orlando de rudder

Blog d'orlando de Rudder, intellectuel arrogant et prétentieux

16 octobre 2005

Encore Carpofolo

Dans le message hallucinant de Carpofolo (voir ce qui précède) , il y a cette phrase: "les profs ont raison, c'est des profs"... Mais sans explications.Juste une affirmation. Avec des sous-entendus, je suppose...

Et quel rapport avec le sujet initial: la critique du régime sanguinaire des lamas au Tibet ancien?
Aucun: affirmation de soi, clin d'oeil complice, sous-entendu, mépris... (avec cette perle sur la méditation qui équivaut à un infantile: "je médite mieux que toi, tralalère" ).

C'est encore la forme de pensée réactionnaire ordinaire... on dit " ces gens là", et puis c'est tout... pas d'argumentation, d'accusation, de précision: on attire la réprobation.

Pourquoi? Hé hé...

(bekl exemple, n'est-ce pas?)

Amusez-vous à débusquer les hypocrites: dans la conversations laissez ainsi tomber une phrase inachevée. dites "les profs..." et attendez ce qu'on dira... C'est encore mieux avec "les bourgeois" ou, sublime avec "les intellos"! Lâchez juste ces deux mots et vous vous régalerez vite d'un déferlement de bassesses, de conneries, parfois de haine contre un groupe, une collectivité, sans discernement... évidement, en province, dites "les Parisiens", et attendez... C'est un plaisir de fin gourmet... moi, des fois, j'en rajoute... Et le fin du fin, c'est "gauche caviar"! Alors là, c'est le mépris, l'acharnement dans l'ignominie agressive et envieuse...D'ailleurs, rien que l'expression dénote d'une mentalité bien connue... hi!hi!

Avant, c'était "les juifs", les "nègres"... maintenant on n'ose plus. Mais le mécanisme de pensée, la haine ordinaire, la mesquinerie demeurent...

Conseil: fuyez les gens qui parlent ainsi. un jour où l'autre ils vous nuiront!

Le message de carpofolo est exemplaire, un cas d'école et de concision: en peu de lignes, nous avons un concentré de la mocheté mentale...

Quant aux profs...sachez qu'ils ont souvent deds élèves de ce genre! Et que tous ceux qui les critiquent essayent:

1 d'enseigner une heure dans une classe dure d'enfant de milieu modeste
2 d'enseigner une heure dans une classe d'enfants désirés de familles bourgeoise
3 d'enseigner à une classe de carpofolos

Je crois que ça devrait être obligatoire pour toute personne voulant faire partie d'une association de parents d'élèves... Aller régulièrement dans les classes, voir ce que subissent beaucoup de profs...

JE rappelle que toute l'histoire Carpofolo vient de ma transmission d'infotrmations sur le Tibet ancien (voir ce qui précède). Et que deux ou trois autres personnes ont réagi ainsi...

On dirait le procès Kravchenko, lorsqu'on a vilipendé ce malheureux parce qu'il avait osé révéler ce qui arrivait vraiment dans l'U.R.S.S communiste...

JE compte reparler de carpofolo, analyser encore son message: quand on en tient un comme ça, bien gras, bien beauf, bien venimeux, on ne le lâche pas! Ce message est exemplaire, presque trop beau pour être vrai!

Patrice Houzeau devrait faire faire une analyse du texte de Carpofolo dans ses classes! JE crois qu'on tien l'exemple parfait de la nullité.

Posté par ruru à 13:19 - notes de lecture - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

C'est curieux... Citation

Qui peut bien me faire penser à cette phrase? Je me le demande!

Devant le miroir du vestibule j’adopte cette irrésistible narquoise aux lèvres… le joie suffisante d’être médiocre… de le savoir…s’en vanter comme d’une volonté aux aboutissants longuement réfléchis et lourdement pesés dans le passé…
Otto Ganz, Sarcophage, 1999.

Otto Ganz continue une oeuvre exigeante et vient d'être papa!


