23 décembre 2005
Lettre ouverte de deux écrivains
J'ai reçu ce qui suit.Je transmets:
Lettre ouverte au Ministre de l'Intérieur
Par Edouard Glissant et Patrick Chamoiseau
DE LOIN
M. le Ministre de l'Intérieur,
La Martinique est une vieille terre d'esclavage, de colonisation, et de néo-colonisation. Mais cette interminable douleur est un maître précieux : elle nous a enseigné l'échange et le partage. Les situations déshumanisantes ont ceci de précieux qu'elles préservent, au cœur des dominés, la palpitation d'où monte toujours une exigence de dignité. Notre terre en est des plus avides.
Il n'est pas concevable qu'une Nation se renferme aujourd'hui dans des étroitesses identitaires telles que cette Nation en soit amenée à ignorer ce qui fait la communauté actuelle du monde : la volonté sereine de partager les vérités de tout passé commun et la détermination à partager aussi les responsabilités à venir. La grandeur d'une Nation ne tient pas à sa puissance, économique ou militaire (qui ne peut être qu'un des garants de sa liberté), mais à sa capacité d'estimer la marche du monde, de se porter aux points où les idées de générosité et de solidarité sont menacées ou faiblissent, de ménager toujours, à court et à long terme, un avenir vraiment commun à tous les peuples, puissants ou non. Il n'est pas concevable qu'une telle Nation ait proposé par une loi (ou imposé) des orientations d'enseignement dans ses établissements scolaires, comme aurait fait le premier régime autoritaire venu, et que ces orientations visent tout simplement à masquer ses responsabilités dans une entreprise (la colonisation) qui lui a profité en tout, et qui est de toutes manières irrévocablement condamnable.
Les problèmes des immigrations sont mondiaux : les pays pauvres, d'où viennent les immigrants, sont de plus en plus pauvres, et les pays riches, qui accueillaient ces immigrants, qui parfois organisaient leur venue pour les besoins de leurs marchés du travail et, disons-le, en pratiquaient comme une sorte de traite, atteignent peut-être aujourd'hui un seuil de saturation et s'orientent maintenant vers une traite sélective. Mais les richesses créées par ces exploitations ont généré un peu partout d'infinies pauvretés, lesquelles suscitent alors de nouveaux flux humains : le monde est un ensemble où l'abondance et le manque ne peuvent plus s'ignorer, surtout si l'une provient de l'autre. Les solutions proposées ne sont donc pas à la hauteur de la situation. Une politique d'intégration (en France) ou une politique communautariste (en Angleterre), voilà les deux orientations générales qu'adoptent les gouvernements intéressés. Mais dans les deux cas, les communautés d'immigrants, abandonnées sans ressources dans des ghettos invivables, ne disposent d'aucun moyen réel de participer à la vie de leur pays d'accueil, et ne peuvent participer de leurs cultures d'origine que de manière tronquée, méfiante, passive : ces cultures deviennent en certains cas des cultures du retirement. Aucun des choix gouvernementaux ne propose une véritable politique de la Relation : l'acceptation franche des différences, sans que la différence de l'immigrant soit à porter au compte d'un communautarisme quelconque ; la mise en oeuvre de moyens globaux et spécifiques, sociaux et financiers, sans que cela entraîne une partition d'un nouveau genre ; la reconnaissance d'une interpénétration des cultures, sans qu'il y aille d'une dilution ou d'une déperdition des diverses populations ainsi mises en contact : réussir à se situer dans ces points d'équilibre serait vivre réellement l'une des beautés du monde, sans pour autant perdre de vue les paysages de ses horreurs.
Si chaque nation n'est pas habitée de ces principes essentiels, les nominations exemplaires sur la base d'une apparence physique, les discriminations vertueuses, les quotas déculpabilisants, les financements de cultes par une laïcité forcée d'aller plus loin, et toutes les aides versées aux humanités du Sud encore victimes des vieilles dominations, ne font qu'effleurer le monde sans pour autant s'y confronter. Ces mesures laissent d'ailleurs fleurir autour d'elles les charters quotidiens, les centres de rétention, les primes aux raideurs policières, les scores triomphants des expulsions annuelles : autant de réponses théâtrales à des menaces que l'on s'invente ou que l'on agite comme des épouvantails, autant d'échecs d'une démarche restée insensible au réel.
