Voici un extrait d'un article de CArmen MAta Barreiro paru dans Recherches sociographiques, revue publiée par l'Université de LAval, au Canada:

Dans la Revue Européenne des Migrations Internationales, Sophie Body-Gendrot et Véronique de Rudder se posent la question « La forme d’organisation, l’obsolescence sociale, en dévalorisant le champ spatial, dévalorise-t-elle l’identité ? » et y répondent ainsi : « Les populations ségrégées, assignées à des territoires en crise, en déclin et dévalorisés sont désignées par cet habitat, identité qu’elles acceptent ou refusent alternativement » (Body-Gendrot et de Rudder, 1998, p. 7 et 11).

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Cette désignation, présente dans l’imaginaire social de la société d’accueil, et l’absence d’identification dans l’autoreprésentation des migrants, constituent l’un des éléments qui configurent l’ « identité urbaine ». L’exclusion et la ségrégation interviennent dans la construction de l’identité migrante de même que l’appropriation d’un espace comportant des conduites qui assurent aux humains un maniement affectif et symbolique de leur environnement spatial (Merlin et Choay, 1996 [1988], p. 51). Le fait d’investir une ville, un quartier, une rue fait partie des processus d’acculturation des migrants et donc de leur identité personnelle et sociale.

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Sophie Body-Gendrot et Véronique de Rudder affirment la nécessité d’une analyse qui embrasse ce qui est habituellement traité de manière fragmentaire dans la recherche : l’immigration, l’intégration, la citoyenneté, la pauvreté, la « race » et l’ethnicité, les politiques urbaines, la « participation des habitants » (Body-Gendrot et de Rudder, 1998, p. 8). Ainsi, c’est dans une orientation pluridisciplinaire et transdisciplinaire qu’une série de chercheurs a exploré les identités collectives dans les villes des XXe et XXIe siècles dans une publication parue au Québec en 2003, Identités urbaines, Échos de Montréal (Morisset et Noppen, 2003). Dans la présentation, les coordonnateurs posent que « les identités urbaines auxquelles nous nous référons présupposent que la ville soit signifiante, c’est-à-dire qu’elle soit un objet de représentation. C’est cette représentation, dans sa genèse, dans son mécanisme comme dans sa forme “objectale”, qui est l’identité » (Morisset et Noppen, 2003, p. 5). Et dans cette approche, on peut constater la grande diversification des lectures que la « pensée identitaire » de l’environnement construit a induite.

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Le concept « identités urbaines » comprend aussi bien l’identité que la ville se forge que le degré d’appropriation et d’identification de ses habitants. Le processus d’intériorisation de l’identité urbaine chez les migrants comporte l’apprivoisement, l’appropriation et l’identification. Même lorsque les migrants quittent un territoire autrefois habité, sa mémoire continue à les habiter. Et c’est cette mémoire d’un quartier, d’un logement, d’une rue, des bidonvilles ou des cités HLM que des écrivains migrants tels que Mauricio Segura, Marie-Célie Agnant, Marco Micone ou Azouz Begag évoquent, interrogent et s’engagent à perpétuer.

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