Posté par ruru à 12:41 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

La torture en Algérie : LE responsable.

Je relis le nième articcle sur la torture en Algérie.J'adore l'argument" si on a pris un terroriste qui a posé une bombre prête à exploser, n'est-il pas légitime de le torturer pour savoir où se trouve la bombe et sauver des centaines de vies?"... LE fait est quie les terroristes, bien entraînés aux techniques de guerilla adorent se faire prendre afin qu'on les torturent et qu'ils puissent dévoiler où se trouve la bombe! C'est peut être arrivé.. mais ce n'est pas frequent! D'autant plus que la balourdise des services spéciaux français demeure proverbiale!

Non, la torture est un système qui n'a, comme le disait Orwell, de but qu'elle-même. elel fait partie de la perversion militaire, lui est inhérente et consubstancielle. Elle est décidée, déterminée, voulue. Et l'on voit,par exemple avec Bigeard, le type même du pervers militaire: parler de soi à la 3ème personne, identification à lapatrie, etc... symptômes classique de beaucoup d'assassins "privés"...

Les grands centres de torture comme la Villa Susini, la rue Lauriston (endroit incroyable) durant l'occupation ou l'école de la MArine au Chili étaient des usines à torture, (avec filets aux fenêtres pour empêcher les suicides!), fort bien équipées: ciseaux de coiffeur pour couper lentement la peau, perceuses électriques pour "travailler" les genoux, étaux pour écrabouiller doigts, orteils, seins ou testicules, babyliss ou fer à friser chauffant progressivement pour introductions anales ou vaginales ,seringues pour injecter divers produits dont des hyperésthésiants qui augmentent la sensibilité à la douleur, entre autres joyeusetés. dont la mise en oeuvre, précise, lente, méthodique, dégueulasse ne correspond pas du tout à l'urgence d'un interrogatoire "musclé" tandis que le système d'horlogerie de la bombe à retardement fonctionne....

Non: Il ne s'agissait pas, absolument pas, d'obtenir des aveux ou la dénonciation de complices (de toute façon, les vraies organisations terroristes fonctionnaient souvent en triades et chacun ne connaissait que deux autres personnes, dotées de pseudonymes opaques!) mais la torture en elle-même, pour elle-même. en tant, parfois qu'actre de "salubrité" pour punir ceux qui s'étaient placés "en dehors de l'humanité"! La torture n'a jamais eu aucune utilité.

Et puis, il est intéressant, ce débat sur l'Algérie au moment où l'on parle de procès à Pinochet (héklas, c'est raté) de Milosevic, qui n'ont jamais torturé eux-mêmes.Ils sont jugés en tant que responsables politiques, chefs d'état, chefs des armées...

Qui était chef d'état, des armées durant la guerre d'Algérie? Qui est le responsable, celui qui n'a rien dit, qui a au moins laissé faire? De Gaulle.
Aujourd'hui, il serait le justiciable d'une Cour Internationale de Justice.

MAis chut: tabou! On n'en parle pas. Poourtant, ça clarifierait le débat!

Le déshonneur de De Gaulle, en l'espèce st à la hauteur de sa grandeur passée. LEs bassesses des grands sont de grandes bassesses...

Maintenant, pourquoi aucun journal n'en parle!

Il va falloir devenir citoyens et demander aux journaux de prendre leurs responsabilités. Ca suffit, les misères à la mode qui cachent bien d'autres misères! Quand c'est la "mode" de l'Irak, on ne parle pas du Congo ou de la Somalie ! Et pourtant!

Au fait: les peuples heureux n'ont pas d'histoire. Donc, en Albanie, tout va bien: on n'en parle jamais... c'est forcément le bonheur dans l'un des derniers états communistes d'Europe.. C'est quand même chouette! Ce doit être le PAradis, comme le Tibet ancien ou actuel!