Aucune situation sociale, même la plus dégradée, et même surtout celle-là, ne peut justifier d'un traitement de récurage. Face à une existence, même brouillée par le plus accablant des pedigrees judiciaires, il y a d'abord l'informulable d'une détresse : c'est toujours de l'humain qu'il s'agit, le plus souvent broyé par les logiques économiques. Une République qui offre un titre de séjour, ouvre en fait sa porte à une dignité humaine à laquelle demeure le droit de penser, de commettre des erreurs, de réussir ou d'échouer comme peut le faire tout être vivant, et cette République peut alors punir selon ses lois mais en aucun cas retirer ce qui avait été donné. Le don qui chosifie, l'accueil qui suppose la tête baissée et le silence, sont plus proches de la désintégration que de l'intégration, et sont toujours très loin des humanités.
Le monde nous a ouvert à ses complexités. Chacun est désormais un individu, riche de plusieurs appartenances, sans pouvoir se réduire à l'une d'elles, et aucune République ne pourra s'épanouir sans harmoniser les expressions de ces multi-appartenances. De telles identités-relationnelles ont encore du mal à trouver leur place dans les Républiques archaïques, mais ce qu'elles suscitent comme imprécations sont souvent le désir de participation à une alter-République. Les Républiques " unes et indivisibles " doivent laisser la place aux entités complexes des Républiques unies qui sont à même de pouvoir vivre le monde dans ses diversités. Nous croyons à un pacte républicain, comme à un pacte mondial, où des nations naturelles (des nations encore sans État comme la nôtre) pourront placer leur voix, et exprimer leur souveraineté. Aucune mémoire ne peut endiguer seule les retours de la barbarie : la mémoire de la Shoah a besoin de celle de l'esclavage, comme de toutes les autres, et la pensée qui s'y dérobe insulte la pensée. Le moindre génocide minoré nous regarde fixement et menace d'autant les sociétés multi-trans-culturelles. Les grands héros des histoires nationales doivent maintenant assumer leur juste part de vertu et d'horreur, car les mémoires sont aujourd'hui en face des vérités du monde, et le vivre-ensemble se situe maintenant dans les équilibres des vérités du monde. Les cultures contemporaines sont des cultures de la présence au monde. Les cultures contemporaines ne valent que par leur degré de concentration des chaleurs culturelles du monde. Les identités sont ouvertes, et fluides, et s'épanouissent par leur capacité à se " changer en échangeant " dans l'énergie du monde. Mille immigrations clandestines, mille mariages arrangés, mille regroupements familiaux factices, ne sauraient décourager la juste posture, accueillante et ouverte. Aucune crainte terroriste ne saurait incliner à l'abandon des principes du respect de la vie privée et de la liberté individuelle. Dans une caméra de surveillance, il y a plus d'aveuglement que d'intelligence politique, plus de menace à terme que de générosité sociale ou humaine, plus de régression inévitable que de progrès réel vers la sécurité...
C'est au nom de ces idées, du fait de ces principes seuls, que nous sommes à même de vous souhaiter, de loin, mais sereinement, la bienvenue en Martinique.
Edouard Glissant
Patrick Chamoiseau
Consonne intervocalique: ad memoriam gloriamque
LEs gens sont cruels! Ils ne respectent rien! Voici venir Nöel et personne ne pense aux consonnes intervocaliques se l'ancien français! Elles sont tombées, les pauvres, en syncope, on n'en parle plus, on ne les parle plus, on ne les écrit même pas! C'est dégueulasse! Certes, de vagues épenthèses semblent équilibrer cette perte. C'est un leurre, j'en tremble (le b est épenthétique. Du latin tremulare, puis tremler," puis lemot actuel) de rage!
Alors, durant la grande fête de la pédophilie marchande et des sentiments glucosés, entre deux rots avinés, entre deux bisoux de paix hypocrutes à la cousine Gertrude qu'on déteste, pensons au petit "u", ou "v",semi-consonne, semi-voyelle, si l'on préfère le genre ramiste, j'en passe et des meilleures, qui a disparu, faisant du mot "nouvel" notre trématisé "nöel"! LEs manuscrits médiévaux montrent des graphies telles que "noel," "novel", "nowel", "nouvel", etc, pour désigner la fête comme pour transcrire l'adjectif...
Ou est il, ce "u", ou "v"? Quelque part dans l'enfer de la fonétik historik, abandonné de tous, dans l'ombre, loin du soleil et de ses U.V., oubliant même qu'il est l'initiale de Victoire, ce qui est aussi le prénom de la fiancée du Sapeur Camember, qui d'ailleurs le prononce "f" comme dans "Ephraïm"... Encore un tréma!
Pauvre petite consonne intervocalique!!! Joyeux nowel!
Pourquoi aimer?
