeux. Chansonnette, quoi...

Fallait le voir faire l’humble devant les propriétaires ! On n’a jamais vu une serpillière pareille ! La soumission à ce point, c’est vraiment dégueulasse !

Fallait le voir labourer, ce connard de Pauvre Martin ! Il attelait à la charrue un cheval aussi répugnant que lui. Un petit cheval blanc, qui bossait comme un nul, qui jouissait d’être esclave et en redemandait. En voilà, une sale bête ! A tel point que les autres canassons ne pouvaient pas le blairer : ils le laissaient cheminer devant et restaient tous loin derrière. Parfois, certains lui refilaient un coup de sabot en vache… Bien fait pour sa gueule !

Quand on en a eu marre de bosser comme des cons pour pas bézef et des gnons, on a fait la grève ! Et ce con de Martin, toujours à la botte du Maître s’est engagé dans la milice patronale ! Avec son cheval immonde, il nous coursait pour nous cogner, suivi par les autres nervis, tous derrière et lui devant, embauchés par l’Association Chrétienne des Gros Propriétaires Terriens ! Salaud de Martin !

Et son cheval petit cheval blanc nous chargeait, toujours devant les autres ! Parce que les autre chevaux, ça ne leur plaisait pas trop, la violence des riches ! Alors, ils restaient tous derrière ! N’empêche qu’il était vicelard, ce bidet couleur lavabo ! Il adorait nous piétiner ! Il jouissait en transformant les hommes de peine en bouillie sanguinolente, tandis que Martin chantait son éternel doux chant, avec un air victorieux et satisfait ! C’est vraiment moche, un jaune sur un cheval blanc ! Ca faisait dégueuler tous les autres bourrins !

En ce temps là, on ne rigolait pas ! La grève a continué. Alors, c’est devenu une jacquerie. On est devenus cruels, comme le sont les vrais pauvres, même que ça révulse les riches ! On a réussi à capturer Martin, on lui a fait creuser sa tombe, parce qu’on ne va pas déranger les gens, un terrassier, un fossoyeur pour une merde pareille, et puis on l’a buté salement. Lentement. A la dégueu! On a bien rigolé en le voyant crever !  Non mais des fois !

Les chevaux sont moins cons que nous le croyons : ils ont continué à suivre, tous derrière et lui devant ce salopard de petit cheval blanc. Ils te l’ont trucidé sévère ! Alors on l’a bouffé en tartare épicé ! Il n'ya rien de meilleur que la viande soumise!

Vive la liberté ! Vive la sociale !

Bon: j'apprend que ce texte est dû à l'ineffable Marthe Fleurant, la bolducéenne revisitée, que ce n'est pas écrit par Brassens! CA n'empêche pas qu'il s'agisse d'un éloge de la soumission veule et que ce pauvre Martin mérite son sort! Il l'a voulu, il l'a cherché, tant pis! Nous autres, fils de Prométhée, on en rit avec Rabelais et la Boétie (les vrais amis, pas les "copains"!) et nous avons besoin de vertus plus hautes! Les riches ont de la chance quand les pauvres sont aussi cons! Il y a des oppressions méritées! Et c'est bien la peine qu'un vrai de vrai humain soit mort sur la croix pour nous montrer le chemin de la liberté! Son sacrifice en doit pas être inutile...

N.B: je parle évidemment de Spartacus!