Bush ezt plus habile.Il fait semblant de vouloir purnir les tortionnaires (ce que De Gaulle DEVAIT faire). Rassurez-vous: ils ne resteront pas longtemps en prison. ILs sortiront quand l'opinion publique aura oublié, auront une nouvelel identité, des sous... Car tout cela est un coup monté! On sait bien que tous els torionnaires militaires prennent soin de se filmer en action!

Ces images, fort nettes, quasi "pro" dans le faux improvisé ont été mûrement réfléchie pour montrer que l'Amérique est juste.tout est faux! IL s'agit d'une mise en scène.

Non: tout n'est pas faux! Les victimes ont été réellement malmenées. D'autres ont été torturées, déchiquetées lentement... loin des caméras...

En attendant, De Gaulle... Coupable!!! La torture, c'est lui: il n'a rien fait contre, il avait le pouvoir! C'est ignoble!

Vous allez voir que ej vais encore me faire engueuler par les carpofolos gaullistes!

Posté par ruru à 12:10 - gravelures, inconvenances, obscénités - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Gauche caviar

Tiré du site Pluriel (socialiste, je crois. Mais on s'en foiut: seule compte la pertinence du discours et la lutte contre les idées reçues, le confort mental, le carpofolisme)...

Voici une pensée un peu plus saine, contre les carpofolo de tout poil, les lanceurs de mots, plein de sous-entendus...

La Gauche caviar, mythe ou réalité ?

Il y avait eu la gauche intellectuelle, la gauche critique, la gauche modérée, la gauche radicale… Depuis les années 80, il y a la gauche caviar. Ce n'est plus désormais un positionnement politique qui colore l'appartenance à la gauche, c'est un marqueur socio-culturel et économique. La Gauche caviar serait ces gens riches, anonymes ou connus qui auraient leurs entrées dans les cercles du pouvoir qu'il soit économique, médiatique, culturel ou politique, sans nécessairement en être et qui auraient un niveau ou un train de vie aisé. Cette définition bien sûr ne satisfait pas car, elle ne comporte pas la part morale qui convient. La gauche caviar est forcément bourgeoise au sens gauchisant du terme, elle ne connaît la misère que d'en haut et donc, pour elle, être de gauche, c'est se révolter confortablement.
En fait, on reproche à ceux que l'on affuble de ce sobriquet de ne pas ressembler assez à ceux qu'ils prétendent défendre et de manquer de sincérité et d'authenticité dans leurs engagements.

Avoir ou pas la tête de ses idées…

Si on regarde les images qui illustreraient une histoire de la gauche, on verrait qu'encore une fois, 1968 constitue une césure culturelle importante. Avant, on n'avait pas "la tête de ses idées" forcément. Marx, Jaurès, Lénine, par exemple n'avaient rien à envier à l'élégance des grands dandys de leur temps. Le camarade Krivine appelle à la révolution en costard cravate. Les socialistes vouvoient François Mitterrand (mais là, on conviendra que c'est un cas particulier…). La révolution culturelle qui s'empare du monde occidental à la fin des années 60 ouvre une ère paradoxale conformiste au temps du non-conformisme dominant. Désormais, en politique, il est de bon ton d'avoir la tête de ses idées. Dis moi comment (et chez qui ) tu t'habilles et je te dirai qui tu es. On avait du mal parfois à faire la différence entre un gaucho et un facho car les derniers portaient pattes d'eph et cheveux longs parfois, désormais, on reconnaît le gaucho.
Jusqu'aux leaders des grandes centrales syndicales qui ne sont pas à l'avant garde de la nouveauté en termes de mœurs, qui n'arborent plus la cravate d'un Séguy, d'un Maire ou d'un Bergeron… Voyez l'allure d'un Bernard Thibaud par exemple !
Des détails que tout cela ? Pas tant que ça. Car, aujourd'hui, les codes vestimentaires sont largement dominés par des références politiques chez nombre de militants. Et en politique, les plus avisés n'ignorent pas le caractère fondamental de la représentation.

Peut-on être de gauche et riche ou aisé ?