La neige en pente, comme une dalle, recouvre la pelouse inclinée. A flanc de côteau, on vit quand même. Tout penche, sauf l’humain qui se veut droit. Le ciel s’en fout. Pourquoi aimer ? Ca me rend malheureux. J’ai soif d’alcool trop fort. J’en boirais volontiers à m’en péter la tête !
Je voudrais perdre haleine, j’ai du souffle en dedans, même quand je gravis cette grande rue qui monte, au village, n’importe où : il a fallu qu’un jour l’image de l’ascension m’écoeure au point de me faire alpiniste en moi-même ! Ainsi ai-je cultivé un souffle inutile, un souffle d’espoir qui pète dans ma tête et me rend malheureux. Tout penche sauf l’humain qui se veut droit !
Pourquoi aimer ? voilà : il est des possessions d’immobilier intime et j’ai voulu aussi appartenir à quelque patrie de chair. Real estate : Cette femme me fit oublier ma présence ! Je ne fus qu’habitant de ce terroir, j’en devins patriote : ma femme, ô mon pays… Ainsi ai-je cultivé un souffle inutile, un souffle d’espoir qui pète dans ma tête et me rend malheureux.
L’exil m’a éloigné des collines de sa peau. Je voudrais perdre haleine, définitivement. Je m’offre, certains soir, des nostalgies slavoïdes. De vagues errances de l’âme. Je cultive avec soin le pleurnichouillis veule, genre tzigane d’opérette au violon fiel et miel aux cordes qui ne sont que mes veines vieillotes : Elles viennent de mon cœur. Et ce violon mesquin saigne laborieusement la mélancolie rance de : L’amour ? Y’en a plus !
Ô, toi, celles que tu fus, mon pays perdu ! Je cours évidemment après le soleil pâle, après le soleil bas de l’hiver qui s’étire comme une chat fait de glace et d’ardente froidure. Je voudrais perdre haleine, dans le frimas ça fume. Le vent du Nord ricane. Les boulots sont trop droit. Je t’ai aimée naguère. Le ciel s’en fout. Mais le temps grimpe et grimpe pas à pas vers l’oubli, sauf que je résiste, moi : Tout penche sauf l’humain qui se veut droit. J’ai soif d’alcool trop fort. Pourquoi aimer ?
Cette ascension vers toi m’écoeure maintenant. Je me suis arrêté à mi-chemin. A flanc de côteau, on vit quand même. Je t’ai quittée, patrie de chair, territoire d’amour, te voici paysage, géographie fortuite oubliée de l’oubli. Pourquoi aimer ? L’exil est ridicule. Et dire je voulais m’élever vers comme un calice ! Devenir fleur de ton jardin. C’est l’hiver : La neige en pente, comme une dalle, recouvre la pelouse inclinée.
Roger Nimier, JEan Valère...
Encore un peu de mes souvenirs d'enfance:
Roger Nimier présenta Jean Valère à Germaine, car ce dernier cherchait un musicien pour son film, Les Grandes Personnes, dont le scénario venait d’Histoire d’un Amour, roman de Nimier. Roger écrivit donc ce scénario.; Mais il aimait un peu trop se balader, sortir, séduire au goût de Jean. Aussi, pour éviter que Nimier se dissipe, Jean l’installa dans une maison isolée de Provence, et, en le quittant pour le laisser oeuvrer, tout en actionnant le démarreur de sa décapotable rouge, il jeta les clefs de la belle Aston-Martin de Roger dans un fourré
Il faut avoir travaillé avec Jean Valère pour comprendre son exigence. Je me souviens, quant à moi, d’avoir réécrit dix fois une scène pour qu’après mille hésitations, on en revienne à la première version. Le travail, pour Jean, n’est rien: tout commence après, lorsqu’on analyse, lorsqu’on soupèse, lorsqu’on juge, lorsque chaque mot doit concourir à construire une image… et l’on recommence jusqu’à s’approcher le plus possible de la perfection, de l’image mentale du réalisateur.
Jean ne se souvenait pas, cependant, m’avoir offert jadis Un amour de Swann dans une jolie édition reliée de toile verte. Je devais avoir onze ou douze ans. Je lus ce livre, comme je lisais tout: avec boulimie. Dans ma mémoire, Proust est lié à Edgard Poe. La même année, Michel Mitrani me fit cadeau des Histoires Extraordinaires dans la traduction de Baudelaire.
Mon antipathie pour Nimier ne provenait pas seulement du fait qu’il courtisait Françoise. Son état d’esprit me déplaisait d’emblée. Moins que celui de Maurice Ronet. Ami d’enfance de Remo Forlani et de mon père, ce comédien joua dans Les Grandes Personnes . J’ignorais alors la fascination de Ronet pour l’hitlérisme. Nimier, lui dit un jour “vous êtes l’homme que j’aurais voulu être”. C’était au moment de la sortie d’un film, Le Feu Follet, tiré de Gilles, un roman de Drieu La Rochelle.
Roger, fils d’une violoniste et du créateur de l’horloge parlante (ODÉon 84-00!) prônait une idée de l’écriture qui n’est certes pas la mienne. On l’a présenté en disant qu’il préférait la littérature selon Larbaud à la littérature selon Sartre. Les deux me semblent compatibles. De plus, Nimier méprisait Hugo. Cette outrecuidance révèle peut-être une jalousie qui perce dans un texte surprenant: Les Écrivains sont-ils bêtes?
La volonté d’une littérature de “pure distraction”, le goût de l’insolence, sont à l’opposé de tout ce que je prône. Me distraire? je n’en ai guère le loisir: L’oeuvre d’art à venir est la construction d’une vie passionnante. Vivre m'occupe à plein tant, je n'aime pas les attitudes et encore moins l'inadvertance! L'amour ne se distrait pas. Ecrire est une offrande..
La joie, l’allégresse, le bonheur de lire ne sont pas des distractions, ne peuvent pas l’être. Et c’est pourquoi, prenant Nimier comme contre-exemple, j’ai tenu à me débarrasser des attitudes et des représentations.
Mon père rencontra Roger Nimier grâce à Gwen Bolloré. Ce truculent Breton qui fit appel à Germaine pour la musique d’un de ces films fondait alors une revue appelée Opéra. Nimier, critique d’art en fut le rédacteur en chef. Connaissant le talent journalistique de Jean-Luc, mon père, il fit appel à sa collaboration. Plus tard, tous deux se retrouvèrent dans un autre organe de presse, Le Nouveau Fémina..
Nimier ne manquait ni d’humour ni de panache. Il en faisait à la fois une obsession et un fonde de commerce. En 1951, lorsqu’André Gide mourut, il envoya un télégramme à François Mauriac. En voici la teneur:
Enfer n’existe pas. Tu peux te dissiper. Préviens Claudel.
Signé: Gide.
Auguste Blanqui
Auguste Blanqui, vieux dur à cuire, ne mâchait pas ses mots:
Seuls l’écrivain le savant l’inventeur doivent leurs gains au travail personnel sans la plus légère souillure d’exploitation.
Auguste Blanqui,Critique Sociale , « la propriété intellectuelle », T.II.
Blanqui est un nisard, né en 1805, mort le 1er janvier 1881. Il a passé, en divers séjours, 36 en prison. Telles était les conséquences de la lutte sociale au XIXe.s.
Blanqui a connu la Restauration, la monarchie de Juillet, la IIe République, la Commune. C'était un combattant de toutes els barricades. Tocqueville, qui n'en rate pas une, le décrit ainsi, en 1848, cette année qui fit si peur aux puissants:
Il avait des joues hâves et flétries, des lèvres blanches, l'air malade, méchant et immonde, une pâleur sale, l'aspect d'un corps moisi, point de ligne visible, une vieille redingote noire collée sur des membres grêles et décharnés; il semblait avoir vécu dans un égout
Tocqueville, l'homme qui s'est toujours joliment trompé avec une élégance calme ,(Il avait besoin d'enthousiasme venus du bon faiseur) ne pouvait pas comprendre le feu ardent d'un Blanqui...
Ail et andouille
Voici encore un extrait de mon livre à paraître chez LArousse, Les carottes sont cuites (titre provisoire):
ail
Ail vient du latin allium. On le trouve en français, au XIIe s., au sens figuré : « Ne li valurent puis deus alz. » (Benoît de Sainte-Maure, le Roman de Troie) – ail signifiant ici « quelque chose de peu de valeur ». Le pluriel aulx pose problème : « On est souvent embarrassé dans l’emploi de ce mot au nombre pluriel. Doit-on dire : Craignez-vous les ails, ou craignez-vous les aulx ? Ce substantif et presque tous ceux qui finissent en ail, en al et en eau, changent au pluriel cette terminaison en aux, et le mot dont il s’agit ne souffre pas d’exception ; mais il vaut mieux l’employer au singulier. On a mis de l’ail dans cette salade. » (E. Mollard, Le Mauvais langage corrigé, 1810.)
On préfère dire : « de l’ail » ; autrement, on précise : « une ou plusieurs têtes ou gousses d’ail ». Le pluriel, de ce fait, sera plaisamment utilisé par quelqu’un qui n’apprécie guère la cuisine provençale :
Que d’aulx, que d’aulx ! (Roland Gouvernail, Éponine, 1922.)