Mais, les prolos ne sont pas détenteurs exclusifs du label "certifié de gauche". Contrairement à la droite, la gauche est constamment soumise au jugement moral qui prend des aspects de contrôle de qualité auquel tout le monde se livre depuis de nombreuses années. Il y a un ordre moral venu d'en bas, nourri par les nihilistes de tout poil, issus de la gauche radicale et libertaire, des apolitiques consuméristes et abstentionnistes, (mais souvent antifascistes), relayé par la presse et qui relance l'ambiance dans les dîners en ville et les soirées entre potes, qui se plaît volontiers à instruire en permanence le procès de la gauche qui n'a ni droit à l'erreur, ni droit au temps.

Il y a une réalité qui est la difficulté du rapport de la Gauche à l'argent. Tout le mouvement social et révolutionnaire s'est construit à la fois contre les puissances de l'argent et contre la notion de propriété privée. Aussi, même le plus radical des riches semble moins légitime que le plus sceptique des ouvriers.
Le phénomène n'est pas que Français bien sûr. En Argentine, on emploi l'expression de "gauche sushi" pour désigner ce que les Anglo-saxons appellent avec (ils le reconnaissent eux-mêmes), moins d'humour que les Français, le radicalisme chic ou le "limousine liberalism".

Dès lors que la Gauche en pénétrant dans la société, ses idées faisant leur chemin dans les mentalités a pu être crédible pour la conquête puis l'exercice du pouvoir, elle a produit tout naturellement ses propres élites et sa propre noblesse. Cette minorité a occulté le reste. Le gang des Renault 25 et la coupe de champagne de Jack Lang sont les icônes les plus fortes de ce qu'on appelle "la gauche caviar". Il est évident que quand une certaine gauche se vautre dans l'argent et l'aisance et qu'elle en arrive a préférer la défense de son mode de vie à la défense des causes qui sont sa raison d'être à l'origine, il y a un problème…

Mais, ne s'assumant pas comme telle, la gauche caviar est un objet non identifié, car elle n'existe quand dans la bouche de ses détracteurs. Pour autant, il reste deux enseignements : quand on se contente d'indignations consensuelles, il n'y a aucune dynamique pour tenir tête aux forces de la réaction. Le second est que lorsque les différences avec la droite sont invisibles, c'est que notre combat ne va pas dans la bonne direction.

Posté par ruru à 09:19 - Hi! hi! - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

un texte fondamental!

... On ne mesurera jamais assez l'importance de ce qui suit!