En langage populaire, à l’ail signifiait « savoureux mais un peu vulgaire ». Cette locution, en argot, désignait ce qui brille. On ne l’emploie plus guère. Elle faisait partie du langage militaire :
Un mors astiqué à l’ail. (L. Rigaud, Dictionnaire d’argot moderne, suppl. 1888.)
On disait aussi sentir l’ail pour parler de ce qui reluit intensément :
Le comble de la patience, c’est d’astiquer une lame de sabre jusqu’à temps qu’elle sente l’ail. (Charles Virmaître, Dictionnaire d’argot fin-de-siècle, suppl. 1899.)
L’odeur de l’ail ne plaît pourtant guère et permet quelque ostracisme social :
Qu’est-ce qu’une bergère ? un gros morceau de chair qui a le visage roux, les mains rouges, les cheveux gras, qui sent le beurre et l’ail. (Jules Janin, L’Âne mort et la femme guillotinée, 1829.)
Les Romains raffolaient de l’ail. Pourtant, au premier siècle, Horace s’était indigné contre ce goût qu’il jugeait désastreux. Ce satiriste, peu délicat, pensait que l’ail était toxique, plus même que la ciguë. Sans doute, le sens de l’observation, qui lui a permis de tracer de vifs petits tableaux, lui faisait parfois défaut : si l’ail était aussi toxique, la plupart de ses contemporains seraient morts ! Mécène, néanmoins, protégeait Horace. Ce qui n’empêcha pas ce dernier de lui écrire (Épones, III) :
Ô Mécène si jamais
On voit servir sur la table
Un aussi funeste mets
Que ta maîtresse intraitable
Toujours prompte à refuser
Quand tu voudras un baiser
Mette la main sur ta bouche
Et puisse-t-elle le soir,
Trompant encore ton espoir,
Garder le bord de la couche.
Cette odeur de l’ail parfumant l’haleine est, pour certains, insupportable. De là à l’interdire, le shérif d’un village des États-Unis n’hésita pas à « dégainer » la loi suivante :
Les coiffeurs de Waterlo (Nebraska) doivent s’abstenir de manger crus ail, oignon, et échalote, de 7 heures du matin à 7 heures du soir, les jours où ils ouvrent leur salon. (voir : http//www.opuscitatum.com.)
Pauvres barbiers, pourtant parfumeurs de leur état ! Mais l’ail sait se faire discret : Colette, dans Récriminations, nous rappelle qu’il peut, tel un conspirateur, se faire oublier, agir dans l’ombre, et secrètement :
Laquelle d’entre vous se doute, lectrices, en savourant l’authentique « lièvre à la royale », fondant, chaud à la bouche, que soixante – vous lisez bien soixante – gousses d’ail ont coopéré à sa perfection ? Un lièvre à la royale réussi n’a pas goût d’ail. Sacrifiées à une gloire collective, réduites à une consomption sans seconde, les soixante gousses d’ail, méconnaissables, sont pourtant présentes, indiscernables, cariatides qui soutiennent une flore légère et grimpante d’épices potagères…
L’ail est fortifiant, tonique – on le dit même aphrodisiaque –, et l’on sait qu’Henri IV, fameux amateur de poule au pot, en faisait grand cas. Cependant, malgré son effet revigorant et propice aux étreintes, son parfum gêne la disponibilité érotique, semble-t-il… Mais connaît-on la signification de marché à l’ail ? En argot, une « gousse » est une femme qui se rend au « marché à l’ail », ou qui prise la cuisine à l’ail, c’est-à-dire qui apprécie les relations amoureuses avec une autre femme.
En tous les cas, quelle qu’en soit l’acception, la dégustation d’une bonne soupe à l’ail est de rigueur. Ce régal était particulièrement apprécié de Claude Monet, qui la lampait voluptueusement entre deux Nymphéas : une sorte de magie a lieu durant l’oarystis velouté de la crème et de l’ail, indicible, serein, courtois…
andouille
Mot provenant du latin inductile, lui-même formé à partir de dux, que l’on retrouve dans le français conducteur et édicateur, au sens de dirigeant, de gouvernant : d’où les substantifs duc, en français (gouverneur), conducator, en roumain, et duce, en italien ; la même signification est présente dans l’appellation Grand Timonier… Ce n’est pas une raison pour déclarer que le pouvoir est forcément exercé par des andouilles !
Le terme andouille, donc, du latin inductile venant d’inductilis, relève de l’acception de ductilité, d’introduction. C’est même l’introduction par excellence, car il s’agit de boyaux, de chaudins, introduits dans d’autres boyaux qu’ils farcissent. Le dérivé andouillette apparaît, plus tardivement, en l’an 1451. Pour éviter toute confusion, sachons qu’andouillers, qui se rapporte aux bois du cerf, est totalement étranger à andouille : l’étymon semble en être *anteoculare, « qui pousse devant les yeux ». Sans doute…
Inductilis peut varier en sens et désigner ce qu’on peut étendre sur quelque chose : un enduit, par exemple. Certes, on enduit facilement les andouillettes de moutarde, mais l’induction, forme de raisonnement, consiste à amener un sujet, à l’introduire, à le faire entrer, dans la tête de l’élève. Dans De oratore (III, 205), Cicéron nous met néanmoins en garde : Erroris inductio ! Et nous voici craignant d’être induit en erreur, ce qui nous conduirait à faire l’andouille, irrévocablement ! On peut alors devenir une andouille ficelée, ce qui équivaut, chez Loredan Larchey, à un maladroit, à un empoté, voire à une cruche. Il y a comme une réminiscence étymologique de l’introduction initiale : le naïf, l’andouille, se fait « introduire », « baiser », ou subir tout autre forme d’effraction corporelle que l’argot affuble ceux qui en sont victimes et ne sont pas très futés.
Une andouille est, au sens figuré, un abruti. « Faire l’andouille » consiste à simuler la naïveté. Ce qui diffère d’être réellement une andouille, un imbécile, une buse :
Andouille, triple andouille ! Crapule ! (Alphonse Allais, l’Affaire Blaireau).
On admire toujours la scène des andouilles dans le Ventre de Paris, d’Émile Zola, mais l’on sait moins que, lorsque quelque chose s’est allé en brouet d’andouille, cela équivaut à son départ en « eau de boudin* ».
Sans doute connaît-on le dépendeur d’andouilles, désignant un homme grand, mais cette expression semble tomber en désuétude, d’après la chanteuse Juliette :
Qui donc les a revus,
Le dépendeur d’andouilles,
La mangeuse de santé
Et l’étouffeur de vents ?
Les petits métiers (paroles de Juliette Nourrédine, musique de Pierre Philippe, 2004.)
Jadis, le révérend Père Lelong, dominicain, a publié, chez le regretté éditeur Robert Morel, une Célébration de l’andouille, où il traite du chef-d’œuvre culinaire… Aujourd’hui, on fabrique des andouillettes de canard : c’est une très bonne idée…
Georges Fourest
L'épatante analyse d'Andromaque, par PAtrice Houzeau, (voir son "Blog Littéraire) me replonge dans les souvenirs de théâtre de ma jeunesse. MAis aussi vers d'autres personne sinspirées par ce théâtre flamboyant autant qu'austère, féroce autant que tendre;, familier et distant. Après Racine, voyons Corneille et les parodies de Georges Fourest (1867-1945), qui, dans La Négresse Blonde, résuma, à sa façon, les pièces du répertoire. Voici ce qu'il a fait du Cid, en un sonnet fameux:
Le palais de Gormaz, comte et gobernador,
Est en deuil : pour jamais dort couché sous la pierre
L'hidalgo dont le sang a rougi la rapière
De Rodrigue appelé le Cid Campeador.
Le soir tombe. Invoquant les deux saints Paul et Pierre
Chimène, en voiles noirs, s'accoude au mirador
Et ses yeux dont les pleurs ont brûlé la paupière
Regardent, sans rien voir, mourir le soleil d'or...
Mais un éclair soudain fulgure en sa prunelle:
Sur la place Rodrigue est debout devant elle!
Impassible et hautain, drapé dans sa capa,
Le héros meurtrier à pas lents se promène:
"Dieu !" soupire à part la plaintive Chimène,
"Qu'il est joli garçon l'assassin de Papa!"
Georges Fourest était avocat "loin la cour d'appel" et ce grand gourmet de poésie, amateur de Scarron, de Saint-Amant, mais aussi de Verlaine qu'il pasticha, fait partie des classiques de l"humour et José Corti, l'éditeur de Gracq, n'a pas hésité a publier ses oeuvres, il y a belle lurette.
Et, pour la fine bouche, (!), j'ajoute son poème sur les Sardines à l'huile:
Sardines à l’huile fine
sans tête et sans arêtes.
(Réclames des sardiniers, passim.)
Dans leur cercueil de fer-blanc
plein d’huile au puant relent
marinent décapités
ces petits corps argentés
pareils aux guillotinés
là-bas au champ des navets !