Première méditation

Des choses que l'on peut révoquer en douteIl y a déjà quelque temps que je me suis aperçu que, dès mes premières années, j'avais reçu quantité de fausses opinions pour véritables, et que ce que j'ai depuis fondé sur des principes si mal assurés, ne pouvait être que fort douteux et incertain ; de façon qu'il me fallait entreprendre sérieusement une fois en ma vie de me défaire de toutes les opinions que j'avais reçues jusques alors en ma créance, et commencer tout de nouveau dès les fondements, si je voulais établir quelque chose de ferme et de constant dans les sciences. Mais cette entreprise me semblant être fort grande, j'ai attendu que j'eusse atteint un âge qui fût si mûr, que je n'en pusse espérer d'autre après lui, auquel je fusse plus propre à l'exécuter ; ce qui m'a fait différer si longtemps, que désormais je croirais commettre une faute, si j'employais encore à délibérer le temps qu'il me reste pour agir. Maintenant donc que mon esprit est libre de tous soins, et que je me suis procuré un repos assuré dans une paisible solitude, je m'appliquerai sérieusement et avec liberté à détruire généralement toutes mes anciennes opinions.
Or, pour cet effet, il ne sera pas nécessaire de prouver qu'elles sont toutes fausses, de quoi peut-être je ne viendrais jamais à bout ; mais, d'autant que la raison me persuade déjà que je ne dois pas moins soigneusement m'empêcher de donner créance aux choses qui ne sont pas entièrement certaines et indubitables, qu'à celles qui nous paraissent manifestement être fausses, le moindre sujet de douter que j'y trouverai, suffira pour me les faire toutes rejeter. Et pour cela il n'est pas besoin que je les examine chacune en particulier, ce qui serait d'un travail infini ; mais, parce que la ruine des fondements entraîne nécessairement avec soi tout le reste de l'édifice, je m'attaquerai d'abord aux principes, sur lesquels toutes mes anciennes opinions étaient appuyées.
Tout ce que j'ai reçu jusqu'à présent pour le plus vrai et assuré, je l'ai appris des sens, ou par les sens : or j'ai quelquefois éprouvé que ces sens étaient trompeurs, et il est de la prudence de ne se fier jamais entièrement à ceux qui nous ont une fois trompés.
Mais, encore que les sens nous trompent quelquefois, touchant les choses peu sensibles et fort éloignées, il s'en rencontre peut-être beaucoup d'autres, desquelles on ne peut pas raisonnablement douter, quoique nous les connaissions par leur moyen : par exemple, que je sois ici, assis auprès du feu, vêtu d'une robe de chambre, ayant ce papier entre les mains, et autres choses de cette nature. Et comment est-ce que je pourrais nier que ces mains et ce corps-ci soient à moi ? si ce n'est peut-être que je me compare à ces insensés, de qui le cerveau est tellement troublé et offusqué par les noires vapeurs de la bile, qu'ils assurent constamment qu'ils sont des rois, lorsqu'ils sont très pauvres ; qu'ils sont vêtus d'or et de pourpre, lorsqu'ils sont tout nus ; ou s'imaginent être des cruches, ou avoir un corps de verre. Mais quoi ? ce sont des fous, et je ne serais pas moins extravagant, si je me réglais sur leurs exemples.
Toutefois j'ai ici à considérer que je suis homme, et par conséquent que j'ai coutume de dormir et de me représenter en mes songes les mêmes choses, ou quelquefois de moins vraisemblables, que ces insensés, lorsqu'ils veillent. Combien de fois m'est il arrivé de songer, la nuit, que j'étais en ce lieu, que j'étais habillé, que j'étais auprès du feu, quoique je fusse tout nu dedans mon lit ? Il me semble bien à présent que ce n'est point avec des yeux endormis que je regarde ce papier ; que cette tête que le remue n'est point assoupie ; que c'est avec dessein et de propos délibéré que j'étends cette main, et que je la sens : ce qui arrive dans le sommeil ne semble point si clair ni si distinct que tout ceci. Mais, en y pensant soigneusement, je me ressouviens d'avoir été souvent trompé, lorsque je dormais, par de semblables illusions. Et m'arrêtant sur cette pensée, je vois si manifestement qu'il n'y a point d'indices concluants, ni de marques assez certaines par où l'on puisse distinguer nettement la veille d'avec le sommeil, que j'en suis tout étonné ; et mon étonnement est tel, qu'il est presque capable de me persuader que je dors.