Elles ont vu les mers, les
côtes grises de Thulé,
sous les brumes argentées
la Mer du Nord enchantée...
Maintenant dans le fer-blanc
et l’huile au puant relent
de toxiques restaurants
les servent à leurs clients !
Mais loin derrière la nue
leur pauvre âmette ingénue
dit sa muette chanson
au Paradis-des-poissons,
une mer fraîche et lunaire
pâle comme un poitrinaire,
la Mer de Sérénité
aux longs reflets argentés
où durant l’éternité,
sans plus craindre jamais les
cormorans et les filets,
après leur mort nageront
tous les bons petits poissons !...
Sans voix, sans mains, sans genoux
sardines, priez pour nous !...
© José Corti
Le prédicateur 3
Et vopici le dernier épisode du Prédicateur, d'Hortemel et Wiellant!
III
(LA FIN DE TOUT)
Ô vous petites saletés méprisables qui avez attendu avec patience (sans même le savoir) la nouvelle parabole,
STOP AND CONSIDER : Tu n’es qu’une merde de crotale sur coussin d’air !
S.A.C. : Tu n’es qu’au degré zéro de la vie sur Terre. Tu n’es qu’une épine dans le trou d’un cul mal famé !
SAC : HO ! HÉ ! T’as vu ta gueule de stigmatisé ?
LE CHOEUR : “Nous sommes les enculés ! A l’oeil vérolé, au cul défoncé. Gondolé.Nous errons sur la Terre...tant mieux !
SAC : Nous n’avons plus que les yeux pour pleurer la mort de l’Être humain. La démocratie est devenue la plus grande radasse que la terre ait jamais portée. AH ! il faut tous y passer !
SAC : Tu n’es qu’un trou noir, un cauchemar de l’Univers ! Ô glu vaginale !
SAC : Je vous ferai pisser le sang par tous les trous, petites vermines réticulées ! Les rats sont plus sains que tous les chiottes de la galaxie !
SAC : Au large, vieux meuble ! Du balai ! Poussière flatulente ! Débarrasse le plancher, carpette lépreuse ! Au large ! Du vent ! De l’air ! De l’espace ! Des I-N-T-E-R-V-A-L-L-E-S !!!
SAC : A l’abri, caillots syphilitiques ! Oxygène oxygène oxy-gènes ! Laissez nous respirer grandes nébuleuses d’asticots purulents !
SAC : Bon, j’y vais ! Je m’élance ! Je pousse ma diatribe ! J’invective ! Vous, pauvres ! Estropiés civils ! Fantômes furtifs ! Je vous vomis ! Vous expulse hors du système planétaire ! Plancton lumineux ! Grosses Méduses étonnées !
SAC : Ah ! Vous désirez du grand sentiment ! Ah ! Vous voulez du grand romanesque ! Je vais vous en foutre, moi, du grand sentiment ! A coups de pieds dans le cul ! Oui ! Je vais vous distendre, vous liquéfier le trou du cul !
SAC : J’arrive ! Me voici ! Je plane sur vos cervelles pourries ! Je vole ! Survole ! Décolle vos neurones encrassées ! Je suis le grand pourfendeur ! Le déterreur de cadavres endormis ! PRIEZ ! PRIEZ ! PRIEZ ! Et tremblez dans vos loques, vos os fragilisés ! squelettes aléatoires !
SAC : Je suis ici...là... partout ! Vous ne pouvez fuir le parasite volant ! Ô vous mes chères petites saletés ! Vous me paierez cher vos petites pensées lubriques ! Vite ! Des trous des trous ! Des anges des anges !
SAC : Fuyez lucioles hallucinées ! Regagnez vos caves ! Je suis le tueur de lucioles !
SAC : Avec vos oreilles arachnoïdes, vous captez radio-néant ! N’approche pas scorpion rectale ! Ou je te chie dans les cabinets !
SAC : Votre odeur me rappelle celle des camps de la mort ! Bande de prépuces mal découpés !
SAC : Je te reconnais ordure catapultée ! Résidu de combustion ! En te voyant ta mère a dû se suicider !
SAC : Ah ! Petit morveux sans pénis ! Tu prieras Jésus, et tous ses copains ! Tu supporteras la torture des millions d’années, et tu crèveras avec la poubelle pourrie qui te sert de clapet !
SAC : Viens par ici ! Aux pieds ! Tu es devant le Prince des ténèbres ! Ah ! Morve phosphorescente ! Décampe ! Rampe ! Sales poux cancérigènes ! Ô vous provinciaux enterrés vivants ! Sinistrés de toutes les guerres ! Désespérés chroniques ! Peureux contagieux ! Retournez sous terre, les Morlocks ! Le jour se lève !
SAC : Tu pourrais sucer cinq milliards de bites sans même prendre une seule bulle d’oxygène ! Quel tour de magie ! Ô grandes puissances des ténèbres, amenez moi les politiciens que je les injecte de ma bile noire !!!
SAC : TU VAS SOUFFRIR, ACCIDENTÉ DE LA ROUTE ! SPASME INDÉSIRABLE ! FOETUS ÉCRABOUILLÉ DANS LES ESCALIERS !
SAC : Tu ne seras plus qu’un sac à merde ébouillanté ! Tu seras le dernier des cabots en rut, la dernière des truies à se fraire trouer comme une écumoire !
SAC : JE SUIS LE TROUBADOUR APOCALYPTIQUE ! Marguerite ! Tu devrais non-vivre ! Ton cul est un vrai parking ! Ta chatte pue aussi bon que tous les ports réunis ! Viens, je vais te vriller le sacrum, t’éclater les ovaires ! Tu vas tellement me sucer qu’il va te falloir un poumon d’acier !
SAC : La petite invective n’est pas encore terminée ! Bande de râles crépitants ! Espèce de vulve chaude, tu vas en voir de toutes les tailles ! Je vais t’empaler sur la muraille de Chine !
SAC : Annie ! Amène ta graisse, grosse pute nécrophilisée ! Je vais te barioler les orifices ! T’élargir le sphincter ! Tellement te meuler que tu devras t’asseoir dans la neige ! Qu’y aura même de la vapeur sous pression ! Tête à claques !
SAC : Je vais te faire avaler la télévision, te faire chier les feuilletons en noir et blanc ! Quand tu pèteras, on verra passer un courant d’air pourri !
SAC : Hé ! Blanchot, t’as un billet d’absence ? Laure ! Viens que j’te dévoile mon cyclotron ! J’ai envie de te foutre mon pinoscope dans ta fente à images ! Salope ! Je vais te faire traverser le désert ! T’auras la langue tellement tendue qu’on pourra faire du saut à l’élastique !
SAC : Viens ici que je te ramone la cramouille ! Je vais te montrer ce que c’est que la littérature ! Tu seras vive comme l’éclair, Légère comme l’air !
SAC : Regardez, les mecs ! C’est l’abbé Pierre ! Y se prend pour le père Noël ! Il est resté coincé dans la cheminée !
SAC : Dis-donc, pygmée ! Où t’as appris les bonnes manières ? Fais gaffe, y’a mon copain Trompe la Mort qui évolue dans les parages...T’as compris, Z.H.L. ? Espèce de carie mal soignée !
SAC : De grands malheurs affligent ce monde ! Et c’est vous, humains surgelés, qui infectez la Terre ! Ô abscès mûrs pour le coup d’aiguille !!! Cloques déchirées !!!
ENTENDEZ : JE SUIS LA MORT AUX MILLE VISAGES ! LE TOURMENTEUR ! L’EMPÊCHEUR DE CHIER EN SILENCE ! Taisez vous, épaves incontrôlables ! Travaillez dur, piles humaines !
SAC : Ô grands dégénérés de la colonne ! Ô cicatrices vivantes de la déchéance ! Tas de viande avariée ! Crevez souvent tas de pourris finis ! Tas de rongures de crevures d’enflures !
SAC : Anne! Je vais te tondre les poils du cul ! Te rendre chauve ! Quand je t’aurai mis ma lampe d’Aladin, ton cul se transformera en tapis volant ! Et vous, Amibes terrifiées ! Spectateurs électrocutés !
Autopsiés permanents !
Hologrammes mongoliens !
Expérience génétique qui a mal tourné !
Mutants improbables !
Allez vous faire foutre jusqu’à la glande pinéale !
Et toi, Poivre, poivre noir ! Je vais t’en mettre tellement dans la gueule qu’on va t’appeler l’homme invisible ! J’vais te faire sauter les implants, rafistolé radioactif !
SAC : Claire ! Quand je t’aurai lyophilisé le trou du cul, tu pourras dire que t’as vu du pays ! Tu t’allumeras comme un flipper ! j’vais te faire sauter les écoutilles !
SAC : Respectez votre maître, graine de cadavre ! Substance indéfinissable ! Défécation fossile ! À genoux, mes fidèles, que je vous électrolyse !
STOP AND CONSIDER : ET TOUT LE RESTE EST LITTERATURE...
Copyright B. J. Weillant & Marc van den Hortemel 1993