Supposons donc maintenant que nous sommes endormis, et que toutes ces particularités-ci, à savoir, que nous ouvrons les yeux, que nous remuons la tête, que nous étendons les mains, et choses semblables, ne sont que de fausses illusions ; et pensons que peut-être nos mains, ni tout notre corps, ne sont pas tels que nous les voyons. Toutefois il faut au moins avouer que les choses qui nous sont représentées dans le sommeil, sont comme des tableaux et des peintures, qui ne peuvent être formées qu'à la ressemblance de quelque chose de réel et de véritable ; et qu'ainsi, pour le moins, ces choses générales, à savoir, des yeux, une tête, des mains, et tout le reste du corps, ne sont pas choses imaginaires, mais vraies et existantes. Car de vrai les peintres, lors même qu'ils s'étudient avec le plus d'artifice à représenter des sirènes et des satyres par des formes bizarres et extraordinaires, ne leur peuvent pas toutefois attribuer des formes et des natures entièrement nouvelles, mais font seulement un certain mélange et composition des membres de divers animaux ; ou bien, si peut-être leur imagination est assez extravagante pour inventer quelque chose de si nouveau, que jamais nous n'ayons rien vu de semblable, et qu'ainsi leur ouvrage nous représente une chose purement feinte et absolument fausse, certes à tout le moins les couleurs dont ils le composent doivent-elles être véritables.
Et par la même raison, encore que ces choses générales, à savoir, des yeux, une tête, des mains, et autres semblables, pussent être imaginaires, il faut toutefois avouer qu'il y a des choses encore plus simples et plus universelles, qui sont vraies et existantes ; du mélange desquelles, ni plus ni moins que de celui de quelques véritables couleurs, toutes ces images des choses qui résident en notre pensée, soit vraies et réelles, soit feintes et fantastiques, sont formées.
De ce genre de choses est la nature corporelle en général, et son étendue ; ensemble la figure des choses étendues, leur quantité ou grandeur, et leur nombre ; comme aussi le lieu où elles sont, le temps qui mesure leur durée, et autres semblables. C'est pourquoi peut-être que de là nous ne conclurons pas mal, si nous disons que la physique, l'astronomie, la médecine, et toutes les autres sciences qui dépendent de la considération des choses composées sont fort douteuses et incertaines ; mais que l'arithmétique, la géométrie, et les autres sciences de cette nature, qui ne traitent que de choses fort simples et fort générales, sans se mettre beaucoup en peine si elles sont dans la nature, ou si elles n'y sont pas, contiennent quelque chose de certain et d'indubitable. Car, soit que je veille ou que je dorme, deux et trois joints ensemble formeront toujours le nombre de cinq, et le carré n'aura jamais plus de quatre côtés ; et il ne semble pas possible que des vérités si apparentes puissent être soupçonnées d'aucune fausseté ou d'incertitude.
Toutefois il y a longtemps que j'ai dans mon esprit une certaine opinion, qu'il y a un Dieu qui peut tout, et par qui j'ai été créé et produit tel que je suis. Or qui me peut avoir assuré que ce Dieu n'ait point fait qu'il n'y ait aucune terre, aucun ciel, aucun corps étendu, aucune figure, aucune grandeur, aucun lieu, et que néanmoins j'aie les sentiments de toutes ces choses, et que tout cela ne me semble point exister autrement que je le vois ? Et même, comme je juge quelquefois que les autres se méprennent, même dans les choses qu'ils pensent savoir avec le plus de certitude, il se peut faire qu'il ait voulu que je me trompe toutes les fois que je fais l'addition de deux et de trois, ou que je nombre les côtés d'un carré, ou que je juge de quelque chose encore plus facile, si l'on se peut imaginer rien de plus facile que cela. Mais peut-être que Dieu n'a pas voulu que je fusse déçu de la sorte, car il est dit souverainement bon. Toutefois, si cela répugnait à sa bonté, de m'avoir fait tel que je me trompasse toujours, cela semblerait aussi lui être aucunement contraire, de permettre que je me trompe quelquefois, et néanmoins je ne puis douter qu'il ne le permette. Il y aura peut-être ici des personnes qui aimeront mieux nier l'existence d'un Dieu si puissant, que de croire que toutes les autres choses sont incertaines. Mais ne leur résistons pas pour le présent, et supposons, en leur faveur, que tout ce qui est dit ici d'un Dieu soit une fable. Toutefois, de quelque façon qu'ils supposent que je sois parvenu à l'état et à l'être que je possède, soit qu'ils l'attribuent à quelque destin ou fatalité, soit qu'ils le réfèrent au hasard, soit qu'ils veuillent que ce soit par une continuelle suite et liaison des choses, il est certain que, puisque faillir et se tromper est une espèce d'imperfection, d'autant moins puissant sera l'auteur qu'ils attribueront à mon origine, d'autant plus sera-t-il probable que je suis tellement imparfait que je me trompe toujours. Auxquelles raisons je n'ai certes rien à répondre, mais enfin je suis contraint d'avouer qu'il n'y a rien de tout ce que je croyais autrefois être véritable dont je ne puisse en quelques façon douter; et non point par inconsidération ou légèreté, mais pour des raisons très fortes et mûrement considérées : de sorte qu'il est nécessaire que j'arrête et suspende désormais mon jugement sur ces pensées, et que je ne leur donne pas plus de créance, que je ferais à des choses qui me paraîtraient évidemment fausses si je désire trouver quelque chose de constant et d'assuré dans les sciences.
Mais il ne suffit pas d'avoir fait ces remarques, il faut encore que je prenne soin de m'en souvenir ; car ces anciennes et ordinaires opinions me reviennent encore souvent en la pensée, le long et familier usage qu'elles ont eu avec moi leur donnant droit d'occuper mon esprit contre mon gré, et de se rendre presque maîtresses de ma créance. Et je ne me désaccoutumerai jamais d'y acquiescer, et de prendre confiance en elles, tant que je les considérerai telles qu'elles sont en effet, c'est à savoir en quelque façon douteuses, comme je viens de montrer, et toutefois fort probables, en sorte que l'on a beaucoup plus de raison de les croire que de les nier. C'est pourquoi je pense que j'en userai plus prudemment, si, prenant un parti contraire, j'emploie tous mes soins à me tromper moi-même, feignant que toutes ces pensées sont fausses et imaginaires ; jusques à ce qu'ayant tellement balancé mes préjugés, qu'ils ne puissent faire pencher mon avis plus d'un côté que d'un autre, mon jugement ne soit plus désormais maîtrisé par de mauvais usages et détourné du droit chemin qui le peut conduire a la connaissance de la vérité. Car je suis assuré que cependant il ne peut y avoir de péril ni d'erreur en cette voie, et que je ne saurais aujourd'hui trop accorder à ma défiance, puisqu'il n'est pas maintenant question d'agir, mais seulement de méditer et de connaître.
Je supposerai donc qu'il y a, non point un vrai Dieu, qui est la souveraine source de vérité, mais un certain mauvais génie, non moins rusé et trompeur que puissant qui a employé toute son industrie à me tromper. Je penserai que le ciel, l'air, la terre, les couleurs, les figures, les sons et toutes les choses extérieures que nous voyons, ne sont que des illusions et tromperies, dont il se sert pour surprendre ma crédulité. Je me considérerai moi-même comme n'ayant point de mains, point d'yeux, point de chair, point de sang, comme n'ayant aucuns sens, mais croyant faussement avoir toutes ces choses. Je demeurerai obstinément attaché à cette pensée ; et si, par ce moyen, il n'est pas en mon pouvoir de parvenir à la connaissance d'aucune vérité, à tout le moins il est en ma puissance de suspendre mon jugement. C'est pourquoi je prendrai garde soigneusement de ne point recevoir en ma croyance aucune fausseté, et préparerai si bien mon esprit à toutes les ruses de ce grand trompeur, que, pour puissant et rusé qu'il soit, il ne pourra jamais rien imposer.
Mais ce dessein est pénible et laborieux, et une certaine paresse m'entraîne insensiblement dans le train de ma vie ordinaire. Et tout de même qu'un esclave qui jouissait dans le sommeil d'une liberté imaginaire, lorsqu'il commence à soupçonner que sa liberté n'est qu'un songe, craint d'être réveillé, et conspire avec ces illusions agréables pour en être plus longuement abusé, ainsi je retombe insensiblement de moi-même dans mes anciennes opinions, et j'appréhende de me réveiller de cet assoupissement, de peur que les veilles laborieuses qui succéderaient à la tranquillité de ce repos, au lieu de m'apporter quelque jour et quelque lumière dans la connaissance de la vérité, ne fussent pas suffisantes pour éclaircir les ténèbres des difficultés qui viennent d'être agitées.

René Descartes, Méditations métaphysiques.

Posté par ruru à 08:18 - bonjour - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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